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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 23:07
L'héritage de Jean-Jacques 
 
Notre ami Bruno Lafourcade n'aime pas les combats douteux et il a raison. Surtout lorsqu'ils touchent à l'école et à l'avenir des enfants. Alors que notre système éducatif prend l'eau de toute part, voilà que la gauche enseignante et la gauche parentale repartent à l'offensive, bras dessus bras dessous, contre les devoirs à la maison ! Comme s'il n'y avait pas de sujet plus urgent à traiter, comme s'il fallait à tout prix se boucher les yeux sur les vraies causes d'échecs de l'enseignement français ! Ces causes d'échecs, la Cour des Comptes vient d'en pointer un certain nombre dans un récent rapport qui souligne qu'en France, l'Education nationale n'a plus de "nationale" que le nom. Le fameux "élitisme républicain", qui conduit à traiter chaque élève selon la même norme, à refuser de reconnaître les différences, les particularismes, les individualités et à rejeter toute idée d'enseignement différencié, ce mode de pensée est en faillite. C'est lui qui est à l'origine du système éducatif inefficace, inégalitaire, conservateur, en un mot absurde qui est aujourd'hui le nôtre. Et tout cela au nom des sacro-saints principes d'égalité et de refus des différences qui sont depuis deux siècles au fondement de notre enseignement. Le refus du travail à la maison procède de ces mêmes principes. Au nom de l'égalité, on refuse de reconnaître que des milliers d'enfants, issus souvent de milieux modestes, ont besoin de l'aide de leurs parents pour rester dans le rythme scolaire. Et au nom d'une conception dévoyée de l'éducation, on refuse d'admettre que l'effort des parents est tout aussi important que celui des maîtres dans une éducation réussie. Rousseau n'est jamais très loin de ces absurdités. Sa conception naturaliste de l'éducation, son Emile embrument toujours les cerveaux de nos éducateurs. Si le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques, que la République célèbre cette année sans grand faste, pouvait voir le reflux de ses idées funestes, la France serait libérée d'un grand poids. 
Paul Gilbert.
 
 
Plus bas ! Toujours plus bas !
   

Plus bas ! Plus bas ! Toujours plus bas ! Et vive l’égalité ! La putain ! La sacro-sainte égalité ! « Nous dénonçons depuis longtemps la persistance des devoirs à la maison, dont personne n’a jamais prouvé l’utilité et qui ne font qu’accentuer les inégalités entre les enfants selon qu’ils peuvent ou non bénéficier d’aide à la maison. » (Comment les « devoirs à la maison » arrivent-ils à accentuer les inégalités alors qu’ils n’ont pas d’utilité prouvée ? Mystère et tapioca.)

Les auteurs de cette « dénonciation », qui nous saisit par l’ampleur désespérante de sa bêtise, sont des parents d’élèves [1]. – Je me demande d’ailleurs pourquoi ces humanistes s’arrêtent en si bon chemin. Et les livres ? Et la musique ? Et Breughel ? A-t-on jamais prouvé leur utilité ? N’accentuent-ils pas les inégalités ?

Le même communiqué dénonce « cette forme de “sous-traitance pédagogique” aux familles » ; et annonce, plus loin : « à partir du 26 mars une “quinzaine sans devoirs” débutera. » Sous-traitance ! (Pourquoi pas « mal-traitance » !) Une quinzaine ! Les soldes, quoi ! – Les mots ne mentent jamais.

Aura-t-on jamais manifesté, et avec autant d’arrogance, au nom de la régressive béchamel égalitaire, pareille haine pour le savoir et sa transmission, pour l’instruction, pour l’enseignement, pour l’éducation ; et finalement, surtout, pour ses propres enfants ? Car il faut bien les détester, ceux-là, et furieusement encore, pour espérer qu’ils restent sur le barreau le plus bas de l’échelle de l’esprit, de l’intelligence, de la culture !

Sur le site de cette association de soldeurs névropathes, chacun est également invité à dire tout le mal qu’il pense de la sous-traitance en question. Ainsi, ces deux témoignages, que je donne sans en changer une virgule :

« Mon fils a été diagnostiqué tdah, l’école est source d'angoisse et de mauvaise estime de lui. Des devoirs en plus a la maison le soir après 6h d’école plus une prise en charge lourde pour lui en dehors, c’est tout juste impossible. Comme la maîtresse en donne toujours (malgré des discussions à ce sujet et bien c’est moi qui les faits ! Je ne vois pas l’intérêt d’en donner le programme est déjà bien chargé comme ça et se n’est vraiment pas bénéfique ! »

« Entièrement d’accord avec votre action. Quand j’étais enseignant, en CP, je refusais que mes élèves emportent leur livre de lecture le WE. Je proposais aux parents de leur lire simplement des histoires ... Ce n’est pas aux parents de faire l’école à la maison. Parent, je me désole de voir mes enfants crouler sous les devoirs, faisant le dimanche ce que l’enseignant n’a pas pu ou voulu faire en classe. Cela me révolte, mais je me tais, ne voulant pas mettre mes enfants en porte à faux. »

Des parents qui ne veulent pas éduquer leurs enfants, des instituteurs qui ne veulent pas enseigner leurs élèves, des parents et des professeurs qui préfèrent que tous les enfants soient ignorants plutôt que d’offrir à un petit nombre la chance de ne pas l’être : ce monde est devenu si stupéfiant de démence, si perdu pour le sens commun, qu’il laisse interdit et incrédule. Je ne peux rien lui répondre tant je suis loin de lui. L’un de nous deux est fou, et si ce n’est pas moi, ce n’est que provisoire.

Bruno Lafourcade.



[1]. Ils appartiennent à la Fédération des Conseils de Parents d’Élèves.


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