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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 02:18
Canonnières en mer de Chine
 
Le gouvernement japonais a annoncé vendredi dernier son intention de renforcer d'ici à 2020 ses capacités de défense dans les îles du sud de l'archipel, afin de contrecarrer la puissance militaire grandissante de la Chine qui représente, selon lui, « une source d'inquiétude » pour l'Asie et le monde. Ces mesures visent également la Corée du Nord, que Tokyo désigne comme un « facteur pressant et grave d'instabilité ». En termes non diplomatiques : un ennemi en puissance.
Selon le programme présenté par Tokyo, les forces d'autodéfense japonaises - nom officiel de l'armée selon la Constitution pacifiste nippone - vont désormais se concentrer sur la surveillance des îles méridionales, dont plusieurs sont revendiquées à la fois par Pékin et Tokyo. Le document prévoit d'augmenter le nombre de sous-marins de 16 à 22 et de moderniser l'aviation de chasse. Il préconise également de renforcer les capacités de défense contre les missiles pouvant venir de Corée du Nord, en doublant de trois à six le nombre de bases de missiles antimissiles sol-air et en faisant passer de quatre à six le nombre de destroyers équipés de missiles intercepteurs.
"Pékin modernise rapidement son armée et intensifie ses activités dans les eaux voisines de son territoire", souligne ce document stratégique. "Avec le manque de transparence de la Chine sur les questions militaires et de sécurité, cette tendance est une source d'inquiétude pour la région et la communauté internationale", ajoute-t-il.
Le plan japonais renvoie donc au passé la politique de défense mise en place depuis la Guerre froide, qui visait pour l’essentiel à prévenir une menace venue du nord, d'URSS, puis de Russie. Certains ne manqueront pas d’y voir un changement stratégique plus profond encore : pour la première fois depuis la fin de la guerre, Tokyo s’exprime de façon autonome sur les questions militaires et planifie ses efforts de défense en fonction de sa vision propre et de ses intérêts dans la zone. Le gouvernement nippon répond ainsi à une préoccupation forte de son opinion publique qui souhaite des relations « plus matures » avec les Etats Unis. Précisons que, bien qu’officiellement pacifiste, le Japon entretient une armée très efficace et supérieurement équipée, dont les effectifs sont supérieurs à ceux de la France ou du Royaume uni.
Pékin a réagi à ces annonces dans des termes aussi mielleux qu’hypocrites. Précisant « qu’elle ne menace personne", la Chine qualifie « dirresponsables » les déclarations du Japon sur sa puissance militaire. Aucun pays "n'a le droit de se désigner comme représentant de la communauté internationale ni de faire de commentaires irresponsables sur le développement de la Chine", a ajouté le porte-parole de la diplomatie chinoise, Mme Jiang Yu, dans le plus pur style des communiqués soviétiques d’autrefois.
Le Japon a pourtant toutes les raisons de s’alarmer de l’attitude de la Chine. Depuis le printemps dernier, celle-ci n’hésite plus à pousser ses pions et à afficher ses ambitions en mer de Chine et dans toute l’Asie du nord-est. Elle cherche visiblement toutes les occasions, en ravivant notamment ses différents territoriaux avec Tokyo, pour faire monter la pression et tester l’exaspération de son voisin. En avril dernier, le passage d’une flotte chinoise dans le détroit de Miyako, à proximité d’Okinawa, a provoqué un premier incident diplomatique sérieux entre les deux pays. En juillet, lors du sommet des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) à Hanoï, la Chine s’est opposé avec la plus grande vigueur à ce que ses conflits frontaliers avec le Japon fassent l’objet d’une médiation internationale. En septembre, la tension est encore montée d’un cran après la collision d'un chalutier chinois avec deux navires des garde-côtes nippons près d'îlots contrôlés par Tokyo mais revendiqués par Pékin. Il a fallu toute la souplesse et le sang froid du nouveau ministre japonais des affaires étrangères, M. Maehara, pour que l’affaire, montée en épingle par les Chinois, ne dégénère pas.
Force est de reconnaitre que Pékin dispose désormais des moyens de ses ambitions. Sur les dix dernières années, le budget militaire chinois a progressé bien plus rapidement encore que sa croissance économique. Dotée d’un arsenal nucléaire complet, d’une armée de 1,2 millions d’hommes, la Chine pèse de tout son poids dans l’équilibre du continent asiatique. Le plus surprenant, c’est la rapidité d’évolution de sa marine. Selon le Pentagone, les forces navales chinoises, quasi inexistantes il y a encore une décennie, regroupent aujourd’hui 75 grands bâtiments de combat, plus de 60 sous marins, plus de 80 patrouilleurs. La marine chinoise a désormais la capacité d’être présente dans toutes les mers du sud. Depuis 2008, elle patrouille dans le golfe d’Aden avec trois frégates et un navire ravitailleur, dans un secteur où elle peut surveiller les grandes routes maritimes. C’est évidemment ce nouveau rapport de force qui inquiète au premier chef Tokyo.
Le gouvernement japonais a d’ailleurs une petite idée sur les desseins à long terme de la Chine. Il a raison de mettre en relation les tensions qui existent entre les deux puissances asiatiques et la stratégie plus globale poursuivie par Pékin dans cette partie du monde. La Chine, désormais à l’aise dans ses habits de grande puissance, considère la mer de Chine orientale et la mer Jaune comme une sorte de grande mer intérieure, sur laquelle elle a vocation à exercer son contrôle. Dans ce schéma, on comprend mieux l’insistance de la Chine à maintenir ses revendications territoriales et maritimes sur tous les espaces qui bordent cette « Méditerranée asiatique », depuis les îles Senkaku, contrôlées par le Japon, et Taïwan, jusqu’aux Philippines, à la Malaisie et au Vietnam. On comprend mieux aussi l’importance de l’arme navale pour assurer ce contrôle. Lorsqu’on sait que l’essentiel de l’approvisionnement en hydrocarbures du Japon et de la Corée du Sud transite par cette zone, on s’explique également beaucoup mieux les enjeux de domination politique et stratégique qui sont attachés à la maîtrise de cet espace. Et les craintes du Japon.
C’est aussi pour ces raisons les dirigeants nippons regardent avec beaucoup d'attention ce qui se passe actuellement en Corée du Nord. Ils ont tout lieu de penser que la réunification des deux Corées au profit d’une nouvelle entité démocratique et libérale, sous influence occidentale, n’est plus à l’ordre du jour. Pas plus que le « lâchage » de la Corée du Nord par la Chine. Ils constatent au contraire que depuis le naufrage en mars dernier de la corvette sud-coréenne Choenan – sans doute torpillée par un sous-marin nord coréen – les relations entre Pékin et Pyongyang se sont considérablement renforcées. Ce n’est pas un hasard si la Chine a fermement condamné les manœuvres américano-sud-coréennes qui se sont déroulées début décembre en mer Jaune et qu’elle considère comme des provocations les exercices militaires sud coréens qui se déroulent actuellement à la frontière des deux Corées. Toutes considérations qui pourraient conduire Tokyo à garder ses distances vis-à-vis de Séoul et à modérer les ardeurs de ses alliés américains.
François Renié.

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