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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 16:59
La République
et le Prince moderne
 
de Blandine Kriegel
Mis en ligne : [6-08-2012]
Domaine : Idées 
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Blandine Kriegel, née en 1943, philosophe, professeur émérite des universités, a joué un rôle essentiel dans le renouveau de la philosophie politique et de l'histoire du droit public en France. Elle a récemment publié : Philosophie de la République (Plon, 1998), Etat de droit ou Empire ? (Bayard, 2002), Querelles françaises (avec Alexis Lacroix, Grasset, 2009), Le Big bang et après ? (avec Alexandre Adler, Marc Fumaroli et Trinh Xuan Thuan, Albin Michel, 2010). 
 

Blandine Kriegel, La République et le Prince moderne, Paris, PUF, novembre 2011, 386 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
A l'heure où, partout dans le monde, les peuples se tournent vers la république démocratique, mais à l'heure aussi où l'Europe hésite à bâtir une république commune, que sait-on véritablement de l'histoire de la république européenne ? Est-elle issue, comme l'affirment nombre d'historiens anglais, des cités antiques et médiévales ? Est-elle née, comme le voudrait un préjugé francocentrique tenace, de la Révolution française de 1789 ? En contournant ces deux généalogies, trop longue ou trop courte, la philosophe Blandine Kriegel retrace ici une histoire originale et inédite de la république moderne. Celle-ci naît en effet de la rencontre inattendue des traditions des républiques de cité et de celle du droit politique moderne de l'Etat qui permet à l'insurrection des Pays-Bas néerlandais de vaincre le despotisme impérial de Philippe II. Mieux, tous les Etats-nations européens, au premier rang desquels la France et l'Angleterre, contribuent à sa victoire. Mieux encore, le droit politique neuf de cette première république d'Etat qui s'affiche dans les discours de Guillaume d'Orange, véritable "Prince moderne", comme dans les Déclarations d'indépendance des Provinces-Unies, est rédigé par des Français, protestants et "politiques". L'épilogue de cette histoire culmine avec le "Grand Dessein" d'Henri IV et de Sully de construire une république européenne... devant laquelle nous trébucherons encore. La république moderne, une idée européenne ? Ou quand le retour sur le passé peut permettre de frayer la voie à l'avenir. 
 
Le point de vue de La Revue Critique.
Blandine Kriegel poursuit son remarquable travail de renouveau des idées politiques et des fondements du droit public. Après avoir rendu justice aux travaux des légistes et des historiens de l'Ancien régime qui fondèrent notre histoire savante, elle travaille depuis une quinzaine d'années sur la notion de République. Avec sa Philosophie de la République, publiée en 1998, elle montrait comment l'idée républicaine s'est progressivement construite depuis l'antiquité jusqu'à l'époque moderne pour donner naissance à ce que l'on appelle aujourd'hui l'Etat de droit. Loin d'être une création de la Révolution, la République moderne, c'est à dire le gouvernement de l'intérêt général et de la loi, a été conçu en France dès l'époque classique, à partir des travaux des légistes capétiens sur l'indépendance de l'Etat. Mme Kriegel complète aujourd'hui son approche par un ouvrage sur "La République et le Prince Moderne" qui souligne les liens étroits entre souveraineté, légitimité de l'Etat et République. C'est au XVIe siècle, lors de l'insurrection des Pays Bas contre l'Espagne de Philippe II que les idées françaises connaissent un nouveau développement. Deux visions politiques s'affrontent : les Espagnols défendent l'idée d'empire européen et s'appuient sur l'intransigeance de la Contre Réforme pour éradiquer le protestantisme, les Hollandais, fatigués des guerres de religion et convaincus de former une communauté, luttent pour leur émancipation. Ils se rallieront à un chef, le protestant Guillaume de Nassau, prince d'Orange, figure exemplaire du Prince moderne, qui donne une base militaire et politique solide à la révolte. De l'union du Prince et du peuple, naîtra une nouvelle entité politique, la République des Provinces Unies dont la déclaration précède de deux siècles les déclarations américaines et françaises. Ce n'est pas un hasard si la France d'Henri III s'y rallie. La monarchie capétienne, elle même en lutte contre l'impérialisme espagnol, est confortée par le vent de liberté qui souffle des Pays Bas et qui va progressivement balayer toute la maison d'Autriche. Blandine Kriegel tire toutes les leçons politiques de cette période. L'idée d'empire européen a vécu, du moins pour quelques siècles. L'ère qui s'ouvre sera celle des Etats et  leurs chefs, à l'image du Prince moderne, tireront leur légitimité non plus du droit divin mais de leur capacité à faire respecter la souveraineté de la nation et les lois qu'elle s'est donnée. Deux remarques viennent à l'esprit en refermant ce livre plein d'enseignements et écrit d'une plume alerte et sûre. La première a trait au débat Monarchie-République. On n'a pas tort de penser, avec Mme Kriegel, qu'il a été longtemps mal posé et qu'il peut conduire à passer à côté de l'essentiel, l'idée de République selon Jean Bodin, dont la forme peut être d'ailleurs aussi bien monarchique que démocratique. Peut-on, pour autant, exonérer la République française de tous ses péchés originels : jacobinisme, sectarisme idéologique, démocratisme, profonde méconnaissance des réalités et des devoirs d'un Etat moderne... ? Et peut-on passer par pertes et profits tout ce qui la distingue des autres Etats qui ont choisi la forme républicaine ? Nous ne le croyons pas. C'est pourquoi nous continuerons a émettre sur le régime républicain, tel qu'il se pratique chez nous,  toutes les réserves qui s'imposent ! La seconde remarque concerne la notion d'Empire. A la lecture de l'ouvrage de Mme Kriegel, on voit que cette notion suscitait il y a quatre siècles les mêmes critiques qu'aujourd'hui, même si les débats sont devenus plus feutrés et sensiblement moins sanguinaires ! Nous en avons tiré, quant à nous, les conséquences, en rangeant toute idée d'empire ou d'union continentale au magasin des accessoires inutiles. Il semble que, de son côté, Mme Kriegel garde quelques illusions sur les institutions européennes. Qu'elle n'hésite pas à se relire! Pierre Gilbert.
      
