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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 16:00
Le grand Coeur
 
de Jean-Christophe Rufin
Mis en ligne : [10-12-2012]
Domaine : Histoire  
RUFFIN-Jean-Christope-Le-grand-Coeur.gif
 
Jean-Christophe Rufin, né en 1952, est médecin, diplomate, journaliste et historien. Ancien ambassadeur de France en Sénégal et en Gambie, il a été élu en juin 2008 à l'Académie française, dont il esr le plus jeune membre. Il a récemment publié : La salamandre (Gallimard, 2005), Le parfum d'Adam (Flammarion, 2007), Un léopard sur le garrot (Gallimard, 2008), Katiba (Flammarion, 2010).
   

Jean-Christophe Rufin, Le grand Coeur, Paris, Gallimard, mars  2012, 497 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Dans la chaleur d'une île grecque, un homme se cache pour échapper à ses poursuivants. Il évoque sa vie hors du commun et tente de démêler l'écheveau de son destin. Fils d'un modeste pelletier, il est devenu l'homme le plus riche de France. Il a permis à Charles VII de terminer la guerre de Cent Ans. Il a changé le regard sur l'Orient. Avec lui, l'Europe est passée du temps des croisades à celui de l'échange. Comme son palais à Bourges, château médiéval d'un côté et palais Renaissance de l'autre, c'est un être à deux faces. Aussi familier des rois et du pape que des plus humbles maisons, il a voyagé à travers tout le monde connu. Au faîte de sa gloire, il a vécu la chute, le dénuement, la torture avant de retrouver la liberté et la fortune. Parmi tous les attachements de sa vie, le plus bouleversant fut celui qui le lia à Agnès Sorel, la Dame de Beauté, première favorite royale de l'Histoire de France, disparue à vingt-huit ans. Son nom est Jacques Cœur. Il faut tout oublier de ce que l'on sait sur le Moyen Age et plonger dans la fraîcheur de ce livre. Il a la puissance d'un roman picaresque, la précision d'une biographie et le charme mélancolique des confessions.
     
Le point de vue de La Revue Critique. "Tous les hommes rêvent, disait Thomas Edward Lawrence, mais pas de la même façon. Ceux qui rêvent de jour sont dangereux, car ils sont susceptibles, les yeux ouverts, de mettre en oeuvre leur rêve afin de pouvoir le réaliser". Ainsi fut Jacques Coeur. Fils d'un marchand pelletier de Bourges, lui-même marchand, il se fait négociant, puis banquier, puis armateur, pour devenir le grand argentier du roi Charles VII. La guerre de Cent ans se termine et il souffle sur le pays un air de reconstruction. Jacques, qui a découvert la puissance de l'argent à vingt ans, celle du négoce à vingt-cinq, commence à rêver les yeux ouverts. L'un des hommes les plus intelligents de son temps, selon Michelet, est distingué par le roi et rentre au service de la couronne. Il remet de l'ordre dans les finances du royaume et permet au "roi de Bourges" de consolider son trône et de gagner définitivement sa guerre contre les Anglais. Le bourgeois se fait alors gentilhomme et le pouvoir lui tourne la tête. Alors que Charles VII met toute son énergie, la paix retrouvée, à reconstruire l'Etat, son ministre s'achète des domaines, joue à l'humaniste et dépense des fortunes pour décorer son palais de Bourges. Son amitié débordante pour Agnès Sorel, maîtresse en titre de Charles VII, lui retire progressivement la faveur du souverain. Emprisonné, il s'évade et fait le tour de l'Europe à la recherche de nouveaux protecteurs. Le Pape l'envoie sur l'ile de Chios où il déjoue une offensive des Turcs et il y meurt en 1456. Jean-Christophe Rufin nous raconte cette incroyable histoire de grâce et de disgrâce avec les mots du conteur, tout autant qu'avec ceux de l'historien. Il a raison car Jacques Coeur a un profil de héros de roman. L'homme n'est pas fait d'une seule pièce, il se fie à la raison mais aussi au hasard, il a foi en l'argent mais aussi en l'amour, il aime l'ordre mais l'aventure ne lui déplait pas. Il a déjà un pied dans la Renaissance alors que l'autre est encore au Moyen-Age. Ses revers de fortune n'entament en rien la confiance qu'il met en sa bonne étoile et il sert le Pape, comme il a servi le roi, avec ferveur et avec enthousiasme. Jean-Christophe Rufin nous livre aussi un beau portrait du roi Charles VII : le gentil Dauphin a fait sa mue, il s'est transformé en Prince de la Renaissance, les épreuves de la jeunesse lui ont appris le courage, la tenacité et la ruse. C'est lui qui choisit Jacques Coeur, qui use de l'argentier, abuse du ministre, et finit par l'écarter du pouvoir lorsque le serviteur commence à prendre des airs de maitre. Ce roman d'aventure, où les personnages n'hésitent pas à tirer l'épée et à payer de leur personne, nous offre également une belle leçon de politique. Il parle d'un temps où le pouvoir était une chose trop sérieuse pour qu'on la confie aux financiers. Combien de ministres, grisés par les illusions de la richesse ou de la grandeur, devaient finir leur carrière à Pignerol, à Montfaucon, dans les cages de Blois ou sur les rivages de Chios ! La main de l'Etat avait alors de la force et l'argent et la vanité ne menaient pas le monde. Certains jours, on voudrait qu'il en soit encore ainsi. Jacques Darence.
      
