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30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 20:45
Rupture et éclaircissements
 
Il était dit que la coalition au pouvoir à Rome ne passerait pas l’été. L’autoritarisme de M. Berlusconi, ses conflits permanents tant avec son ex-dauphin, M. Fini, qu’avec son encombrant allié de la Ligue du Nord, M. Bossi, la succession de scandales qui éclaboussent le parti au pouvoir ont eu raison du pacte qui liait depuis deux ans les composantes de la droite italienne. Il ne manquait plus qu’un prétexte pour que la crise éclate au grand jour. C’est M. Fini qui l’a fourni en début de semaine en réclamant une nouvelle fois la mise à l’écart des dirigeants du PDL soupçonnés de corruption. Exaspéré par les attaques à répétitions de son ex-allié, le Cavaliere convoquait séance tenante l’exécutif du parti du Peuple de la Liberté (PDL) - dans lequel les partisans de M. Fini sont minoritaires -, mettait en demeure les dissidents de rentrer dans les rangs et sommait M. Fini d’abandonner la présidence de la Chambre. La réplique ne s’est pas faite attendre : non seulement l’intéressé n’a pas démissionné de son poste, non seulement ses amis politiques ont quitté le PDL, mais il a annoncé la création de son propre groupe parlementaire et, dans un avenir proche, de sa propre formation. M. Berlusconi sort affaibli de cette ultime escarmouche ; il ne dispose plus de majorité assurée à la chambre et risque de devoir affronter des élections générales.
Cette perspective n’enchante guère le chef du gouvernement italien. Il sait que son bilan n’est pas bon. Le programme de relance, de privatisation et d’allègements fiscaux sur lequel il s’est fait élire n’a produit aucun des résultats attendus, ni en termes d’emploi, ni en termes de rebond économique et l’Italie, durement frappé par la crise, doit adopter – solidarité européenne oblige – des mesures d’austérité drastiques. La cote de popularité de M. Berlusconi est au plus bas niveau, proche de celui de M. Sarkozy, ce qui n’est pas peu dire. Sa seule marge de manœuvre serait de convaincre certains centristes et des démo chrétiens de droite de former une nouvelle alliance avec le PDL, mais qui a envie aujourd’hui de lier son sort à celui de M. Berlusconi ?
La perspective de retourner devant les électeurs n’excite pas davantage l’opposition. La principale formation de gauche, le Parti démocrate (PD) - assemblage hétéroclite d’anciens communistes, de centristes et de l’aile gauche de l’ex-démocratie chrétienne – n’a absolument pas anticipé cette épreuve. A l’issue des derniers scrutins électoraux, que le PD a perdus, ses dirigeants historiques ont démissionné ou se sont retirés sur l’Aventin, laissant les rênes du parti au peu charismatique M. Bersani. En matière de corruption, le PD ne fait guère mieux que le PDL. En outre, le dernier passage de la gauche au pouvoir, avec M. Prodi, s’est achevé dans la confusion la plus totale, et les Italiens en garde encore aujourd’hui un souvenir plus qu’amer.  
Peut-on réellement sortir de cette crise sans élections ? A priori non. M. Fini, qui détient désormais la clef de la majorité, sera sans doute tenté de faire bouillir ses anciens alliés à petit feu. Pour autant, ni lui, ni Berlusconi n’ont intérêt à retarder l’épreuve de force. Il est vraisemblable que le gouvernement va présenter des réformes de moins en moins acceptables pour les « finistes » et que ceux-ci attendront le texte le plus emblématique pour rompre le pacte majoritaire. Le vote à l’automne d’un nouveau train de mesures d’austérité serait le prétexte parfait pour faire tomber le gouvernement. La voie des urnes serait alors ouverte.
La situation n’en serait que plus claire. En mettant fin, il y a une vingtaine d’années au règne sans partage de la démocratie chrétienne, la classe politique italienne a liquidé son passé mais elle s’est toujours refusé à choisir entre régime parlementaire, régime présidentiel ou régime de type gaullien. Malgré la présence d’hommes de conviction, comme MM. Berlusconi, Fini, Bossi ou le président de la République, M. Napolitano, le système politique reste encore entre les mains des combinazzione, des jeux partisans, des groupes d’intérêt et des sociétés de pensée. A chaque élection, on évoque la nécessité d’un nouveau régime, d’une autre République, d’une nouvelle constitution mais c’est pour les oublier aussi vite, l’élection passée. Personne, pour le moment, n’a voulu et n’a su imposer cette transition.
D’une certaine façon, l’échec annoncé de M. Berlusconi et de la droite libérale, comme hier celui de M. Prodi et de la gauche traditionnelle, constituent de premiers éléments de clarification. Ils sanctionnent ceux qui ont choisi de se servir de l’Etat – à droite pour l’argent, à gauche pour les postes – plutôt que de le servir. Restent deux choix possibles. Celui de la modernisation et du renforcement de l’Etat, de sa « moralisation » au service de l’intérêt général. C’est la voie, gaullienne, que M. Fini pourrait être tenté de suivre, même si c’est une voie difficile, qui suppose de profonds changements dans la classe politique et dans l’opinion. L’autre choix, plus facile à faire accepter mais sans doute moins ambitieux pour l’Italie, c’est celle du fédéralisme, prôné par M. Bossi. Nationalisme moderne ou fédéralisme, voilà les termes qui risquent d’orienter pour longtemps le débat politique en Italie. Leur synthèse réussie pourrait donner des idées au reste de l’Europe [1].
Jean-Gabriel Faure. 

 


[1]. On notera que M. Fini n’est pas un adversaire du fédéralisme. Il en fait même un des éléments de son programme. Ce qu’il refuse à tout prix c’est la fin de l’unité italienne et l’émergence de cette chimère que l’on appelle « l’Europe des Régions ». Nous le suivrions assez bien sur ces deux points.

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