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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 14:37
Défis actuels, défis futurs.
   
Les manifestations du 1er mai ont été assez décevantes et il n'y a pas eu, dans le mois qui vient de s'écouler, d'actualité sociale majeure, tout au moins au plan national. En revanche, il est intéressant d'observer ce qui se passe au sein des confédérations. Un certain renouvellement de la ligne se fait jour, les équipes changent et les effectifs sont à la hausse. Il y a là des évolutions de fond.
C'est le cas à la CFTC. Jacques Voisin, qui termine son troisième mandat, doit passer la main au prochain congrès de novembre. Le bureau confédéral a finalement choisi de présenter la candidature de Philippe Louis, l'actuel numéro 2, un cheminot alsacien qui a franchit tous les degrés de l'organisation. C'est une surprise et un coup dur pour Jean-Louis Deroussen, l'actuel président de la CNAF, qui faisait figure de dauphin de M. Voisin. M. Louis s'appuie sur une base qui veut du changement, un rajeunissement et une orientation plus combative de la centrale chrétienne. Mme Coton, très populaire du fait de son implication dans le conflit des retraites, sera numéro deux. La vieille garde devrait donc laisser la place à une équipe plus agressive vis à vis du Medef et sans doute plus favorable à l'unité d'action. Tant mieux.
Autre évolution intéressante, celle des effectifs syndicaux. Ils sont nettement repartis à la hausse sous l'effet de la crise et du long conflit de l'automne 2010. La CFDT dénombrait plus de 851 000 adhérents au 31 décembre, soit près de 19 000 cotisants de plus qu'un an auparavant et ces chiffres, tout-à-fait excellents, ne reflètent encore que partiellement l'épisode "retraites". On recommence à parler, boulevard de la Villette, d'un objectif d'un million de cotisants à fin 2013. Même évolution positive du côté de la CGT, avec un nombre d'adhésions supplémentaires en 2010 qui sera sans doute plus élevé encore. Tout cela rend d'autant moins compréhensible la "pause sociale" décrétée par les états-majors syndicaux jusqu'aux élections de 2012. C'est, au contraire, lorsque le pouvoir est affaiblit et que le patronat est en roue libre, qu'il faut mettre la pression. Sur l'augmentation des salaires, sur la protection sociale, sur la défense de l'emploi.
Sur les salaires, le message semble compris. Enfin ! On aurait pu obtenir plus de résultats et plus vite si les confédérations, et notamment la CGT et la CFDT, s'y étaient sérieusement mises dès le début du printemps. On a bêtement laissé passer l'annonce de la prime Sarkozy qui est venue, comme il se doit, brouiller les cartes. Maintenant que tout le monde a compris qu'elle n'est qu'un leurre qui profitera à très peu de monde, il faut passer à l'offensive. Et de préférence ensemble, avec des objectifs communs, une stratégie commune. En commençant par le SMIC, comme l'a dit fort justement M. Chérèque, parce qu'il touche 2,3 millions de travailleurs pauvres qui sont les premières victimes de l'inflation et de la réduction du pouvoir d'achat. Mais il faut également engager les négociations par branche. M. Mailly a raison de réclamer un Grenelle des salaires, mais pour l'imposer il faut l'unité d'action. Or, FO a été la première organisation à saboter l'intersyndicale de l'automne. Résultat : les confédérations françaises en sont réduites à demander "un coup de pouce" au-delà de l'inflation, là où IG-Metall, le syndicat de la métallurgie allemande, a obtenu une hausse générale de 3,6% en 2010, venant après une hausse de 8% en 2008. Il est vrai qu'IG-Metall compte près de 2,3 millions de cotisants !
Sur la protection sociale, en revanche, les choses avancent très mollement. Le bilan du RSA a même été l'occasion d'une offensive d'une rare stupidité de ce qu'on appelle la "droite sociale" et qui n'a de sociale que le nom. A sa tête, Laurent Wauquiez, un fils, petit-fils et arrière petit-fils de grossiums lyonnais, normalien et énarque nomenclaturé, poule de luxe du gouvernement Sarkozy, qui a voulu se pousser du col en faisant la leçon aux travailleurs et à la classe ouvrière. On l'a rabroué, mais gentiment. On l'a "recadré", mais sans violence. "L'excellent" Daubresse", qui fait la pluie et le beau temps social chez Borloo, a parlé "d'idées justes", mais exprimées avec maladresse. Gageons qu'on retrouvera ces âneries, à peine édulcorées, dans la plateforme du candidat Sarkozy. Au titre sans doute de la lutte contre les privilèges ! Tout celà a malheureusement stérilisé le débat sur l'indemnisation du chômage et sur l'insertion où des avancées sont possibles parce qu'il y a du grain à moudre. Dommage!
Reste l'emploi. La situation dans l'industrie est toujours alarmante et aucun chiffre, aucun indice ne semble dessiner d'amélioration. Il faut le dire, partout, haut et fort : le pouvoir sarkozyste a une responsabilité majeure dans l'affaiblissement de notre industrie nationale. Il n'a rien vu et rien voulu faire et quand, par force, il a du agir, c'est pour démanteler (la recherche publique et les aides à l'innovation), pour entraver (l'action de la Caisse des Dépôts), pour déréguler ou pour se soumettre platement aux décisions d'ouverture à la concurrence décidée par Bruxelles. L'Allemagne a fait d'autres choix qui se révèlent payants : elle a confié la politique industrielle à ses Länder, c'est à dire à ses régions qui agissent avec efficacité et connaissance du terrain, loin du regard des gnomes de la Commission;  elle cible son action sur un tissu d'entreprises innovantes, petites ou moyennes, là où les mauvaises habitudes, consanguines, de l'oligarchie française, font que l'on n'aide que les gros et à du proportion des services qu'ils rendent au régime; enfin, outre-Rhin, l'industrie est au coeur du consensus social, c'est là que la cogestion s'exerce avec le plus d'efficience, au plus grand profit des salariés et de l'économie nationale. Ces choix s'imposent aux dirigeants politiques allemands parce qu'ils sont les choix de la nation, et d'abord de ses producteurs, syndicats ouvriers, techniciens, ingénieurs, créateurs.
Voilà le grand chantier que les confédérations françaises doivent ouvrir. Celui d'un syndicalisme moderne, ouvert, un syndicalisme de contenu et de propositions. Quatre ingrédients sont indispensables à cette révolution : le passage à un syndicalisme de masse, ce qui suppose l'obligation faite aux salariés de se syndiquer, la présence d'administrateurs salariés dans tous les conseils d'administration, la promotion d'un vaste secteur d'économie sociale et mutualiste, une très large décentralisation afin de remettre la société française en mouvement. Ces ingrédients sont de nature politique. C'est sur ces points que le syndicalisme français devra peser dans les prochaines échéances électorales
Henri Valois.

