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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 20:59
Françis Eon
(1879-1949)
 
Né à Fontenay-le-Comte (Vendée) en 1879, de père breton et de mère poitevine, Francis Eon est l'auteur de plusieurs volumes de vers et de nombreux articles dans les revues littéraires de son temps. Il a collaboré à La Revue du Bas Poitou, le Beffroi, Poésie, La Phalange, Le Divan, L'Ile sonnante, Le Mercure de France, la NRF...
"La poésie des vers concis et des strophes bien formées, qui est la sienne, ne le prive pas plus d'un goût sensuel des belles syllabes que de la tendresse bucolique et de la gravité élégiaque. La force d'un noble souvenir, une puissante et douce fidélité animent de leur souffle La suite à Perséphone", écrit de lui Henri Clouard.
  
La promeneuse, poèmes, (Ed. du Beffroi, 1905). - Trois années, poèmes, (Le Divan, 1907) - La vie continue, poèmes, (Paris, éd. de La Plume, 1919). - La suite à Perséphone, poèmes (1933). 
   
 
Art poétique
 
Un clair midi d'octobre ensoleillé, mon frère.
Prends la guêtre de cuir et le bâton ferré.
Descends, par le routin qui rampe dans les prés,
Jusqu'au village blanc qu'embrasse la rivière.

Suis le vieux mur. Contourne avec lui le verger;
Et le long de la haie où sèche une lessive,
Souris, sans t'arrêter, aux yeux mouvants d'eau vive
De l'enfant qui dira : « Bonjour » à l'étranger.

Enfonce-toi sans crainte au cœur des oseraies.
Marche. Ne pense point. Va comme le sentier.
Bois une verre de vin nouveau chez le meunier.
Donne un peu de luzerne à sa pouliche baie.

Repars. Tu trouveras des genêts et des joncs,
Puis encore des prés violets de colchiques.
Enfin, dans son mystère orgueilleux et tragique,
Mon frère, tu verras s'élever le donjon.

Tu monteras parmi les pierres éboulées,
Mais sans t'asseoir avant le sommet de la tour.
Et tu regarderas jusqu'à la fin du jour,
Bleue et molle, silencieuse, la vallée.

Baisse la lampe un peu sur la chambre bien close.
Vas-tu pleurer? Soudain tu sens te mordre au cœur
Une trop chère, et vague, et pressante douleur.
Et tu trembles devant les feuilles, et tu n'oses.

Laisse fondre en tes yeux tout le ciel qu'ils ont pris.
Ah ! pleure.. . Mais prolonge une veille acharnée.
Et tu sauras, après la tâche terminée.
Ce qui reste d'azur dans le poème écrit.
 
     
 
Francis Eon. (1879-1949), Trois années. (1907)
 
 
Les pigeons-paons
 
Comme les pigeons paons qui gonflent sur le toit
Au soleil de novembre doux leurs gorges blanches,
Comme ce couple ami de tourterelles franches,
O mon frêle bonheur d'aimer, réchauffe-toi.

Le ciel est sans nuage et l'heure tiède. Vois !
Le souffle du printemps futur émeut les branches.
Des enfants jouent sur la grand'route. C'est dimanche.
La cloche du vieux bourg conseille. Entends sa voix.

Nous allons faire un lourd bouquet de roses pâles
- Mais ces femmes en noir, frileuses sous leurs châles,
Pourquoi, mon Dieu, pourquoi se pressent-elles?... Ah!

Le soir enveloppant surgit au couchant fauve !
Viens vite près du feu que ma peur attisa,
O mon dernier bonheur d'aimer, que je te sauve !
 
     
 
Francis Eon. (1879-1949), La promeneuse. (1905). 
 
   
 

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