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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 21:54
Eloge de
l'aristocrate
  MATZNEFF-Gabriel-Monsieur-le-comte-monte-en-ballon.gif
 
LETTRES
Monsieur
le comte monte
en ballon.
Gabriel Matzneff.
Ed. Léo Scheer.
Juin 2012.
72 pages.
 

 
Gabriel Matzneff, né en 1936, est romancier et essayiste. Après des débuts dans le journaliste, il se consacre entièrement à son oeuvre à partir de 1965 et nous livre les chefs-d'oeuvre que sont L'Archimandrite (La Table ronde, 1966), Le Carnet arabe (La Table ronde, 1971), Nous n'irons plus au Luxembourg (La Table ronde, 1972). Il a récemment publé : Les Émiles de Gab la Rafale. (Léo Scheer, 2010), La Séquence de l'énergumène. (Léo Sheer, 2012).

Présentation de l'éditeur.
"Français par le droit du sol, je n'ai jamais tenu mes origines étrangères pour une gêne, une entrave, mais au contraire pour une source féconde. Aussi, métèque et fier de l'être, éprouvé-je un vif plaisir à ressusciter un de mes aïeux russes, le comte Ivan Matzneff, chaud lapin " amant de toutes les actrices de Paris " selon Barbey d'Aurevilly, ami du prince Louis-Napoléon, d'Alexandre Dumas, du chevalier d'Orsay, aéronaute passionné qui, en 1851, publia Un voyage dans les airs de Paris à Spa, en trois étapes, succulent récit qui, en 2012, n'a rien perdu de sa saveur, de son charme, de sa drôlerie ; qui est pour moi l'occasion de réfléchir sur cette Russie réelle ou imaginaire qui, depuis mon enfance, aura joué un si grand rôle dans ma vie." Gabriel Matzneff. 

Le point de vue de La Revue Critique.  
Gabriel Matzneff nous étonnera toujours! Après avoir fait tant de pieds de nez à l’esprit de famille et s’être autant de fois moqué du culte du foyer, cette « sirupeuse niaiserie pour curés et pour politiciens », le voilà plein d’admiration et de prévenance pour un sien ancêtre, aristocrate russe du XIXe siècle, dont il nous raconte le curieux voyage en ballon de Paris jusqu’à Spa. Il est vrai que l’aïeul en question sort complètement de l’ordinaire et que le récit de sa vie aurait de quoi faire s’évanouir un bataillon de vieilles filles et de députés MRP. Le comte Ivan Matzneff, après avoir loyalement servi le tsar dans ses guerres du Caucase et envoyé ad patres son contingent de rebelles tchétchènes, s’installe à Paris pour oublier ses émotions militaires et s’y faire une belle réputation de viveur. Plein aux as, snob jusqu’au bout des ongles, grand amateur de femmes, avec une préférence pour les petites danseuses, monsieur le comte est remarqué par Barbey d’Aurevilly, dont il devient l’ami et qui le décrit comme « le plus étourdi des Russes », ce qui est peu dire. Les aventures en aérostat d’Ivan, de son ami le comte Alexis de Pomereu et de leur suite, racontées par un Gabriel déchainé et plein de verve, réjouiront tous ceux qui prennent la vie pour un exercice de liberté et de plaisir. Le ballon russe est un salon où l’on s’amuse, où l’on badine, où l’on devise, parfois gravement, sur les merveilles de la technique et sur les commodités du monde moderne. Car le comte Ivan a beau être un vrai gentilhomme et un parfait réactionnaire, il n’en est pas moins de son temps. Bon sang ne saurait mentir et l’on voit, page après page, s’installer une complicité entre l’aristocrate d’hier et l’écrivain d’aujourd’hui. N’ont-ils pas en commun un nom – presque – imprononçable, un goût immodéré pour l’amour et cette mélancolie profonde, insurmontable, qui derrière le rire et les incartades, est la signature de l’âme russe ? Cette âme russe qui suscite en France, de nos jours encore, tant d’incompréhension. Mais ce petit ouvrage n’est pas seulement le recueil d’une vie brillante. Les amateurs d’idées justes y trouveront aussi leur compte. Ainsi dans la préface où Gabriel commente les joyeux diners d’Ivan et de ses complices d’aérostat, on relèvera cette réflexion pleine de sens : « De nos jours, les hommes politiques français de tous bords nous cassent les pieds avec les « valeurs de la République », ils n’ont que ces mots à la bouche, ils n’ont que çà à proposer aux émigrés candidats à la naturalisation, comme si, avant 1792, la France n’existait pas, comme si, pour être un vrai Français, il fallait être républicain et préférer Zola à Bossuet. Quel mensonge ! Quelle barbe ! Heureusement, Pomereu et Matzneff sont là pour nous rappeler qu’existent aussi les valeurs de la monarchie. » On ne s’étonnera pas de lire ici que nous préférons ces dernières.
Eugène Charles.
      
L'article de Jacques Aboucaya. - Service littéraire, septembre 2012
Le snobisme vient-il se nicher dans les gènes ? Gabriel Matzneff réfute cette hypothèse. Trop indépendant. Trop réfractaire pour se reconnaitre quelque dette envers une hérédité à laquelle il n'entend rien et qui, de son propre aveu, ne l'intéresse pas. Une exception, toutefois, cet Ivan Matzneff, ami de Barbey d'Aurevilly, dont il exhume un pittoresque récit de voyage en ballon. Occassion pour ressusciter, à travers cette oeuvrette, la Russie éternelle. Elle innerve, comme on sait, toute son oeuvre. Or, par delà les années, cet aïeul lui ressemble comme un frère. Aristocrate jusqu'au bout des ongles, avec tout ce que cela suppose de singularité consciente. De souci de ne pas déroger en quelque circonstance que ce soit, se trouvât-on à dix mille pieds au-dessus du sol dans une nacelle chancelante, emportée par les courants d'air. Qui plus est, chaud lapin, cet Ivan. Amant, à en croire Barbey, "de toutes les actrices de Paris qui jonchent le parquet à quatre pattes." C'est le détail, on le devine, qui a séduit son lointain descendant. Lequel assure ne jamais, pour sa part, faire marcher ses jeunes amantes à quatre pattes. Mais peut-on le croire ? Pour en revenir à l'intrépide aérostier, son "Voyage dans les airs de Paris à Spa, en trois étapes" lui inspire un récit circonstancié. Précis. Nourri de calculs. On y respire la révérence pour la Science, de mise au milieu du dix-neuvième siècle. Avec la bienséance exigeant que l'on ne cède jamais à l'emphase dans l'expression des sentiments, même aux moments les plus cruciaux d'une ascension périlleuse. Ce décalage, cette componction dans le ton apparaissent aujourd'hui d'une drôlerie d'autant plus irrésistibre qu'elle est incontestable. M. le comte ne plaisante pas, il parcourt les airs, entre ciel et terre, sur les ailes de l'Aigle. Avec la conscience aiguë que ses observations serviront les générations futures. En quoi il ne se trompait guère : Gab la Rafale en apporte la preuve. 
 

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