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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 18:54
François Mauriac
(1885-1970)
 
Chez Mauriac, le poète est moins connu que le romancier. Pourtant c'est en lisant son premier recueil de vers, les Mains jointes (1909) que Barrès, alerté par Bourget, le découvre et lui consacre un premier grand article dans L'Echo de Paris. "Parti du Racine poète lyrique, de la prose de Maurice de Guérin, peut-être des poèmes de Charles Guérin et d'une certaine nostalgie éperdue de Jammes, Mauriac a ménagé sa poésie en asile toujours menacé d'un bonheur chrétien qu'assiège la nature, et il a fait entendre un appel de la vie charnelle prise dans l'étreinte du surnaturel." (Henri Clouard).
 
Les Mains jointes (Editions du Temps Présent, 1909), L'Adieu à l'adolescence (Stock, 1911), Orages (Editions de la Sphère, 1926), Le Sang d'Atys (Grasset, 1940).
   
 
Pourquoi faut-il ...
 
Pourquoi faut-il que l'on revienne des voyages
Avec le coeur pesant d'une misère accrue ?
En route, j'ai cueilli des peines inconnues,
Et toute la langueur de tous les paysages...

J'ai souffert. J'étais seul comme toujours. Les heures
Sont lentes à mourir dans la ville étrangère.
L'écho n'y chantait pas des voix qui me sont chères,
Les yeux n'y vivaient pas des amis que je pleure.

Je n'avais avec moi que ma peine, ma peine
Si médiocre, si basse et toujours obstinée...
Et pourtant, quand venait la mort de ces journées,
Mon coeur n'eût pas osé lui dire : tu me gênes...

Car à l'heure où mon front touchait la vitre obscure,
Qu'en ces climats une éternelle pluie inonde,
Me voyant terrifié d'être si seul au monde,
La peine mit des pleurs sur ma pauvre figure.

Pourquoi, mon Dieu, est-on moins seul, alors qu'on pleure ?
Le passé vient vers notre coeur et le désarme;
On reconnaît le goût amer de chaque larme,
Et les jours anciens revivent dans une heure...
 
     
 
François Mauriac. (1885-1970), L'Adieu à l'adolescence (1911)
 
 
Les grands vents d'équinoxe
 
Les grands vents d'équinoxe ont pleuré dans les bois
- Vents amers parfumés aux lointaines contrées,
Qui disait la fin des vacances, autrefois.
O souvenir, ô brume douce des rentrées...

Je songeais en quittant le parc déjà humide,
A l'enfant que j'allais retrouver, à l'ami
Dont le regard pensif, caressant et soumis
Illuminait pour moi les vieilles classes vides.

Il est mort. Sa pensée est en moi... sa pensée...
Dans le rêve de cet automne pluvieux.
- Inconsolable deuil où la vie est blessée,
O mon adolescence à qui je dis adieu.
 
     
 
François Mauriac. (1885-1970), L'Adieu à l'adolescence (1911)
 
 
Le corps fait arbre
 
Le parfum de ta robe attire les abeilles
Plus que les fruits mangés que ta sandale broie.
Accueillons cet élan de végétale joie,
Ce silence de la campagne où Pan sommeille.

Rêve que désormais, immobile, sans âge,
Les pieds enracinés et les mains étendues,
Tu laisses s'agiter aux orageuses nues
Une chevelure odorante de feuillage.

Les guêpes voleront sur toi sans que s'émeuve
L'écorce de ta chair où la cigale chante
Et ton sang éternelle sera comme les fleuves,
La circulation de la terre vivante.
 
     
 
François Mauriac. (1885-1970), Orages (1925)
 
 

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