Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 23:39
Mistral
 
Deux sonnets de Mistral
 
Mistral a parsemé son œuvre poétique de petites pièces - chansons, hymnes, contes en vers, satires, historiettes - qui donnent à ses recueils beaucoup de charme et de fraicheur. Parmi celles-ci figurent une vingtaine de sonnets, réunis pour l’essentiel dans les Iles d’Or et les Olivades. Il s’agit de poèmes de circonstance, destinés à saluer un ami, à remercier d’un présent, à fixer une image, un souvenir, ou à livrer des confidences. Mistral adopte la forme italienne du sonnet, plus libre, plus légère, mieux adaptée à la langue provençale que la forme française codifiée par Banville. Nous reproduisons ci-dessous deux de ces pièces. La première, adressée à une admiratrice, pastiche malicieusement la littérature courtoise du Midi que Mistral remit à l’honneur. Dans la seconde, d’inspiration plus élégiaque et plus rustique, on retrouve dans les derniers vers des accents proches du Bellay des Regrets.
 
 
 
à dono guihaumouno,
qui m'avié manda de figo
 
Davans de figo comme aquéli,
Madamo, que m'avès mando,
Aurié segur canta Vergéli
E Teoucrite aurié bada.

Dévié penja, douço coume éli,
La frucho d'or au mount Ida ;
E, quand prechavo l'evangéli,
Aurien au bon Diéu agrada.

Ansin, dins la Prouvénço antico,
Li castelano pouëtico,
Quand lou troubaire avié fini,

Em' un sourrire l’estrenavon
Divinamen, e iè dounavon
La bluio four dou souveni.
 
Maiano, pér Caléndo de 1873.
 
 
 
 
à madame guillaumon,
qui m'avait envoyé des figues
 
Devant des figues comme celles, - madame, que vous m'avez envoyées, - Virgile aurait chanté certainement, - et Théocrite eût crié merveille.
 
Doux comme elles, devaient pendre - au mont Ida les fruits d'or, - et, lorsqu'il prêchait l'Évangile, - au bon Dieu elles auraient plu.
 
Ainsi, dans l'antique Provence, - les châtelaines poétiques, - quand le troubadour avait fini,
 
Avec un sourire le guerdonnaient - divinement, et lui donnaient - la fleur bleue du souvenir.
 
Maillane, à la Noël de 1873.
 
 
 
frédéric mistral (1830-1914). Les Îles d'or. (1875).
 
 
 
lou gaudre
 
Coulo e trespiro l'aigo de plueio dedins lou gaudre :
Li cardelino vènon ie béure sus lou risènt ;
Lis erbo folo se ié refrescon toutis ensèn ;
E la feruno, singlié vo luri, n’en fai soun pautre.

Mai jour que trempon, jour que destrempon,
   après l'un l'autre.
La secaresso vuejo lou vabre : l'estièu se sènt.
La bourdigaio vai sus li ribo se passissènt
E nuso et tristo, li gravo rèston… Ansin de nautre.

Tant que sian jouine, vivo la roio, vivo l'amour !
Dis esperanço nous embelino la reflamour,
Di jouïssuro noste foulige bèco à la leco.

Ma vèngue l'age, touti li joio, las ! prenon fin ;
Sus la carcasso li braio toumbon, meme au plus fin:
E de la vido rèsto lou vabre que s'entre-seco.
 
 
 
 
le torrent
 
L'eau de la pluie suinte et coule dans le torrent : - les oisillons viennent y boire au flot rieur ; - les herbes folles s'y rafraichissent toutes ensemble ; - les bêtes fauves, sangliers et loutres, en font leur bauge.
 
Mais se succèdent les jours qui trempent et qui détrempent. - La sécheresse vide le ru : on sent l'été. - l'algue des berges sur le rivage déjà flétrit, - et, nue et triste, la grève reste. Ainsi de nous.
 
Tant qu'on est jeune, vive l'orgie, vive l'amour ! - les espérances nous illusionnent de leur mirage, - des voluptés notre folie succombe au leurre.
 
Mais vienne l'âge, toutes les joies, las ! prennent fin ; - les chausses tombent sur la carcasse du plus habile : - et de la vie, ravin aride, toi seul nous restes !
 
 
 
frédéric mistral (1830-1914). Les Olivades. (1914).

Partager cet article

Repost 0
la revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche