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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 23:57
L'apocalypse de la modernité  
La Grande Guerre et l'homme nouveau            
 
de Emilio Gentile
Mis en ligne : [11-04-2011]
Domaine :  Idées  

GENTILE--Emilio--L-Apocalypse-de-la-modernite.gif

 
Emilio Gentile, né en 1946, est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Rome "La Sapienza". Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur le fascisme, le totalitarisme et l'histoire des idées : Quand tombe la nuit. Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe (1900-1934). (L'Âge d'homme, 2001), La Religion fasciste. (Perrin, 2002), Qu'est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation. (Gallimard, 2004), Les Religions de la politique. Entre démocraties et totalitarismes (Éditions du Seuil, 2005).
 

Emilio Gentile, L'Apocalypse de la modernité - La Grande Guerre et l'homme nouveau. Paris, Aubier, janvier 2011, 415 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Le 11 novembre 1918, lorsque prennent fin les quatre années de combats, de sacrifices et de massacres qui ont bouleversé l'Europe, les hommes, hébétés, contemplent les ruines. Ces ruines, ce sont celles d'une époque: celle de la modernité triomphante. où les maîtres mots étaient progrès. science. culture, et où l'on avait foi en l'avenir de l'humanité. Beaucoup, alors, diagnostiquent le déclin de la civilisation européenne, et s'interrogent avec angoisse sur la destinée de l'homme moderne. Ces réflexions, révèle Emilio Gentile, étaient cependant loin d'être nouvelles: elles étaient en germe déjà, dans les années précédant la Grande Guerre. L'Europe de la " Belle Epoque", que l'on se représente resplendissante, sûre d'elle. conquérante, était minée par des courants sombres: isolées d'abord, puis de plus en plus nombreuses. des voix s'étaient fait entendre, qui prophétisaient la fin de la civilisation et appelaient à la régénération de l'homme par la guerre. En nous invitant à les écouter, l'historien italien dévoile pour la première fois une Belle Epoque traversée de cauchemars, rongée par l'angoisse, et entraînée malgré elle dans la spirale apocalyptique de l'autodestruction.
 
L'article de Marc Riglet. Lire, février 2011.
De l'étude à l'interprétation. Emilio Gentile est le grand historien du fascisme. Dans l'amoncellement des travaux sur le sujet, il est sans doute celui qui, avec Zeev Sternhell, aura le mieux contribué à donner une définition satisfaisante du phénomène, préalable indispensable à sa compréhension. Toutes variétés confondues, tous usages du mot disqualifiant considérés, et pourvu que l'on prenne le phénomène au moment où il trouve son nom, dans l'Italie des années 1920, le fascisme c'est, d'abord et avant tout, "l'assaut lancé contre les Lumières" pour reprendre l'expression de Zeev Sternhell. On perçoit tout de suite la différence avec sa variante germanique, le nazisme, qui lui est, de surcroît, "l'assaut lancé contre le genre humain". Dans son dernier ouvrage, Emilio Gentile ne traite pas du fascisme en tant que tel. Il part à la recherche de son terreau. C'est au tournant des XIXe et XXe siècles que se cristallisent les idées qui feront le lit des fascismes. Certes, la critique de la modernité, née de la Révolution française et des Lumières franco-kantiennes, n'a pas attendu la fin du XIXe siècle pour se développer. Antoine Compagnon et ses "antimodernes", de même que Zeev Sternhell avec ses "anti-Lumières", ont montré de manière définitive que modernité et réaction cheminent ensemble tout du long. Dans un autre registre, Philippe Muray, et son XIXe siècle à travers les âges, a aussi démontré, avec érudition et drôlerie, que le XIXe siècle est de façon intriquée tant celui de la raison en marche que celui de l'occultisme. Victor Hugo est le chantre de la science et du progrès mais, à Guernesey, il fait tourner les tables et communique avec les esprits ! Ce qui est nouveau avec les critiques de la modernité fin de siècle, c'est l'introduction du thème de l'apocalypse. Le monde moderne, l'homme et ses droits, la démocratie seraient des injures faites à Dieu et à la nature humaine qui, de plus, conduiraient l'humanité à sa perte. C'est l'heure de gloire des thèmes de la dégénérescence et du déclin. Même si l'ouvrage qui condense ces idées, Le déclin de l'Occident d'Oswald Spengler, est postérieur à la Première Guerre mondiale, c'est avant le cataclysme qu'elles ont été professées. Emilio Gentile montre, avec un luxe d'exemples tirés des mondes des idées, de la science ou des arts, combien cette perception d'une modernité qui conduit au désastre est une idée dominante de la mal nommée "Belle Epoque". C'est l'écrivain hongrois Max Nordau qui rencontre un succès retentissant avec son livre sur la décadence occidentale. En France, c'est Gustave Le Bon qui annonce, pour le pire, l'ère des masses et la corruption de la civilisation. La particularité de ce pessimisme tient alors au fait que ces prophètes de l'apocalypse l'appellent par ailleurs de leurs voeux. La guerre sera rédemptrice et d'elle naîtra l'homme nouveau. Et l'on voit là les liens avec les fascismes. C'est dans la continuité des penseurs de l'apocalypse d'avant-guerre que les fascismes s'inscriront et que le mythe d'un homme régénéré dans les tranchées, sous les Orages d'acier d'un Ernst Jünger, prospérera. 

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