La critique de Jean-Pierre Rioux. - La Croix du 5 avril 2012.  
La république sauce hollandaise. L'avènement de la république moderne, communément liée aux révolutions française et anglaise, serait en réalité née dans les Provinces-Unies, de l'idéal d'un prince, Guillaume d'Orange.  Nous croyons – et on nous apprend – que la république moderne est fille de notre 1789, ou tout juste apparentée, concédons-nous, avec la révolution anglaise du XVIIe siècle et l'Indépendance américaine du XVIIIe. Erreur ! nous dit Blandine Kriegel : la première république moderne est hollandaise, elle eut sa formulation victorieuse en plein XVIe siècle de Réforme et de Renaissance, quand Guillaume d'Orange fit plier l'envahisseur espagnol des Provinces-Unies insurgées. Il le fit avec l'aide d'un bataillon de penseurs et d'hommes d'action français, mais surtout avec le soutien de tous les États-nations européens ennemis de l'Empire espagnol et de la maison d'Autriche, avec le renfort de tous les contempteurs de la féodalité des principautés et des cités nées au Moyen Âge, de tous les ennemis de la Rome papale empêtrée dans ses guerres de religion et son discours universel.  Cap, donc, chez ces Hollandais alors si commerçants, si instruits, si artistes et si fiers combattants ! Le voyage – parfois difficile, car il faut apprendre à chaque ligne et Blandine Kriegel adore l'argumentation nourrie et érudite – est une révélation. Oui, là-bas est né « un nouveau droit politique qui anticipait l'avenir européen » , un art de la politique sans Machiavel, un goût pour l'association consentie, un appel au peuple pour vivre ensemble et tutoyer l'avenir : un sens du bien commun qui réconcilie. Oui, là-bas défila le premier cortège de la modernité : un « prince moderne » magistrat parmi d'autres ; un corps du peuple – les états généraux des provinces et des cités – détaché du corps du roi et de l'Église ; une souveraineté populaire magnifiée par des représentants qui délibèrent en son nom ; un sentiment national décroché de l'appartenance religieuse. Ainsi naquit en Hollande la république moderne, c'est-à-dire forte et libre, ennemie de la guerre et des divisions ; la république qui respecte la représentation populaire, règle la souveraineté et fertilise la cohésion nationale par l'État de droit pacificateur. Blandine Kriegel décrit aussi, avec jubilation, un autre défilé : celui des intelligences françaises qui ont contribué à formuler l'idéal d'Orange et à imposer les déclarations d'indépendance des Province-Unies. Il en est de connues, et d'abord celle de Jean Bodin, théoricien de la souveraineté, de Théodore de Bèze, apôtre de la résistance légitime, ou de François Hotman, un des premiers doctrinaires de la nation. De moins connues aussi, tels Henri IV et Sully formulant un « grand dessein » européen où le fédéralisme accomplira les nations. D'inconnues aussi, et si savoureuses à découvrir, comme cet étonnant Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, calviniste et soldat, diplomate et pamphlétaire, adulé puis trahi par les siens mais un des pères spirituels de la pacification de Gand en 1576 et de l'Union d'Utrecht en 1580 ! Toutes valent d'être connues et saluées.

 

Autre article recommandé : Bertrand Renouvin "République : le moment hollandais", Royaliste n° 1009 du 19 mars 2012.
 

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