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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 22:08
Dans la mêlée mondiale
2009-2012

de Hubert Védrine
Mis en ligne : [6-11-2012]
Domaine : Idées 
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Hubert Védrine, né en 1947, diplomate et homme politique, a été secrétaire général de l'Elysée (1991-1995) puis ministre des Affaires étrangères (1997-2002). Il a récemment publié: Face à l'hyperpuissance (Fayard,  2003), Multilatéralisme (Fondation Jean-Jaurès, 2004),  François Mitterrand : un dessein, un destin (Gallimard, 2006), Continuer l'Histoire (Fayard, 2007), Le temps des chimères. 2003-2009 (Fayard, 2009), Atlas de la France (avec Pascal Boniface, Fayard/Armand Colin, 2011).
   

Hubert Védrine, Dans la mêlée mondiale. 2009-2012, Paris, Fayard, mars 2012, 513 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
En lieu et place de la « fin de l'Histoire » et de la « communauté » internationale, c'est une compétition de tous les instants dans laquelle sont engagés les États, les pouvoirs économiques et financiers, les ONG, les médias, les mafias, les terroristes, etc. Cette mêlée mondiale confuse ne semble pas gouvernée, sauf - sauvagement- par les marchés. Les « émergents » ont confiance dans l'avenir, les Occidentaux s'inquiètent tandis que la population mondiale s'accroît, que les horloges du compte à rebours écologique tournent et que l'Occident peine à inventer une croissance non spéculative, créatrice d'emplois. Le monde aurait besoin d'un pôle européen « re-régulateur » mais l'Europe n'est pas encore sortie de ses convulsions internes. C'est en observateur lucide que Hubert Védrine, dans ce recueil d'études et d'observations récentes, décrit le monde tel qu'il est et esquisse ce qu'il pourrait devenir.  
   
Le point de vue de La Revue Critique. Un livre d’Hubert Védrine est toujours un évènement. Ceux qui ont lu avec plaisir Face à l’hyperpuissance [1], Le temps des chimères  [2] et Continuer l’histoire [3], trouveront le même plaisir à la lecture de son dernier recueil d’articles, de conférences et d’entretiens, Dans la mêlée mondiale [4]. Ils y trouveront la confirmation que le monde a changé de cours depuis une vingtaine d’années. Cette intuition, Hubert Védrine l’a fait sienne dès les lendemains du 11 septembre 2001. Alors ministre des affaires étrangères du gouvernement Jospin, il pronostique que l’évènement aura une portée beaucoup plus grande que sa dimension terroriste. Le XXIe siècle qui vient de s’ouvrir ne sera pas le siècle de l’Amérique. Les marchés émergents se transforment en puissances émergences, le monde arabo-musulman, longtemps dominé par l’Occident, prend conscience de son importance, la Chine, l’Inde, la Russie animent de vastes zones d’influence, les nations, anciennes ou nouvelles, reviennent sur la scène du monde. Le XXIe siècle ne sera pas non plus celui de la fin de l’Histoire et du triomphe sans appel de la démocratie libérale. Soumis à nouveau au jeu des nationalismes, des cultures et des religions, le modèle occidental apparait pour ce qu’il est, une référence parmi d’autres dans une chronique des temps qui reprend son cours. Les parties les plus intéressantes de l’ouvrage sont celles qui ont trait à l’Amérique, à l’Europe et au monde arabe. Védrine retrace la première présidence d’Obama. Le président américain prend assez vite conscience que les Etats-Unis n’ont plus les moyens de prendre en charge les destinées du monde et que le temps de l’hyperpuissance est terminé. Il agit avec intelligence pour que son pays ne s’abandonne pas au repli sur soi et pour qu’il continue à jouer sa partition dans le nouvel équilibre mondial. En particulier face à la Chine, dont Obama perçoit les ambitions, mais aussi les limites et les faiblesses. Hubert Védrine est sensiblement plus sévère sur l’Europe, prisonnière de ses chimères fédéralistes et de sa propension à faire la morale au reste de la planète. Une Europe qui manque de réalisme et qui perd son temps dans des débats institutionnels d’un autre âge. Non, l’Europe ne sera ni un empire, ni une fédération, nous dit Védrine, car le temps des empires et des fédérations est derrière nous. Elle pourrait être une puissante confédération d’Etats nations, alliée sur des projets et sur des idées, pour peu qu’elle s’accepte comme elle est, diverse et riche de ses différences. Védrine plaide enfin pour qu’on laisse au monde arabe le temps de mener à bien ses transformations. Son avenir n’est pas encore écrit et ceux qui pensaient que les révoltes de Tunisie, d’Egypte ou de Libye déboucheraient sur des démocraties à l’occidental en sont pour leurs frais. Ces pays méritent mieux qu’un destin de succursale de l’Amérique ou de l’Union européenne et leur modernisation s’appuiera sur la force de l’islam. Œuvre d’analyste, Dans la mêlée mondiale est également un livre pour l’action. Védrine y plaide pour une diplomatie pragmatique et volontaire.  Ce sont les hommes qui font l’histoire, nous dit-il, et d’abord les grands hommes. L’Europe en manque actuellement. Mais les vents de révolte et d’espoir qui soufflent sur notre continent pourraient susciter des vocations subites ! François Renié.
 

