Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 22:33
Le rire de Barbey
 

Comme il est loin le temps où la République fêtait ses héros avec faste et où elle fleurissait avec éclat les autels de la Religion de 1789 ! Rousseau, dont on devait célébrer cette année le tricentenaire, n’aura droit à rien ou à presque rien. La seule manifestation d’importance se tiendra non pas à Paris mais à Genève et elle traitera « des amis et des ennemis de Jean-Jacques », ce qui laisse entendre que notre philosophe pourrait ne pas avoir le dernier mot. La région Rhône-Alpes, qui compte à sa tête quelques amis du prophète d’Ermenonville, s’est bien juré de mobiliser fin juin les foules lyonnaises et grenobloises autour de « pique-niques républicains », mais il y a fort à parier qu’à cette date les candidats piqueniqueurs ressembleront davantage à des touristes en goguette qu’à des sans-culottes. Rien donc d’exceptionnel, rien qui ne justifie en tout cas qu’on bouscule l’agenda d’un ministre ou qu’on prive nos parlementaires de leurs premiers jours de vacances. Aucun discours d’importance ne viendra distraire Rousseau de ses rêveries posthumes.

C’est sans doute mieux comme cela. Paul Bourget ne disait-il pas avec un brin de méchanceté que « chaque fois que nos gouvernants s’essaient à célébrer quelque fête révolutionnaire, qu’il s’agisse de l’un des grands faits ou de l’un des grands hommes de cette moderne latrie, ils se heurtent à l’Intelligence ». Jugement rude, mais au fond assez juste. Que l’on se souvienne de l’échec des festivités du bicentenaire de la Révolution, boudées par tout ce que l’Europe et le monde comptaient d’esprits et de talents et que le mauvais temps acheva de ruiner ! Que l’on en juge également par le bicentenaire de Rousseau que le régime voulut célébrer avec pompe à l’été 1912 et qui déchaina dans tout le pays des polémiques et des manifestations violentes. L’heure était, il est vrai, à la bataille d’idées. La Revue Critique y prit toute sa part. Elle publia le 25 juin 1912 un numéro spécial contre la glorification de Rousseau. Maurras, Bourget, Clouard, Marie de Roux et quelques autres y montaient à l’assaut de l’idole démocratique. Barrès, dans un superbe discours à la Chambre, refusait de voter les crédits destinés à la célébration du bicentenaire. Le 28 juin, la séance solennelle organisée à la Sorbonne en l’honneur de l’auteur du Contrat Social se terminait en émeute et en bataille rangée. Aux cris de « Vive le roi ! A bas Jean-Jacques !», répondaient ceux de « Vive la République ! Vive Rousseau ». Il y eut plus de deux cent interpellations. Le 30 juin, lors de la cérémonie de clôture des fêtes parisiennes au Panthéon, le Président de la République fut conspué par plus de deux mille contre-manifestants.

L’indifférence et le silence qui accompagnent, un siècle après, le souvenir de Jean-Jacques peuvent surprendre. Ils ont pourtant une profonde signification. C’est que le bilan de Rousseau laisse encore moins place au doute qu’en 1912. Si l’écrivain, si l’auteur des Rêveries et des Confessions mérite à coup sûr la place éminente qu’il occupe dans notre littérature, il n’en est plus de même de l’idéologue et du faiseur de doctrines. Qui peut encore lire sans bailler les niaiseries pseudo-naturalistes du Contrat Social, de l’Emile ou du Discours sur l’Inégalité ? Qui peut accorder le moindre intérêt, après Darwin, après Comte, après Taine, après Renan, et tant d’autres plus proches, aux sophismes d’un homme qui place la société en dehors de la nature ? Et qui dresse l’individu contre la société au nom de cette même nature ? Comment une pensée aussi frustre, aussi éloignée des géniales intuitions des Grecs et des trouvailles des modernes, peut-elle occuper encore aujourd’hui autant de pages dans nos manuels de philosophie, au grand désespoir de générations d’étudiants qui en mesurent toute l’irréalité ? Sinon parce que cette pensée fausse, qui repose sur une conception erronée du monde et de la vie, est le viatique du régime que nous subissons depuis deux siècles et dont nous avons inoculé le poison à la moitié de l’humanité. Sans culte de Rousseau, c’est tout l’édifice républicain qui s’écroule, ce sont toutes les singeries de nos démocraties bourgeoises qui disparaissent subitement en fumée. Jean-Jacques est devenu une vieille idole qu’on révère par habitude ? Qu’importe ! Même si son culte est vide, il importe qu’il soit toujours desservi.

