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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 09:27

Libye : Le retour du roi ?

  Le courage du peuple libyen et la détermination de ses alliés viendront à bout du régime Kadhafi. "La question n'est plus de savoir s'il doit quitter le pouvoir, mais comment et quand il le fera" disait il y a quelques jours Alain Juppé. A Tripoli, les derniers soutiens du régime s'évanouissent ou passent à la rébellion. Mais qui sont ces rebelles, d'où viennent-ils, que veulent les hommes qui tiennent Benghazi ? Alors que certains exagèrent les divisions au sein de la résistance libyenne, le poids des islamistes dans ses rangs et les risques de guerre civile, l'essayiste Roland Hureaux pose sur son blog la seule fonction qui vaille : pourquoi ne pas organiser le retour du roi ? La Libye, libérée de Kadhafi, aura besoin d'une longue période de paix civile, de stabilité et d'unité pour reprendre en main son destin. Qui mieux que le descendant des Senoussides pourrait incarner cette permanence de l'Etat et de l'intérêt général ? Ce n'est pas un hasard si de nombreux libyens combattent aujourd'hui sous le drapeau de l'ancienne monarchie. Les diplomates occidentaux qui préparent l'après Kadhafi seraient bien avisés d'en tenir compte.

F.R.


Les hommes politiques de la Troisième République, républicains intraitables, étaient aussi de grands pragmatiques. La rigueur de leurs convictions pour ce qui était de l’hexagone ne les empêcha pas de maintenir et même de consolider le régime monarchique au Maroc, en Tunisie, au Cambodge, au Laos et dans l’Annam. Le parti pris dissuada seulement Gallieni de le faire à Madagascar et ce fut dommage.

Le même pragmatisme doit prévaloir dans la solution du problème libyen.

L’intervention des forces de l’OTAN, sévèrement bridée par la résolution du Conseil de sécurité, risque de tourner à la déconfiture politique si les adversaires de Kadhafi ne présentent pas rapidement  une alternative crédible au régime actuel.

Le totalitarisme kadhafiste qui règne depuis plus de quarante ans n’ayant pas été la meilleure propédeutique à la démocratie, il convient de considérer l’option du retour à la monarchie.

Colonie italienne de 1911 à 1951, la Libye avait adopté à l’indépendance le régime monarchique. Le roi Idris Ier était issu de la confrérie des Senoussis qui exerçait depuis plusieurs décennies une forte influence sur le Fezzan (désert libyen). Cette monarchie se déclara constitutionnelle peu après et n’était donc pas, au moins en principe, incompatible avec la démocratie.

Le coup d’Etat de Kadhafi en 1969 mit fin au règne du roi Idris. Son petit-fils, Mohammed el Senoussi, vit actuellement à Londres et a des partisans dans la rébellion. On ne voit pas quelle considération pourrait dissuader la coalition d’envisager son retour.

Encore faut-il qu’il ose lui-même sortir du bois, peut-être même qu’il débarque en Cyrénaïque : attendre la fin des événements pour venir faire un tour de piste n’est sûrement pas pour lui la solution. Craindrait-il d’apparaître comme l’homme des Occidentaux ? A-t-il le choix ? L’histoire ne repasse pas les plats. La dynastie sénousite ne trouvera pas de si tôt une telle occasion de revenir en Libye.

Il est difficile de dire quel degré de consensus il rencontrerait. Que le drapeau de la monarchie ait surgi ici ou là n’est pas nécessairement significatif. Tout dépend sans doute de ses capacités. Mais les insurgés dépendent trop de l’appui extérieur pour s’opposer à une solution qui leur serait clairement suggérée par leurs alliés.

Heureusement, il est célibataire et donc disponible. Dans ce pays où l’esprit de clan domine, les mariages sont de longue date le moyen de sceller les alliances de clan à clan. Kadhafi sut user du procédé pour consolider son pouvoir. Le prétendant pourrait par exemple se rapprocher des Mégahras, clan stratégique au dire des experts.

Outre le manque d’imagination des chancelleries, cette solution se heurte à un obstacle : quoique fieffés réactionnaires en bien des matières, les Américains demeurent des républicains plus hostiles au principe monarchique que l’on imagine.

Cette hostilité de principe a fait manquer en Afghanistan une belle occasion d’organiser la réconciliation nationale. Le vieux roi Mohammed Zaher Shah, qui avait déjà régné sur le pays de 1933 à 1973 était, à la chute des talibans en 2001, plus légitime que quiconque pour prendre la relève. Les Américains n’en ont pas voulu, préférant le douteux Hamid Karzaï. Faute du soutien américain, Zaher Shah s’est contenté de présider l’assemblée constituante des chefs de tribu, la Loya Jirga.

En Irak, la monarchie hachémite, issue comme celle de Jordanie des anciens chérifs de la Mecque, avait été renversée en 1958. Un des héritiers du trône, le chérif Ali Ben Hussein, a, dans la période troublée qui a suivi la guerre de 1983 ouvert un site internet, sans succès. Même si ce prétendant avait sans doute moins de légitimité que d’autres, son élévation à la tête de l’Etat, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle, aurait permis de mieux équilibrer la direction du pays entre les sunnites qui gouvernent l’Irak depuis des siècles et se résignent mal à ne plus le faire, et les chiites, désormais majoritaires.

En tentant de remettre l’héritier du trône libyen dans le jeu, la coalition se doterait d’une carte supplémentaire. Elle pourrait au moins présenter une solution ayant une apparence de légitimité historique, plus en tous cas que celle d’un clan opposé se substituant à un autre clan, d’un colonel succédant à un autre colonel. La monarchie a longtemps fait rétrograde et à ce titre représenté une cause risquée, mais depuis 1990, qui sait où est le sens de l’histoire ?

Roland Hureaux.

 

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