   P.S.  Nous n'avons pas évoqué le seul sujet social qui semble un tant soit peu agiter les rédactions : je veux parler de la pénétration du Front national dans les syndicats. On a l'impression que certains découvrent la lune : dans la mesure où le FN rassemble sur son nom plus de 4 millions d'électeurs et qu'il représenterait (selon les sondages) entre 30 et 40 % de l'électorat ouvrier et employé, qui y a-t-il d'étonnant à cela ? Il est même assez vraisemblable que de l'ordre de 10 à 15% des responsables syndicaux locaux (à l'exception peut-être de la CFDT) aient de la sympathie pour les idées du Front. Faut-il s'en émouvoir ? Non. L'angélisme démocratique est-il suffisant pour y répondre ? Certainement pas. Alors, que faire ? Sortir de la langue de bois, ce qui est souvent la meilleur option. Reconnaître en particulier qu'il y a une question européenne, que l'euro est l'outil des rentiers, pas des producteurs, qu'une dose de protectionnisme national ne ferait pas de mal et que les travailleurs grecs, demain espagnols et portugais, ont raison d'agir par la grève générale contre leurs dirigeants européistes. Reconnaître qu'il y a une question salariale en France et que la seule façon de sortir les classes défavorisées et moyennes de la prolétarisation, c'est de renouer avec une politique de salaires élevés. Reconnaître que l'intégration des travailleurs d'origine étrangère passe, comme on le voit aujourd'hui en Allemagne ou en Italie, par un syndicalisme de masse. Convenir enfin que ce sont les patrons, pas les travailleurs, qui ont intérêt à une politique d'immigration sans contrôle parce qu'elle permet d'abaisser les salaires et de faire disparaître les frontières. Voilà ce qu'il faut répondre à ceux d'entre nous qui posent de "vraies questions", sans apporter les bonnes réponses.
H.V.

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