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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 15:52
Jacques Dyssord
(1880-1952)
 
Edouard Moreau de Bellaing, en littérature Jacques Dyssord, est né le 4 janvier 1880 à Oloron, dans une famille aristocratique et très religieuse. Après des études à Toulouse chez les Jésuites, il obtient une licence de droit. Son père espère une carrière militaire pour son fils mais le jeune Édouard préfère l’écriture. Il décide d’aller au bout de sa passion et part s’installer à Paris malgré l’opposition familiale. En 1909, il publie sous le nom de Jacques Dyssord son premier recueil de poèmes Le Dernier Chant de l’Intermezzo. Les milieux littéraires remarquent alors ce jeune noctambule épris de liberté, c’est le succès. Il fréquente Guillaume Apollinaire, Tristan Derème, Jules Supervielle, ... se lie d'amitiés avec Francis Carco, André Billy, André Salmon, Laurent Tailhade, Jérôme et Jean Tharaud, Paul-Jean Toulet, ... Il est tour à tour poète, romancier, journaliste, essayiste, auteur de pièces de théâtre. Travailleur infatigable, son Béarn natal, sa vie de bohème, ses voyages à l’étranger (Autriche, Tunisie, Grande-Bretagne) ainsi que des personnages historiques l’inspirent. Il écrit des chroniques, des nouvelles et des critiques littéraires, dans de nombreux journaux et revues, sous les pseudonymes de Jacques Dyssord mais aussi de Lazarille et de Jean Cardesse. Victime d’attaques concernant sa participation aux journaux parisiens pendant la guerre, Jacques Dyssord se retire en 1945 de la vie littéraire. Il meurt à Villejuif le 19 décembre 1952.
Dyssord, "marquis désinvolte", selon le mot d'Henri Clouard, habille de fantaisie sa tendre insolence. "C'est un bon dispensateur", nous dit Robert Sabatier", "vif, sémillant, sautillant, se figeant soudain dans une attitude grave, usant de la musique de chambre ou de la symphonie, du jazz ou de l'air de bastringue, il distrait et il enchante, il jongle sans être artificiel et sait mettre son lecteur face à lui-même et à ses préoccupations intimes et tragiques." Il y avait du Cocteau, de l'Apollinaire et du Salmon chez cet homme qui portait, derrière une joie surfaite, le visage et le ricanement de la mort.   
 
Le Dernier Chant de l'Intermezzo (Grasset, 1909). — On frappe à la porte (Grasset, 1928). - Les dés sont jetés (Grasset, 1938). 
 
 
L'éloge de Paris
 

Je te salue, expressément
De voir, du bleu de tes terrasses,
Comme une écharpe dans le vent

Dont chaque geste est une grâce,
La molle Seine aux fils d'argent.

Je te salue, ô frénétique,
- Athénienne, cependant -
A cause du miracle unique
De tous ces désirs discordants
Dont tu sus faire une musique.

Surtout, Paris, je te salue
Pour ce sourire impertinent
Où Voltaire se continue
Et qu'ouata le gros Renan,
D'une tendresse retenue.

Pour, quand s'éteint à l'Orient
L'étoile qui veille et surveille
Les péchés de tes suppliants,
Quand la pâle mort, à l'oreille,
Vous dit ses mots balbutiants,

Pour cette fleur du bon courage,
- Celui de sourire toujours
Et que tu mis à ton corsage
- O la ville-de-trop-d'amour,
De pas d'assez - et de notre âge...

 
   
 

Jacques Dyssord, (1880-1952). Inédit. (Le Divan, 1923).

 
 
A une Dame
dont "la Certaine" est le nom
 
Seigneur, parmi les dons qui tombent de ta droite,
- Permets-moi d'exalter, entre tous" celui-là :
L'oubli de tout, l'oubli de soi, des convoitises
Et de l'orgueil, pourtant, dont tu nous affublas.

Alors donc, qu'à mon huis viendra ta Messagère,
Qu'elle entre sans frapper, comme chez un voisin;
Je crois qu'en mon logis tout est fait pour lui plaire,
De plus, je l'ai choisi juste sur son chemin.

Seigneur, s'il se pouvait, qu'elle choisisse l'heure
Où les collégiens reviennent du parloir,
Alors qu'à chaque étage, et dans chaque demeure,
On allume le gaz pour le repas du soir.
 
   
 

Jacques Dyssord  (1880-1952). Inédit. (La Muse française, 1924).

 
 
Epilogue
 
Des picaros, des miguelets, des pèlerins,
Un tournesol... Où sont mes châteaux en Espagne ?
Don Quichotte, ce soir, a battu la campagne,
Dans l'outre de Sancho resterait-il du vin ?

Il faudra bien - tais-toi - savoir, en fin de compte
Lequel avait raison du sec ou du replet,
A moins que je n'invente - et pour moi - seul un conte.
- Auparavant, donnez-moi du feu, s'il vous plaît.

La fille de l'alcade est morte d'une angine,
Elle s'était, dit-on, découverte en avril;
Mais un théologal de fort méchante mine,
Quand il connut sa mort, a dit « Ainsi soit-il !»

Un muletier jurait, en traversant la voie
Où travaillent des Belges blonds et des Français.
« Sous ma mantille blanche et ma robe de soie,
Disait-elle, je ne porte pas de corset. »

Ce chocolat poivré, cette eau, ce long dimanche,
Aux balcons de bois, ces chapelets de piments…
N'as-tu pas, par-dessus les moulins de la Manche
Jeté ton cœur, comme une rose, à ton amant ?

Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie,
Pas de guitare, mais un air d'accordéon...
Ta chance s'est usée à gagner des oublies
Et, dans ta nuit qui vient, monte un air de piston.

Ton ticket de retour, ta poudre, la paresse
De ton regard que n'acclimate aucun regret
Et pas même celui, pensif, de ma jeunesse
Et de ce qui ne peut refleurir à ton gré…

Des picaros, des miguelets, des pèlerins,
Un tournesol...Où sont mes châteaux en Espagne ?
Don Quichotte, ce soir, a battu la campagne,
Dans l'outre de Sancho resterait-il du vin ?
 
   
 

Jacques Dyssord, (1880-1952). Inédit. (Mercure de France, 1922).

   
 

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