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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 20:25
Henri Martineau
(1882-1958)
 

Henri Martineau est né le 26 avril 1882 à Coulonges–sur-l’Autize (Deux-Sèvres). Il est le second fils du médecin Ferdinand Martineau, descendant d'une famille établie dans la région au XVIIIe siècle. Passionné très jeune par les lettres, il écrit ses premiers vers à l’âge de 15 ans. La fréquentation des muses ne lui interdit pas de mener à bien des études scientifiques d'abord à l'Ecole de Médecine de Poitiers puis à la Faculté de Médecine de Paris dont il suit les cours de 1903 à 1907. Il rentre alors à Coulonges–sur-l’Autize pour prendre la succession de son père. Esprit précis et rigoureux et caractère énergique lui valent très vite une réputation d’excellent praticien.

Il publie son premier poème en 1903 dans la revue Royan, qu’Henri Clouzot édite à Niort, et il fait paraître entre 1905 et 1907 trois beaux recueils de vers, Les Vignes mortes, Mémoires et Acceptation. Henri Martineau s'est expliqué sur sa conception de la poésie dans une mince brochure, La Poésie et la Musique : « Si la poésie est particulièrement une connaissance, une connaissance intuitive du monde, il ne faut pas surtout confondre cette effusion de l'âme avec la versification qui n'est qu'un moyen de l'atteindre. La versification, c'est un gaufrier et tout dépend de la pâte que l'on y coule; il importe qu'elle soit faite toujours de la plus fine fleur du froment. Un Boileau se sert du vers pour frapper fortement une sentence, et cependant il est plus rarement poète que le Jean-Jacques Rousseau des Rêveries d'un promeneur solitaire ou que le Loti de tant de merveilleuses descriptions et qui, tous deux, n'ont écrit qu'en prose. »

Henri Martineau est avant tout un grand critique littéraire et un découvreur de talents. Il crée la revue littéraire Le Divan, dont le premier numéro parait à Coulonges–sur-l’Autize en janvier 1909, et qu'il dirige jusqu'à sa mort, le 21 avril 1958. A partir de 1921, il s'établit libraire et éditeur à Paris. Il est le promoteur infatigable de Stendhal au XXe siècle, son éditeur et l'un de ses meilleurs spécialistes. Il assure également la promotion d’un grand nombre de poètes et d’écrivains de sa génération, comme Paul-Jean Toulet, Jean-Marc Bernard ou Tristan Derème. Avec son ami Eugène Marsan, il figure parmi les fondateurs de la Revue critique des idées et des livres.

 
Les Vignes mortes (Niort, Léon Clouzot, 1905), Mémoires (Niort, Léon Clouzot, 1906), Acceptation (Niort, Léon Clouzot, 1907).
 
 
 
Prélude
 
Dans l'ordre continu des effets et des causes,
Sans rompre le silence unanime des jours,
La tendresse et la joie à vos côtés éclosent.
Comme au coeur du printemps la première des roses
Parmi de lourds lilas met un frisson d'amour.

La vie adamantine ouverte à vos pensées
Prend soudain la fraîcheur de ces jardins du soir
Où l'on goûte, rêveur, les paumes appuyées
Aux balustres verdies des terrasses mouillées,
Le charme languissant des sonnets de Ronsard.

Au vaste paysage enfin l'oeil s'accoutume
Et l'étang endormi conduit vers l'horizon
Un miroir que le ciel à son couchant allume
De feux si nuancés par les discrètes brumes
Que ce calme décor enchante la raison.

Car tout ressentiment, la haine et la colère,
Le désespoir d'un front douloureux et voilé
Se sont évanouis dans la pure lumière;
Et la sérénité qui monte de la terre
Enivre un songe encor sans audace et troublé.

Se peut-il que d'un coup aveugle la fortune
Ait pour jamais changé ce stérile destin?
Tristesse ! Souviens-toi de nos fièvres communes
Quand des larmes perlaient au bord des cils et qu'une
Angoisse sans parole abritait notre sein!

Dans la nuit lamentable, ironique et glacée,
Où scintillaient en vain les constellations,
Ni le grand chariot, ni la pâle Céphée
Ni les pleurs d'Andromède et de Cassiopée
Ne pouvaient étouffer le cri des passions.

Aussi quelle douleur prend ce beau sortilège
Où quand rien d'autrefois ne se peut oublier,
L'âme, craintive et seule, en hésitant s'allège
Du poids de ses terreurs dont le flottant cortège
Là-bas dans le brouillard gagne les peupliers.

Cette heure frêle, qui sur moi s'appuie et tremble
Jamais je n'eus osé l'attendre ou la choisir,
Et celle la plus blanche et la plus tiède ensemble
Qui berça mon enfance et de loin lui ressemble
N'eût point même tenté d'éclairer mon désir.

Et si le souvenir de sa fidèle image
Vient de se réveiller en mes yeux éblouis,
C'est comme dans les eaux le reflet d'un nuage
Ou dans la glace clair un mobile visage :
Le dessin passager en est vite aboli.

Mais lorsque le rappel d'une plainte infinie
Vient nimber à propos d'une ombre de pastel
Ce soir tout de mesure et d'ordre et d'harmonie
Où le moindre détail à l'ensemble se plie
Selon la loi vivante et le rythme éternel,

Je ne puis oublier cette souffrance humaine
Ni l'invincible attrait qui me lie à mon sort; -
Et que royalement une extase m'entraîne,
Je ne tâcherai plus d'échapper à ma chaîne
Et je consens enfin aux rigueurs de la mort.
 
     
 
Henri Martineau. (1882-1958), Revue Le Divan (1910)
 
 
Soir d'été
 
C'est au soir de l'été qu'elle poussa ma porte
Et dit, en se laissant tomber sur le divan :
"Cette course en auto fut folle, je suis morte,
Et mes cheveux défaits se souviennent du vent."

Puis elle rattacha qui toujours se dénoue
Sa jarretelle jaune, épingla son chignon,
Et poudra son menton volontaire et ses joues
Que le soleil avait hâlés comme un brugnon.

Mais le plaisir fardait d'aurore son visage
Quand elle reposa son front sur les coussins
Et que, par l'échancrure offerte du corsage,
On voyait palpiter dans l'ombre un de ses seins.
 
     
 
Henri Martineau. (1882-1958), Revue Le Divan (1923).
 
 

soleil-2-copie-2.jpg

 
 

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