[1]. Hubert Védrine, Face à l’hyperpuissance (Fayard, 2003)
[2]. Hubert Védrine, Le temps des chimères 2003-2009 (Fayard, 2009)
[3]. Hubert Védrine, Continuer l’histoire (Fayard, 2007)
[4]. Hubert Védrine, Dans la mêlée mondiale 2009-2012 (Fayard, 2012).
 
Recension  de  Pierre Conesa. - Revue internationale et stratégique, 3/2012 
Après Le temps des chimères (2003-2009) et Continuer l’Histoire, Hubert Védrine nous livre un nouveau recueil d’articles, de conférences et d’entretiens accordés tout au long des quatre dernières années, regroupés en une douzaine de questions d’actualité internationale et un chapitre de réflexions diverses. L’ouvrage est donc, comme ceux de ce genre, à la fois intéressant et frustrant. Intéressant parce qu’il apparaît d’abord comme la démarche de réflexion d’un esprit toujours en éveil sur la vie internationale qui illustre la noblesse du métier de diplomate. Sur un même sujet, l’ancien ministre des Affaires étrangères mêle des souvenirs d’évènements, de débats ou de discussions qu’il a eus avec François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement, Philippe Seguin ou ses homologues ministres des Affaires étrangères, et des analyses de l’actualité présente. Sur l’Europe, il rappelle les débats et les compromis qu’il a fallu accepter – comme par exemple l’abandon concédé aux Allemands de l’idée mitterrandienne de l’indispensable gouvernance politique au moment de l’adoption de l’euro – qui, à la lumière de la crise actuelle, apportent des éclairages extrêmement intéressants. Le livre revient sur de nombreux thèmes qui ont structuré l’action d’H. Védrine à l’Élysée puis au Quai d’Orsay, comme le constat du dérèglement économique international que l’ultralibéralisme voulu par Ronald Reagan et Margaret Thatcher a généré, la fin du monopole occidental, accélérée par la montée inexorable des puissances émergentes et les nouvelles règles de la vie internationale qu’il refuse de regarder comme le simple recul de l’Occident, la crise de l’Europe sans gouvernance emportée par ses dynamiques d’intégration irraisonnées… Il est le penseur de la multipolarité et reconnaît à Nicolas Sarkozy d’avoir conçu et mis en place le G20, seule instance planétaire associant les nouvelles puissances. Il insiste régulièrement sur la nécessité d’associer l’un ou l’autre de ces nouveaux acteurs à toutes les grandes décisions internationales et il rend hommage à Barack Obama d’avoir compris ces nouvelles nécessités. Cependant, l’Obamania qui habite l’opinion européenne lui paraît un peu euphorique et trompeuse, craignant un retour toujours possible d’un avatar militarisé de l’unilatéralisme « bushiste » aux États-Unis. H. Védrine développe dans une série d’articles une vision claire des « Printemps arabes » auxquels il demande d’accorder du temps, il critique le « droit-de-l’hommisme » devenu une idéologie en soi, revient sur sa critique du « droit d’ingérence » cher à Bernard Kouchner et Mario Bettati plus tard remplacé par le « devoir de protéger » conceptualisé par Kofi Annan et Mohamed Sahnoun. Les sujets traités sont dictés par l’actualité. C’est la frustration que crée ce livre. L’auteur justifie l’intervention militaire en Libye, prend ses distances avec l’idée d’une action identique en Syrie, mais jamais n’apparaît le cas bahreïni que l’Arabie Saoudite a envahi pour y mener la même politique. Pourquoi la Syrie plutôt que le Bahreïn ? Pourquoi aucune analyse de la guerre au Congo, conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale ? La frustration renvoie à une question centrale sur la scène internationale : qui finalement fait l’agenda international ? Qui décide de l’ordre hiérarchique des crises ? On attend donc de l’ancien ministre des Affaires étrangères, un nouveau livre de réflexion plus prospectif. Une des qualités essentielles de ce livre (qui peut s’ouvrir et se lire à n’importe quelle page et à n’importe quel moment) est de voir naître et se développer la réflexion d’un des rares penseurs et praticiens français de la politique internationale, qui exprime parfois par des fulgurances de langage les nouvelles réalités : « l’Europe, succursale des États-Unis », « le Frankenstein [qu’est devenue] la sphère financière ».
 
Autre article recommandé: Entretien avec Hubert Védrine: "La diplomatie de Nicolas Sarkozy : un bilan mitigé."  - Le Journal du Dimanche, 17 mars 2012. 
 

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