Mais il y a pire que le silence et l’indifférence. Il y a la gêne. Il y a le trouble. Car le culte de Jean-Jacques ne s’est pas seulement vidé de son sens, il est aussi devenu embarrassant. Les critiques les plus vives qu’on puisse lui faire concernent moins les écrits du philosophe que les œuvres humaines que ses écrits ont enfantés. On pouvait encore être sincèrement rousseauiste en 1912. Malgré les mises en garde de Proudhon, de Balzac ou de Benjamin Constant, on pouvait continuer à penser que les ennemis de Jean-Jacques étaient avant tout les ennemis du progrès et de la liberté. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. En un siècle, l’histoire, la sociologie, la philosophie des idées ont instruit le procès en responsabilité de Rousseau. Trop de preuves ont été accumulées pour qu’il en sorte indemne. Que sa pensée ait profondément influencé les figures les plus marquantes de la Révolution et de la Terreur ne fait plus aucun doute et les travaux d’historiens comme Pierre Chaunu ou François Furet sont là pour en témoigner. Oui, il existe un lien, un lien terrible, un lien de sang entre l’utopie du Contrat Social et la « société fraternelle » que les hommes de la Convention rêvaient d’imposer, du haut de leurs échafauds. Oui, les massacres de septembre, les noyades de Nantes, les colonnes infernales, les lois terroristes, les tribunaux populaires traduisaient l’impuissance des Jacobins à transformer une société qu’ils considéraient, à l’instar de Rousseau, comme « dénaturée ».

D’autres, par la suite, ont voulu eux aussi « tout refaire à neuf », selon la formule de Barrès, « comme si nous n’avions pas été civilisés ». Ils étaient rouges en 1917 et malgré les conseils des meilleurs d’entre eux, de Sorel, de Gramsci, ils reprirent, vers une société sans classe, elle aussi « fraternelle », le chemin du sang qu’avaient emprunté leurs prédécesseurs jacobins. D’autres encore, un peu plus tard, vêtus de noir ou de brun, devaient rêver, à leur tour, aux formes pures – nation, empire ou race – qui viendraient régénérer notre vieille Europe fourbue d’âge, de sagesse et de civilisation. On sait ce qu’il en fut, de part et d’autre. On sait ce que Nietzsche, un demi siècle avant, avait écrit de « toutes ces choses folles plus qu’à moitié, histrionesques, bestialement cruelles (…) qui, réunies, composent la véritable substance révolutionnaire et qui, avant la Révolution, s’étaient incarnés en Rousseau ». On sait ce qu’en pensait Bernanos lorsqu’il écrivait, le cœur lourd, Les Grands Cimetières sous la lune, ce qu’en pensait Simone Weill, lorsqu’elle dénonçait dès 1940, la machine à terreur jacobine. On connait les terribles essais d’Hannah Arendt sur le totalitarisme et sur la révolution. Partout, dans ces textes subséquents ou prémonitoires, comme dans bien d’autres signés Maritain, Orwell, Thibon, Gabriel Marcel ou Thierry Maulnier, on trouve toujours l’ombre du Genevois. Il y  fait figure d’inspirateur, d’initiateur et de pygmalion.

Toutes ces raisons plaident pour que, comme en 1912, et sans doute plus encore qu’en 1912, la Revue critique fasse, cette année encore, sa fête à Jean-Jacques. S’il est vrai que l’oubli et le silence creusent les meilleurs tombeaux, il ne serait pas juste qu’un aussi mauvais maître parte sans qu’on fasse autour de lui, une dernière fois, un peu de bruit. Nous publierons à cet effet dans les semaines qui viennent un florilège de textes à charge sur Rousseau que nos lecteurs ne trouveront bien entendu dans aucune autre gazette. Nous les invitons d’ailleurs à nous adresser les réquisitoires de penseurs français ou étrangers qui pourraient leur passer entre les mains.