L'article de Philippe Chevilley. - Les Echos, 10 avril 2012
Coeur, l'argentier poète. - Voilà un héros positif pour un lecteur des « Echos » ! Ils ne sont pas si nombreux dans l'histoire de France, les héros/hérauts de la finance et du commerce à faire rêver autant qu'un prince éclairé ou un explorateur. Jacques Coeur (vers 1400-1456) re-visité par Jean-Christophe Rufin n'est pas seulement un grand économiste -médiéval -, mais aussi un idéaliste et un humaniste qui voit dans le développement du négoce le moyen de rendre le monde plus fraternel. Habile conteur, l'académicien a choisi de coller très près aux faits historiques, mais de donner libre cours à son imagination pour interpréter les motivations du grand argentier de Charles VII. Dès les premières pages de « Grand Coeur », on entre dans la tête de Jacques. Réfugié dans l'île de Chio, à la fin de sa vie, il se dépêche de consigner ses Mémoires avant de recevoir le coup fatal de ses ennemis qui le harcèlent depuis sa disgrâce. Jean-Christophe Rufin lui donne le temps de justifier sa « brillante carrière » : l'enfance timide de ce fils de pelletier, qui comprend vite que son intelligence est une arme bien plus redoutable que la force physique; son mariage avec la fille d'un grand bourgeois de Bourges et ses premières armes dans la finance (la fabrication de monnaie); l'appel du large, son voyage en Orient et la mise sur pied d'un vaste réseau de négoce; son « embauche » par le roi, qui utilise à plein son talent pour renflouer les caisses, mais aussi ses dons de diplomate -auprès des Génois, du pape de Rome et du sultan du Levant; son pas de deux avec Agnès Sorel, la Dame de Beauté, favorite du roi; et enfin le rejet par Charles VII, l'emprisonnement et la fuite. Rufin brosse le portrait d'un rêveur à la tête froide... et bien faite. Son « Grand Coeur » n'est pas guidé par l'appât du gain, le désir d'accumuler des richesses : il a l'esprit d'entreprise et considère l'argent comme un levier. Levier pour mettre un terme définitif à la guerre de Cent Ans, rendre la France durablement prospère, reculer les frontières du monde et s'enrichir du savoir-faire des autres cultures et continents. Jusqu'à encourager le mécénat, en lançant notamment la carrière du peintre Fouquet, auteur des fameux portraits de Charles VII et d'Agnès Sorel. Jacques Coeur plus fort que Jeanne d'Arc ? Plus utile au royaume à la longue, sans doute. A travers son héros, le romancier nous fait ressentir toute une époque. Jacques Coeur est à la fois un pionnier qui anticipe la Renaissance. Mais c'est aussi un nostalgique de l'âge d'or médiéval, de l'amour courtois et de la chevalerie, qui ne s'illustre plus que dans les tournois lors des fêtes de cour - d'où sa passion pour les châteaux qu'il collectionne. Son fameux palais de Bourges reflète cette dualité : style forteresse côté pile (donnant sur les remparts) et style florentin côté face (donnant sur la ville)... Rufin n'oublie pas ses personnages « secondaires ». Son portrait acéré d'un Charles VII jaloux et cruel, mais supérieurement intelligent, qui fait de sa force une faiblesse (Louis XI a de qui tenir...) est saisissant. Jacques Coeur, l'homme libre, trouve l'âme soeur chez Agnès sorel, la femme libre... L'écrivain ne résiste pas à la tentation de faire de l'amie de Coeur la passion de toute une vie. Le portrait du vieux pape Nicolas V, plus inspiré par la philosophie grecque que par les Evangiles est également savoureux. En ces temps de déshumanisation de l'économie et de mondialisation à marche forcée, Jean-Christophe Rufin nous offre une sorte de retour aux sources. Lorsque le commerce était considéré comme une des plus belles conquêtes de l'homme. Que le monde, sans limites, rêvait d'une nouvelle naissance. Et que le plus grand des rêveurs pouvait être un richissime marchand, collecteur d'impôts -Jacques Coeur, l'argentier poète.
 

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