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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 15:52
Pour nouvelle Renaissance
 
A la suite de l'article publié le 25 novembre dernier sur le dernier livre de Dany-Robert Dufour, L'individu qui vient... après le libéralisme, de nombreux lecteurs nous ont contactés pour en savoir plus long sur l'auteur et sur son oeuvre. Signalons simplement que M. Dufour est philosophe, qu'il est professeur en sciences de l'éducation à l'université de Vincennes, qu'il enseigne dans de nombreux pays étrangers et qu'il est déjà l'auteur d'une oeuvre abondante où il traite d'enseignement, de linguistique et de formation de la culture. Dans une trilogie récente (L'Art de réduire les têtes (2003), Le Divin Marché (2007), La cité perverse - libéralisme et pornographie (2009)), il développe une critique puissante et très étayée de la pensée post moderne et de l'anthropologie libérale. L'individu qui vient... marque une nouvelle étape dans le travail de Dany-Robert Dufour. Passant de la critique à l'action, il montre qu'il est possible de sortir de l'impasse néo-libérale, en renouant avec les deux grands "récits" de la civilisation occidentale, le Logos grec et le Christianisme. Nous publions ci-dessous, pour l'information et le plaisir de nos lecteur, deux pages tirées de l'introduction de cet ouvrage, où l'auteur plaide avec force et conviction pour l'avènement d'une nouvelle Renaissance.
P. G.
 
 
Nous ne voyons pas d’autres solutions que de reprendre les choses là où elles ont été interrompues par le triomphe de cette religion immanente et matérialiste que nous avons appelée, dans un précédent ouvrage, le divin Marché. Laquelle fonctionne, comme toute religion, , sur une promesse : le salut par l’augmentation sans fin de la richesse. On sait aujourd’hui où cette fuite en avant mène : à la dévastation du monde.
Nous ne voyons pas d’autres solutions pour obvier à ce pari stupide (qui arrangeait bien les maîtres) que de revenir au cœur de la civilisation occidentale pour y trouver les principes nécessaires à la refondation d’un monde désormais si lourdement atteint. Nous faisons en effet le pari qu’elle possède les sources et les ressources nécessaires à sa Renaissance. C’est pour cette raison qu’il faut examiner à nouveaux frais les fondements du récit occidental. Il faut en somme tout reprendre et réussir là où les deux grands récits de fondation de l’Occident ont finalement échoué devant cet avatar assez diabolique, le divin Marché. Pour ce faire, il faut relire le récit monothéiste, que les Latins tenaient de Jérusalem, pour lui faire admettre une seconde foi la Renaissance (après Pic de la Mirandole, initiateur de la Renaissance) la dignité de l’homme et de la femme. Et il faut relire le récit du Logos, venu de Grèce et d’Athènes en particulier, en visant à le débarrasser de l’exclusion qu’il prononçait à l’encontre de certaines catégories de citoyens voués au travail manuel et à l’entretien des maîtres.
L’enjeu, c’est tout simplement la perspective d’une nouvelle Renaissance. La magnifique dynamique du quattrocento, qui a su retrouver et s’appuyer sur les fondements grecs de la civilisation pour rebondir et dépasser l’enlisement dans des dogmes obscurs, montre la voie. Car le futur se récolte en effet toujours dans le passé, par déploiement des principes en des formes historiques toujours nouvelles. Il nous faut donc aujourd’hui reprendre le processus civilisationnel là où il fut interrompu pour qu’advienne l’individu enfin réalisé, fruit de la civilisation occidentale, osant enfin penser et agir par lui-même tout en reconnaissant à l’autre les mêmes droits à l’individualisation que les siens. Soit un individu guéri de l’égoïsme actuellement érigé en loi universelle (le self love d’Adam Smith) et prévenu contre toutes les formes de grégarité (celles des barbaries récentes des foules fanatisées et des masses collectivises et celle, actuelle, de la tyrannie sans tyran de la consommation de masse). Si nous pouvons estimer être aujourd’hui sortis des totalitarismes autoritaires comme le stalinisme ou les fascismes (bien que de nouvelles formes de populisme menacent), il nous reste encore à nous extraire de la gangue du totalitarisme antiautoritaire actuel, tant valorisé par le nouvel esprit du capitalisme, celui de l’égoïsme grégaire. Pour entrer enfin dans un individualisme « sympathique », pratiquant autant le souci de soi  que le souci de l’autre – tout simplement parce que chacun a besoin de l’autre pour se réaliser et se trouver.
Dany-Robert Dufour, L'individu qui vient... après le libéralisme (Denoël, 2011).
 

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