Nous commencerons comme il convient par le rire. Celui de Barbey d’Aurevilly n’a pas d’égal pour chasser les miasmes et disperser les brumes rousseauistes. L’article ci-dessous fut publié en août 1858 dans le Réveil, puis dans le recueil des Œuvres et des Hommes. Barbey, sûr de sa proie, s’en donne à cœur joie. Il s’en prend à Jean-Jacques et à son clapier, qui a fait depuis d’autres émules. Il est des rires qui valent cent bonnes pages et une avalanche de coups de bâton…

Paul Gilbert.

 

Jean-Jacques Rousseau et son clapier [1]
 
I
 

Il va bien, son clapier ! C’est-à-dire qu’il va trop ! Il croît, il multiplie, il fourmille et frétille. Chaque jour nous sommes envahis par des générations nouvelles de Jean-Jeannot, fils de Jean-Jacques. Mais ces enfants, perdus ou trouvés, d’un tel père n’en sont pas pour cela (qu’on nous passe le mot !) de plus fameux lapins ! Il y en a, dans ce clapier, de toute espèce, de tout poil et de toute catégorie. Voulez-vous seulement les compter ?

D’abord, voici la grande portée des philosophes purs, des faiseurs de sociétés comme leur propre père, la portée pesante des Saint-Simon, des Charles, Fourier, des Cabet, des Proudhon, des Pierre Leroux.

Puis celle des Sismondi, des Louis Blanc, des Blanqui, — l’affreuse ventrée des économistes, — et la non moins horrible des hommes politiques, des Ledru-Rollin et des Mazzini !

Enfin il y a la portée des vrais brouteurs de thym, la portée des artistes, comme George Sand, à laquelle il faut en ajouter une autre tardivement arrivée, tardivement aperçue, mais charmante, celle des philologues comme Renan, laquelle commence à dresser de si jolies oreilles en faisant sa cour à l'Aurore.

Tous, en effet, ces fourmillants et ces frétillants dans le champ de la pensée, comme ils disent agréablement, procèdent de Jean-Jacques et en sont sortis. Ils n’existeraient pas sans Jean-Jacques. C’est lui qui leur a réellement donné leur place au soleil. Quels qu’ils soient, impuissants ou funestes, — et cela ne s’exclut point, hélas! au contraire ! ils l’ont bien prouvé ! — ils sont tous les bâtards du génie de Jean-Jacques. Mais ceux-là, s’il avait pu les connaître, il n’eût pas voulu les étouffer !

 
II
 

Certes ! l’individualisme était dans le monde avant Jean-Jacques Rousseau, et cette poudre-là, il ne l’a pas inventée. L’anarchie de l’orgueil humain se date du même jour que la chute. Dans ce monde chrétien qui l’avait dompté, une possession d’Etat avait été, bien avant Rousseau, octroyée à l’individualisme ; et c’est un autre homme que Rousseau, c’était Descartes, qui avait fait le coup, lorsqu’il avait mis dans sa philosophie le Cogito, ergo sum : « Je pense, donc je suis», dont il répondra devant Dieu ! Seulement, de même que celui qui achève un homme est plus coupable que celui qui a commencé de le frapper, Rousseau acheva le mal commencé par Descartes, et le Traité de la Méthode fut complété par le Contrat social. Descartes, ce Robinson de la pensée, qui fait le désert dans l'intelligence pour s’y retrouver, fut continué effroyablement, et jusqu’à l’absurdité, par un autre Robinson sans patrie, sans principes, — la patrie de l’esprit, — échoué à Paris chez les encyclopédistes, qui lui appliquèrent le droit d’aubaine et s’en firent une de ses écrits. Eh bien, c’est ce Contrat social qui est tout Rousseau et sa descendance ! c’est ce Contrat, l’emphythéose du XIXe siècle, hors duquel il n’y a de salut philosophique pour personne parmi ceux qui s’appellent de la libre pensée, mais que nous appelons, nous, de la très servile; c’est ce Contrat social que nous demandons la permission d’analyser en quelques mots. On verra le peu qu’il faut de largeur à l’erreur pour tenir tant d’esprits sous son ombre.

