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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 23:44
Un bretteur
des lettres
 
 
 

 

LETTRES
L'Esprit
des Lettres II.
Jacques Laurent.
Préface de Christophe Mercier.
Editions de Fallois.
Novembre 2013.
390 pages.
 

 
Jacques Laurent (1919-2000). Une des meilleures plumes de la littérature d'après-guerre. Ses talents multiples lui permirent de publier sous son nom des romans de grande facture (Les Corps Tranquilles, Les Bétises), sous le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent la série populaire de Caroline Chérie, tout en dirigeant des revues non-conformistes (La Parisienne, Arts). Publications récentes: L'Esprit des lettres I. (de Fallois, 1999),  Ja ou la fin de tout. (Grasset, 2000).
 
Présentation de l'éditeur.
1954 : Jacques Laurent prend la direction de l'hebdomadaire culturel Arts. Jusqu'en 1958, face à L'Express où trônent Mauriac et son "Bloc-Notes", face aux Temps modernes de son cher Jean-Paul Sartre, il y prône la liberté de plume et de pensée, le désengagement. Arts devient très rapidement le journal parisien à la mode, dans lequel les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague fourbiront leurs armes critiques, avant de passer à la mise en scène. Chaque semaine, Jacques Laurent publie un article en première page. D'une plume mordante et amusée, il y décrypte la France de René Coty, et ferraille contre ses dérives : le politiquement correct, la bonne conscience, l'essor de la publicité et de la presse à sensation. A le lire aujourd'hui, on comprend qu'il était un visionnaire : l'époque qu'il décrit est déjà la nôtre.
 
Le point de vue de La Revue Critique.
Jacques Laurent nous manque. Avec sa disparition, les lettres françaises ont perdu un peu de leur panache et de leur mordant. L'homme avait à peu près tous les talents : romancier de haut style, écrivain populaire à succès, essayiste, polémiste, journaliste, critique, créateur et animateur de revues littéraires… Un premier recueil de ses articles, paru à la fin des années 90 sous le titre L’Esprit des lettres, retraçait l’aventure de la Table Ronde puis de La Parisienne, où Laurent officia de 1948 à 1956 pour le malheur de Sartre et de Simone et le plus grand plaisir des amateurs de vraie littérature. Avec ce second tome, on retrouve les chroniques publiées dans l’hebdomadaire Arts, que l’auteur des Corps Tranquilles dirigea de 1954 à 1959. Toutes les figures de la France littéraire, politique, académique et cinématographique de l’époque y sont passées en revue, pour le meilleur et pour le pire. Pour le meilleur, lorsqu’il s’agit du jeune cinéma français, de Stendhal, de Labiche, de Nourissier, de Grace Kelly - que Laurent idolâtre - ou de Françoise Sagan, dont il fait un portrait à croquer. Pour le pire, lorsqu’il règle ses comptes avec les gloires amidonnées de l’existentialisme, les obsédés du roman à thèses, les dactylographes staliniens, Camus et ses poses de prix Nobel, Gide et ses fausses pudeurs de vieilles filles. Mais le pire du pire, c’est à Mauriac qu’il le réserve. Au vieux Mauriac, éternelle girouette de nos guerres civiles franco-françaises, passé, dans un moment de sénilité précoce, des colonnes du Figaro à celles de l’Express. Mauriac, que Laurent éreinte presque chaque semaine d’une plume incandescente et jubilatoire et dont il saluera quelques années plus tard le retour au bercail gaulliste par un pamphlet au vitriol – Mauriac sous de Gaulle. Belle période où l’intellectuellement correct n’avait pas encore tout vitrifié et où Laurent pouvait gentiment s’amuser d’une enquête sur les écrivains de droite « en mettant en garde les lecteurs de l’Express contre le vocabulaire de leur journal. Car appeler romanciers de droite les romanciers qui écrivent des romans et non des thèses, aboutirait à ne laisser à gauche que de mauvais romanciers, ce qu’à Dieu ne plaise ! ». Aujourd’hui les romanciers sont tous centristes et Laurent ne s’amuserait plus. C’est sans doute pour cela qu’il est parti un soir sans demander son reste.
Paul gilbert.
 

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