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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 19:42
Soulages,
De l'esprit à la forme                   
soulages
 

Il y a deux  bonnes raisons pour se rendre à la rétrospective que le Centre Pompidou consacre à Pierre Soulages. C'est d'abord une exposition magnifique - plus d'une centaine d'oeuvres, parfaitement commentées et documentées - qui permet d'avoir un accès complet au parcours du peintre et de saisir ce que sa création comprend d'énergie, de volonté et de continuité. Et c'est en même temps l'occasion de saisir les failles de cette oeuvre, ses rythmes, ses changements, ses ruptures et ses longs moments de respiration.

On le sait, toute l'oeuvre de Pierre Soulages est dominée par le noir, mais cette domination du noir n'est pas d'un seul tenant, elle a ses périodes, le noir comme "couleur d'origine", puis comme paysage et enfin comme matière offerte à la lumière. Soulages évolue progressivement de l'idéogramme chinois et des fresques rupestres à une peinture en trois dimensions où les couches noires, creusées, travaillées et soumises à la lumière  finissent en une forme de sculpture. De l'écriture à la forme, de l'esprit incarné dans les signes à la matière livrée dans son apparence primitive, voilà le parcours d'un artiste qui revendique son abstraction et dont l'oeuvre renvoie pourtant à des dimensions parfaitement humaines et concrètes.

Pour qui sait voir, Soulages est transparent malgré son goût pour l'obscurité. Son arrivée à Sète, à la fin des années 50 et sa proximité avec les paysages-lumières  de Valéry -  une mer diffuse ("Midi le Juste y compose de feu"), un cimetière offert ("Fragment terrestre offert à la lumière") - explique sans doute sa soudaine conversion au noir intégral. C'est certainement l'époque la plus forte de l'oeuvre de Soulages, son Midi, l'heure de la grande originalité. Le noir est étalé à longs coups de brosse sur la toile, la lumière s'y insère  et produit les paysages d'un monde inédit : nuits métalliques, mers grises comme vues d'avion, levers de soleil noir... Là encore, l'abstraction vue par Soulages n'est ni une forme d'écriture automatique, ni une réduction de la vie ou un retrait du monde, c'est l'expression d'un monde autre, tout en restant apparenté à celui-là.

Il y a aussi du grec chez Soulages. Sa création prend appui sur le travail de l'homme, même si, à un moment, les dieux brouillent les cartes. C'est le moment où l'artiste, artisan, acteur et pythie à la fois, doit faire la preuve de sa grande mobilité. "L'artisan sait très bien quel objet il va produire et il sait même comment y arriver alors que nous ne savons ni comment faire, ni ce qui va se faire. Au moment où les matériaux sont à l'oeuvre, certaines choses se passent, se développent, ouvrent des possibilités que nous n'avions pas soupçonnées... ". Et Pierre Soulages de conclure "C'est ce que je fais qui m'apprend ce que je cherche". Voilà les accents d'un vrai classique.

Sainte Colombe.

 


Rétrospective Pierre Soulages. - Centre Pompidou, place Georges Pompidou, Paris IVe. - Ouvert  tous les jours sauf mardi. - Jusqu'au 8 mars 2010.
 

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Sainte Colombe - dans Arts
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