 
III
 

Jean-Jacques, dans son Contrat social, commence par se moquer de l’histoire d’Adam, qu’il ose comparer à Robinson lui-même. Voici ce texte ricaneur ; c’est le rire de Voltaire, avec des dents noires :

« Je n’ai rien dit du roi Adam, ni de l’empereur Noé, père des trois grands monarques qui se par- tagèrent l’univers, comme firent les enfants de Saturne, qu’on a cru reconnaître en eux. J’espère qu’on me saura gré de ma modération, car, descendant directement de l’un de ces princes, et peut-être de la branche ainée, que sais-je si, par la vérification des titres, je ne me trouverais pas le roi légitime du genre humain ? Quoi qu’il en soit, on ne peut disconvenir qu’Adam n’ait été souverain du monde, comme Robinson de son île, tant qu’il en fut le seul habitant ; et ce qu’il y avait de commode dans cet empire était que le monarque, assuré sur son trône, n’avait à craindre ni rébellions, ni guerre, ni conspirateurs. »

Telle est la froide bouffonnerie qui ouvre le Contrat social. A peine l’a-t-il risquée que le railleur d’Adam en invente dix mille d’une seule fois, après le refroidissement de la terre en fusion de Buffon, d’abord essayés, puis réussis. Dix mille Adams, ni plus nimoins, nés où ?... Sous les champignons ou dessus ? Dans les forêts ou dans l’humus en fermentation ? Immergeant un beau matin, après combien d’années ! de la putréfaction et de la moisissure de la terre ? Ou encore sortant d’un œuf; — et l’œuf lui-même, d’où sort-il ?... Mais ceci est obscur ! passons.

Toujours est-il qu’une fois créés, ce fut un événement superbe ! Ces dix mille Adams se donnèrent, spontanément, bien entendu, un rendez-vous commun, on ne sait quand (la date est restée supra-historique et métaphysique, comme il convient à une bonne philosophie de l’histoire), on ne sait comment (car alors il n’y avait ni courriers ni télégraphie : on a mis quatre mille ans, dit Jean-Jeannot Fourier, l’aîné des fils de Jean-Jacques, pour inventer l’étrier), on ne sait où (le point est resté vague sur la mappemonde, et si ce fut partout, ce fut difficile à trouver), et enfin pourquoi? dans quel but?... N’avaient-ils pas l’autonomie ? Et tous et chacun de ces dix mille n’étaient-ils pas l'incarnation vivante de la justice, de la conscience et de la loi ?

 
IV
 

Eh bien, passons encore ! Passons ! On les vit arriver sans boussole, sans route et sans itinéraire, militairement, à heure dite, polis et exacts comme des rois! De moyen connu de s’entendre, ils n’en avaient point. La langue n’était pas faite. Mais ils n’en tinrent pas moins leur première assemblée... préparatoire. Où était-ce ? Sur la place publique ? Ces messieurs étaient nus, sans vivres, sans logements, sans ménage, sans femmes (étaient-elles nées, et comment ?), sans travaux ni chefs. Ils étaient les premiers des égalitaires. Or, en cette qualité, nul ne s’imposant, ils délibérèrent sur l'ordre social qu’ils allaient faire, au scrutin... et dans un bonnet ! Était-il phrygien, celui-là ? A cette première assemblée, fut-ce le doyen d’âge qui présida ? Les secrétaires étaient-ils les plus jeunes ? Où se trouve le procès-verbal de la séance ? Montrez! C’est un monument. Il dut être beau !

N’oublions pas qu’il y eut aussi (préfiguration de l’avenir!) la question préalable. Pour discuter, il fallut un règlement... D’abord, et pour discuter le règlement, il fallait une langue. Par où commencèrent-ils?... Nouvelle délibération impossible. S’ils commencèrent par la langue, il leur fallut un règlement pour commencer la discussion ; et s’ils commencèrent par le règlement, il leur fallut une langue pour en discuter les articles. Difficile de se tirer de là, et l’auteur du Contrat social ne s’en tire pas ; — il y reste !

