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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 23:57
Lire Bergson                             
 
de Frédéric Worms
et Camille Riquier (dir.)
Mis en ligne : [17-04-2011]
Domaine :  Idées   

Frédéric Worms Lire Bergson

 
Frédéric Worms, né en 1964, est philosophe. Professeur à l'université de Lille, directeur du Centre international d'étude de la philosophie française contemporaine (CIEPFC) à l'ENS (Paris), c'est un des grands spécialistes français de l'oeuvre de Bergson. Il a récemment publié :  Bergson ou Les deux sens de la vie : étude inédite. (Presses universitaires de France, 2004), La philosophie en France au XXe siècle. (Gallimard, « Folio inédit », 2008).
 

Frédéric Worms et Camille Riquier (dir.), Lire Bergson. Paris, PUF, janvier 2011, 208 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Lire Bergson, se veut à la fois un volume indépendant d’introduction à son oeuvre et l’effet direct d’un travail collectif, celui-là même qui a conduit à une « édition critique » d’ensemble de cette oeuvre, et qui trouve son achèvement avec la parution simultanée des Ecrits philosophiques. Il offre ainsi l’occasion à chacun de ceux qui ont contribué à cette aventure, tout d’abord, de revenir (sans exclusive) sur la partie de l’oeuvre qu’il a plus particulièrement « éditée », en vue de reconduire à sa lecture. C’est ce qui explique aussi l’ordre des études, qui suivent celui des principaux livres et essais de Bergson. Mais si ce travail permet de donner Bergson à lire à nouveau pour lui-même, il fallait aussi que ceux qui se lancèrent dans cette entreprise, engagés par ailleurs chacun dans leur propre lecture, aient appris de cette autre relation à l’oeuvre, et la fassent partager. Il s’agit donc aussi pour chacun d’ouvrir la lecture de Bergson sur ses propres préoccupations ainsi que sur celles du présent. Ce volume voudrait donc montrer aussi, à partir de points de vue variés sur l’oeuvre, la diversité de ce qu’on peut tirer de son étude. C’est naturellement qu’il vient le clore, comme les vendanges viennent après les labours, ou plutôt le réouvrir en le transposant sur de nouveaux terrains.
 
L'article de Roger-Pol Droit. Le Monde, 11 février 2011.
Lire autrement un Bergson différent. Etonnant destin que celui de l'oeuvre d'Henri Bergson (1859-1941). Dès le début, elle rencontre une audience inhabituelle. Durant les premières années du XXe siècle, cet homme frêle, modeste, presque timide, devient une star. Le mot n'existe pas encore, mais ce philosophe, qui scrute la conscience comme le chimiste explore une molécule, est soudain au centre de tous les débats. Dans La Gloire de Bergson (Gallimard, 2007), François Azouvi a retracé cette ascension sans pareille et le brusque déclin qui suivit. Dans la France des années 1960 et 1970, à l'apogée du structuralisme, en effet, c'est le rejet. On écoute Paul Nizan ou Georges Politzer, qui le traitent de "chien de garde" et de "valet de la bourgeoisie". Alors que le marxisme triomphe et que le matérialisme domine sans partage, le malheureux Bergson passe pour un spiritualiste réactionnaire et obsolète. Mis à part quelques fidèles, personne ne le lit. Si... Gilles Deleuze. Contre la machinerie hégélienne et les pesanteurs de la dialectique, Deleuze trouve en lui une pensée de la radicale nouveauté, surgissant au coeur du flux temporel, émergeant d'un mouvement créateur. Sous l'influence de Jean Wahl, qui maintient en France le souvenir de William James - ami de Bergson, presque son alter ego -, Deleuze contribue à réhabiliter l'oeuvre. Il montre combien, pour penser notamment le cinéma et "l'image-mouvement", les intuitions bergsoniennes sont précieuses. Aujourd'hui, quelques décennies plus tard, le paysage est fort différent. L'oeuvre d'Henri Bergson paraît à nouveau centrale. Mais on la lit autrement, sous des angles inédits. On découvre aussi, par de nouveaux textes jusqu'alors oubliés ou inconnus, d'autres facettes. En témoignent, ces jours-ci, pas moins d'une dizaine de volumes de ou sur Bergson. Parmi les indices d'un bergsonisme vivace et renouvelé, rappelons le travail récent de David Lapoujade, éditeur et commentateur de Deleuze et de James. Dans Puissances du temps, paru il y a quelques semaines, il tente de résoudre deux questions laissées de côté par Bergson : la place des émotions et des affects - curieusement peu évoquée par le philosophe, alors que le regret, le deuil ou la mélancolie nous donnent un accès incomparable au temps -, et le sens de l'avenir, qui interroge évidemment une pensée ayant su rendre synonymes durée et mémoire. Toutefois, le volume le plus significatif des approches actuelles est l'ouvrage collectif intitulé Lire Bergson. Sous la direction de Frédéric Worms, grand artisan du renouveau bergsonien et responsable de la nouvelle édition critique, une brochette de philosophes de la nouvelle génération invente des éclairages imprévus. C'est ainsi, par exemple, que Frédéric Fruteau de Laclos, sous un titre surprenant ("La philosophie analytique d'Henri Bergson") rapproche de manière inattendue mais féconde l'homme des données immédiates de la conscience et Russell, Schlick, Goodman ou Meyerson. De même, "Bergson dans la société du risque" - celle qu'il n'a pas connue et qu'analysent diversement, bien après lui,Claude Lévi-Strauss, Jean-Pierre Dupuy ou François Ewald - fournit son thème à une étude de notre collaborateur Frédéric Keck. On le voit : il ne s'agit pas seulement, comme le souligne Frédéric Worms, de s'attacher à ce qu'on découvre seulement chez Bergson - en particulier ces thèses centrales : "Le temps n'est pas de l'espace" ; "Le néant n'existe pas" ; ou encore la différence entre les religions et les morales qui sont closes et celles qui sont ouvertes. Il convient également de faire l'apprentissage d'une lecture intégrale, suivie, raisonnée, qui permette de confronter cette pensée à des objets nouveaux et d'en découvrir des capacités inaperçues. A cela se reconnaissent les vraies philosophies. Encore faut-il disposer de tous les textes dans une édition fiable, sérieuse et accessible. C'est maintenant chose faite, grâce à l'excellente édition critique des Presses universitaires de France (PUF). Maniable, rigoureuse, peu coûteuse, c'est un modèle d'outil de travail utile à tous. Les derniers titres, qui viennent de paraître, reprennent sous forme de courts volumes des études que Bergson avait publiées séparément, puis regroupées, en 1934, sous le titre La Pensée et le mouvant. D'autre part, un fort volume d'Ecrits philosophiques offre lettres, articles, discours, débats ou interviews qui dessinent d'autres silhouettes de Bergson, où s'impose celle d'un maître animé par une indéfectible passion de l'explication lumineuse. On retrouve ce souci de clarté et d'exemples concrets dans les cours de lycée du professeur Bergson, qui ont fait récemment l'objet d'un colloque à l'Ecole normale supérieure (Paris). Deux nouveaux volumes, édités par Sylvain Matton et présentés par Alain Panero, sont disponibles. Comme les précédents, ce sont des cahiers de notes manuscrites prises scrupuleusement par les lycéens d'alors. Pour l'anecdote : ces archives, qui dormaient dans des greniers, ont été proposées à l'éditeur à la suite d'un article du "Monde des livres" relatant par quel hasard avait resurgi de l'oubli le précédent cahier inconnu. Comme quoi...


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