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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 00:03
Qu'est-ce que
la philosophie islamique ?  
 
de Christian Jambet
Mis en ligne : [31-10-2011]
Domaine :  Idées  
JAMBET-Christian.gif 
 
Christian Jambet, né en 1949, est philosophe. Spécialiste des pensées iraniennes et islamiques, il est professeur à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Auteur de nombreux essais et traductions, il a récemment publié : Le caché et l'apparent (L'Herne, 2003), Qu'est-ce que le shî'isme ? (Fayard, 2004), La conférence de Ratisbonne, Enjeux et controverses, (Bayard, 2007), Mort et résurrection en islam, L'au-delà selon Mullâ Sadrâ, (Albin Michel, 2008).


Christian Jambet, Qu'est-ce que la philosophie islamique ? Paris, Gallimard, mars 2011, 472 pages.


 
Présentation de l'éditeur.
Ce grand livre ne propose pas une nouvelle histoire de la philosophie islamique, qui tenterait d'y retrouver nos deux prédicats occidentaux de la philosophie - un style de pensée discursive soutenue par des concepts - et de l'islam - une religion nourrie de symboles, d'annonces apocalyptiques, de commandements et de conseils spirituels. Christian Jambet dégage - à travers la finalité de l'activité philosophique, les formes qu'elle prend et les actes qu'elle effectue - une méthode de pensée et de connaissance qui guide une pérégrination de l'âme de l'irréel au réel, de l'in-juste au juste, du démoniaque à l'angélique, du mort au vivant. Ce voyage, que la philosophie entend conduire sur la voie droite de l'intelligence, n'engage pas le seul bonheur et contentement de soi, mais la liberté, conformation à la condition seigneuriale de Dieu, qui dépouille, au long des étapes, l'homme inférieur et opprimé de sa condition servile. Seule la voie philosophique ouvre les portes d'une distinction majeure, entre monde extérieur et monde intérieur, et, par là, entre religion intérieure et pouvoir civil. L'islam philosophique est ainsi la grande ressource que possède l'idée de liberté en islam.
  
Article de  Patrice Bollon. Le Magazine littéraire - mai 2011.
Dans Qu’est-ce que la philosophie islamique ? livre dense et informé, Christian Jambet suggère que l’interrogation philosophique islamique ne s’est pas arrêtée avec la falsafa. En général, on présente l’histoire de la philosophie en terre d’islam comme celle d’une extraordinaire efflorescence suivie d’une tout aussi remarquable stérilisation sous l’effet de la foi religieuse. Entée sur des concepts repris d’Aristote et de Platon, la falsafa - transposition en arabe du terme grec philosophia - d’al-Kindî, al-Fârâbi, Ibn Sînâ (Avicenne), Ibn Rushd (Averroès) et consorts, du IXe au XIIe siècle de notre ère, se serait vu proprement « étouffer » par les dogmes théologiques du Coran. La philosophie en islam n’aurait ainsi représenté qu’une brève transition historique, certes importante pour le développement de cette discipline, mais relevant d’un passé à jamais clos ; et l’idée d’une « philosophie islamique » serait en conséquence une quasi-contradiction dans les termes. Cette représentation, élaborée d’abord par Hegel dans ses Leçons sur l’histoire de la philosophie (1), n’est pas sans pertinence, du moins si l’on en reste à nos définitions de la raison et de la religion, et des liens qu’elles entretiennent. Qu’on modifie ces dernières, et un nouveau paysage apparaît : il y aurait bien une « philosophie islamique », mais fonctionnant différemment de la nôtre, avec d’autres buts, une autre dynamique, selon une conception originale, apte à questionner, voire à « ressourcer », la philosophie occidentale. Tel est le propos de Qu’est-ce que la philosophie islamique ? de l’arabisant et iranisant Christian Jambet, un des derniers élèves d’Henry Corbin (1903-1978), le grand spécialiste français de la gnose chiite. Dans ce livre dense et informé, il suggère que l’interrogation philosophique ne s’est pas arrêtée avec la falsafa. Elle s’est simplement insérée dans une autre architecture que la nôtre, entre philosophie et religion, ainsi que dans une conception différente de cette dernière. Alors que toute l’histoire moderne de notre pensée est celle de son conflit avec les dogmes chrétiens et de son autonomisation progressive à leur égard, la philosophie en islam s’est voulue, elle, l’explication rationnelle de la parole révélée. Elle ne s’est donc pas posée en rivale de cette dernière, mais a cherché à en délivrer une ontologie, jusqu’à ambitionner d’être une théologie intégrale, une théologie cependant non de la religion exotérique, des règles énoncées pour tous dans la charia, mais de sa partie ésotérique et « supérieure », la hikma, la sagesse cachée, supposée en former l’origine et la fin. Il ne s’agit donc pas d’une philosophie « malgré l’islam », mais « à partir de lui, avec lui et en lui ». Elle est donc bien une démarche autonome, libre, mais complémentaire de la parole révélée - laquelle n’a jamais été figée historiquement en une interprétation « officielle » défendue par un clergé constitué, une Église institutionnelle. Ainsi s’explique que cette philosophie se soit voulue avant tout une métaphysique, et une métaphysique variée et inventive. À partir de là se pose bien sûr la question de savoir ce que toutes ces réflexions peuvent nous apporter, à nous, Occidentaux, comme ressource de pensée. Et c’est là où l’ouvrage de Christian Jambet semble pécher. Son auteur nous annonce bien une nouvelle conception de la liberté comme participation sans contrainte au monde divin ; mais on ne voit pas bien en quoi celle-ci diffère de la conception chrétienne originaire de la liberté. De fait, c’est l’ensemble de l’ouvrage, en tant que description d’une civilisation au travers de sa philosophie, qui apporte cet effet de recul : sous ce regard, la culture liée à l’islam semble à la fois très fixe, conservatrice même, car préoccupée avant tout par son unité collective, et, en même temps, ouverte, emplie de possibilités d’évolution, au travers de la figure du sage philosophe qui, en certains cas, arrive à façonner la société par la puissance conjointe de son intellect et de ses qualités morales. Une leçon bienvenue en ces temps de « révolte arabe ».
   

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