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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 10:34
Daniel Thaly
(1879-1950)
 
Daniel Thaly est né, de parents pyrénéens, à Roseau (Ile de la Dominique), le 2 décembre 1879. Il fait ses humanités au lycée de Saint-Pierre-de-la-Dominique, la ville détruite, puis commence des études médicales à Toulouse, qu'il achève à Paris.
Il quitte la France en 1908 et retourne habiter aux Antilles. Sous le ciel bleu de la Dominique, à la fois planteur et médecin, il passe son temps entre ses malades et ses citronniers. Mais ses occupations ne détruisent pas son penchant à la rêverie, et il ne cesse d'écrire des vers. Puis, il s’installe en Martinique où il fait profession de bibliothécaire.
Des voyages périodiques en Europe écartèlent sa sensibilité de fin nerveux. Il sait pourtant calmer de sagesse sa nostalgie dans les nombreux recueils qui vont de Lucioles et Cantharides (1900) à Chansons de Mer et d’Outre Mer (1911) et Héliotrope ou les Amants inconnus (1932). Selon Henri Clouard, « sa poésie fluide, glissante, gazouillante, étonnamment facile et fraiche, fait s’épanouir la flexibilité créole réellement comme une fleur».
Daniel Thaly a collaboré à un grand nombre de revues littéraires, comme La Phalange de Jean Royère, Le Mercure de France d’Alfred Vallette et Le Divan d’Henri Martineau.
 
Lucioles et cantharides (Paris, Ollendorf, 1900), La Clarté du Sud (Toulouse, société provinciale d’éditions, 1905), Le Jardin des Tropiques (Paris, Editions du Beffroi, 1911), Chansons de Mer et d’Outre Mer (Paris, Editions de la Phalange, 1911), Nostalgies françaises (Paris, Editions de la Phalange, 1913), L’Ile et le Voyage (Paris, Editions du Divan, 1923), Chants de l’Atlantique (Paris, Garnier, 1928), Héliotrope ou les Amants inconnus (Paris, Editions du Divan, 1932).
 
 
 
L'Asile du rêve
 
Cette maison bâtie au bord de la presqu'île,
Où de blancs paille-en-queue ont suspendu leur nid,
S'élève en la clarté de l'éther immobile.
Sur le spectacle éblouissant de l'infini.

La falaise est aride au seuil de la terrasse
Et, seuls, quelques cactus hérissent ce désert,
Mais par une croisée ouverte sur l'espace
On voit tout l'horizon, les îles et la mer.

On y vit dans l'odeur salubre du rivage.
Quelquefois un navire et l'ombre d'un nuage
Troublent au loin le miroir pur des grandes eaux.

Le silence de l'air repose la pensée;
La rêverie, au chant de la vague bercée,
Suit en l'azur le vol décroissant des oiseaux.
 
     
 
Daniel Thaly. (1879-1950), Le Jardin des Tropiques. (1911)
 
 
L'Ile lointaine
 
Je suis né dans une île amoureuse du vent
Où l'air a des senteurs de sucre et de vanille
Et que berce au soleil du tropique mouvant
Le flot tiède et bleu de la mer des Antilles.

Sous les brises, au chant des arbres familiers,
J'ai vu les horizons où planent les frégates
Et respiré l'encens sauvage des halliers
Dans ses forêts pleines de fleurs et d'aromates.

Cent fois je suis monté sur ses mornes en feu
Pour voir à l'infini la mer splendide et nue
Ainsi qu'un grand désert mouvant de sable bleu
Border la perspective immense de la nue.

Contre ces souvenirs en vain je me défends
Je me souviens des airs que les femmes créoles
Disent au crépuscule à leurs petits enfants,
Car ma mère autrefois m'en apprit les paroles.

Et c'est pourquoi toujours mes rêves reviendront
Vers ses plages en feu ceintes de coquillages
Vers les arbres heureux qui parfument ses monts
Dans le balancement des fleurs et des feuillages.

Et c'est pourquoi du temps des hivers lamentables
Où des orgues jouaient au fond des vieilles cours,
Dans les jardins de France où meurent les érables
J'ai chanté ses forêts qui verdissent toujours.

O charme d'évoquer sous le ciel de Paris
Le souvenir pieux d'une enfance sereine
Et dans un Luxembourg aux parterres flétris
De respirer l'odeur d'une Antille lointaine!

O charme d'aborder en rêve au sol natal
Où pleure la chanson des longs filaos tristes
Et de revoir au fond du soir occidental
Flotter la lune rose au faîte des palmistes!
 
     
 
Daniel Thaly. (1879-1950), Le Jardin des Tropiques. (1911).
 
 
Au Jardin du Luxembourg
 
Ile pleine d'oiseaux, de branches, de corolles
Dans l'océan noir de Paris,
Luxembourg où le soir, au sortir des écoles,
Nous menions nos rêves fleuris.

Quand sous tes marronniers s'étendent les ombrages
Et les profondeurs d'un sous-bois,
Que les reines de France au bord de tes feuillages
Semblent sourire à l'Autrefois,

Des garçonnets jolis comme des oiseaux frêles
Sur ton bassin lancent le soir
Des bateaux ingénus où frissonnent les ailes
Merveilleuses d'un jeune espoir.

Quand l'automne sanglant traîne ses fauves moires
Sur les roses de tes bosquets.
De beaux ramiers rêveurs dans tes ramures noires
Imitent de sombres bouquets.

Puis, au mois où du songe éternel des statues
La neige épouse la blancheur.
Ton allée où les voix des feuilles se sont tues
Se fait plus douce au promeneur

Dont le cœur tourmenté par l'angoisse des villes
Éprouve en ton grave décor
Le solennel regret des campagnes tranquilles
Où flotte l'odeur du bois mort... .

Luxembourg ! tu fus cher à mes beaux jours d'Europe:
J'ai médité de tendres vers
Au bord de ta fontaine où l'œil du noir Cyclope
Voit les platanes à l'envers.

Sous la chanson d'un arbre aux branches vigoureuses
Qu'aux printemps derniers tu berçais.
J'ai retrouvé l'odeur des provinces heureuses
Qui parfument le ciel français.

Et parfois, le cœur plein d'une indicible peine
Dans l'or de tes soleils de Mai,
J'ai cru, parmi tes fleurs, respirer une haleine
De mon île au souffle embaumé !
 
     
 
Daniel Thaly. (1879-1950), Nostalgies françaises. (1913)
   
 

corbeille-de-fruits.jpg

 
 

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