Et vous figurez-vous le magnifique embrouillamini, comme dit M. Jourdain, qui suivit les dix jours de cette genèse grotesque ? A côté et en comparaison, Gulliver et les Mille et une nuits sont des monuments de haute évidence. A côlé et en comparaison, Gargantua est sage, don Quichotte raisonnable, le Roi de Bohème et ses sept châteaux, de la lumière, et surtout de la réalité ! Mais passons toujours. L’assemblée devint permanente. Tous votèrent, et votèrent sans dis- continuer. Il ne fut question ni d’enfants, ni de pères, ni de majeurs, ni de mineurs, ni de hiérarchie, ni de famille, mais de boules; et l’honneur, la vérité, la conscience, ce fut le scrutin. Inepte et incroyable roman que Rousseau eut le front d’opposer à l’histoire I C’est ainsi, nous dit-il, que la société débuta. Et on le crut, non parce que c’était clair, cet imbroglio d’impossibilités, cet entre-choquement de folies, mais parce que c’était insolent pour Moïse et nos livres saints ! Et on le crut, dans cette race de gens d’esprit, depuis les philosophes qui croient à tout, excepté à l’Église, jusqu’aux gamins intellectuels qui ne croient à rien. Et pour prouver qu’on le croyait, on fit une révolution avec ses idées. Et le clapier de Rousseau, ce clapier qui vit et prospère, pense peut-être à la recommencer !

 
V
 

De telles idées (comme il arrive toujours, du reste) n’étaient en Rousseau que le reflet de ses antécédents et de ses mœurs. Dans l'homme le plus fort, et Rousseau était le plus faible, le génie n’est jamais que le vassal des mœurs. Et si sublime qu’il soit, ce génie, les mœurs ne manquent jamais de lui passer au cou ce collier de cuivre que Walter Scott met au cou de Gurth, le gardeur de pourceaux. Lumière biographique universelle ! Je conçois le mot lâche de Voltaire, qui disait : « La vie des hommes littéraires n’est que dans leurs écrits. » Il voulait y cacher la sienne. Mais il se trompait, s’il ne mentait pas ! Le talent réfléchit la vie, et il nous en renvoie toujours l’ignominie ou la noblesse. On sait ce qu’a été Rousseau. Son Contrat social fut un héritage de Genève. On a dit dernièrement qu’il ne s’appelait point Rousseau, mais Renou, et que, s’il épousa Thérèse ailleurs que devant le soleil de la forêt de Saint-Germain, c’est qu’elle l’y contraignit, la commère!  Cet être d’origine indécise, qui vida ses petits (on dispute sur le nombre en disant qu’il se vante) dans le trou creusé par l’adorable saint Vincent de Paul, qui lui épargna l’assassinat ; cet ingrat monstrueux, qui glorifia l'ingratitude et publia le Vicaire savoyard pour chasser et abolir saint Vincent de Paul, le dépositaire et le nourricier de ses enfants, dut vouloir bâtardiser l’humanité, et son Contrat social n’est que la tentative de l’orgueil malade et insensé, qui crée le monde à son image!

Heureusement, saint Vincent de Paul, chassé, en 1793, par l’école de Jean-Jacques, revint, quatre ans après, avec les enfants, catéchisés et communiants, légitimés devant Dieu par la foi, l’humilité et la pratique des vertus chrétiennes. Les petits du cynique, élevés honnêtement, balayèrent les ordures de leur père en 1804, au 2 décembre, et ses arrière-petits, à la même date providentielle, en 1851. On recommence à croire au testament d’Adam, qui est le vrai Contrat social du pouvoir, à la famille qui est le vrai Contrat social du père, des enfants, de la mère, et à l’ordre, qui est le vrai Contrat social des anciens de la famille, appelés en premier par la vocation, les études, le diplôme, et en second par le pouvoir, qui les fait officiers, évêques, magistrats !

Oui! on reprend la Tradition chrétienne ; mais le clapier... l’ignoble clapier vit cependant toujours.

Jules Barbey d'Aurevilly.



[1]. Jules Barbey d'Aurevilly, "Jean-Jacques Rousseau et son clapier", Le réveil, 14 aout 1958. 


Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Idées
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche