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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 23:57
Les ancres dans le ciel      
 
de Rémi Brague
Mis en ligne : [1-08-2011]
Domaine :  Idées  

Remi-Brague.gif 

 
Rémi Brague, né en 1947, est philosophe et historien de la philosophie. Il enseigne la philosophie grecque, romaine et arabe à la Sorbonne et à la Ludwig-Maximilian Universität de Munich. Il est membre de l'Institut. Il a récemment publié: Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres (Flammarion, 2008),  Image vagabonde. Essai sur l'imaginaire baudelairien (Éditions de La Transparence, 2008),  Pour une métaphysique de base  in Regards sur la crise. Réflexions pour comprendre la crise… et en sortir, ouvrage collectif dirigé par Antoine Mercier (Éditions Hermann, 2010).


Rémi Brague, Les ancres dans le ciel. Paris, Seuil, mars 2011, 135 pages.


 
Présentation de l'éditeur.
"On n'a pas besoin de métaphysique, et encore moins de sa version populaire, la religion. Il suffit d'une bonne morale pour savoir quoi faire, d'un droit et d'une politique efficaces pour la faire respecter. ". C'est faux. Cela a pu être vrai. Cela reste vrai là où il s'agit de fournir des règles pour que les hommes vivent en paix les uns avec les autres. Seulement, aujourd'hui, l'homme a réalisé le projet moderne et pris son destin en main. Il peut décider librement d'être ou de ne pas être. Pourquoi y aurait-il de l'être et pas plutôt rien ? Désormais, une nouvelle question se pose, celle de la légitimité de l'humain. Pour lui donner une réponse positive, il faut que la vie soit un bien. Il ne suffit pas qu'elle soit agréable ou intéressante pour ceux qui sont déjà vivants-ce que nul ne nie. Il faut encore que la vie soit un bien tellement grand qu'on ait le droit d'y appeler d'autres. Et affirmer que l'être vaut toujours mieux que le néant, c'est une décision métaphysique.Pour que la vie humaine reste possible, il faut une métaphysique forte. La métaphysique n'est pas, ou plus, un édifice dans les nuages. Elle est devenue l'infrastructure même de la vie humaine. " Animal métaphysique ", l'homme est en train de le devenir le plus littéralement du monde.
 
Recension de Paul Valadier. Etudes - juillet-août 2011.
Ces pages denses et fermes posent un problème souvent écarté de nos jours : peut-on se dispenser de parler de métaphysique et tenir pour acquis que nous sommes dans une situation indépassable, dite « post-métaphysique ». S’appuyant sur Avicenne, auteur de la première tentative de « réduction de l’Être à l’existence », existence dépouillée de toute lumière qui vient du bien, Rémi Brague montre que loin d’être une « superstructure » inutile ou vague, la métaphysique est essentielle pour que les hommes trouvent que la vie est un bien et désirent non seulement la vivre mais la transmettre. D’où une analyse originale du suicide collectif toujours possible, et une critique non moins vive de l’athéisme estimé incapable de justifier la survie de l’espèce humaine. Or « nous avons besoin de raisons pour donner la vie ». Ce livre incisif et bref en dit plus que de longs pavés bavards et vains. Il suscite la réflexion ; il a peut-être surtout le mérite de ne pas laisser indifférent.

 

Critique de Jean Montenot. Lire - juillet-août 2011.  

Rémi Brague réaffirme le besoin métaphysique de l'homme. N'en déplaise à Camus ou à Cioran. Camus ou Cioran avaient fait du suicide la question cardinale de l'existence humaine. Celle qui est à l'horizon des Ancres dans le ciel n'est pas : "Pourquoi continuer à vivre ?" - l'inertie et l'habitude sont des motifs suffisants puisque de toute façon "nous sommes embarqués" (Pascal) - mais plus originalement et non moins concrètement : "Au nom de quoi s'arrogerait-on le droit de transmettre la vie ?" Pourquoi continuer l'aventure humaine en y embarquant d'autres êtres sans de solides raisons ? Cela exige des repères, ces fameuses "ancres dans le ciel" dont Rémi Brague emprunte à Rivarol l'image paradoxale. Ceux-là ne seraient pas à chercher ailleurs que dans la métaphysique, cette science vénérable qu'Aristote qualifia de "science recherchée", puis qui fut reléguée au magasin des accessoires de l'impossible salut. L'ouvrage commence par tordre le cou à ce préjugé moderne : la métaphysique serait une affaire périmée, oiseuse, nuageuse et ne concernerait plus guère l'homme moderne qui, pour vivre, peut s'orienter à la lumière immanente des sciences de la nature et de l'homme. Pour vivre peut-être, mais pour donner la vie ? Le "besoin métaphysique" s'est exprimé dans les philosophies de l'existence sous la forme d'une expérience radicale de la finitude et de la limitation de l'homme. En rappelant que la "thèse" de "l'identification de l'Etre et du Bien" condense une tendance séculaire de la métaphysique qui trouve son origine chez Platon, Brague apparie la métaphysique déchue aux problématiques contemporaines. Ainsi réaccordée à "l'animal métaphysique", la vénérable discipline apparaît devoir porter en elle l'antidote aux nihilismes et aux pessimismes qui fermentent dans le monde moderne. Selon Rémi Brague, seule la reprise pensante de cette thèse séculaire permettrait de savoir pourquoi on peut en conscience "transmettre à [quelqu'un] les embêtements et les ignominies de l'existence" (Flaubert, Lettre à Louise Colet, 1852). Brague suggère que, si le XIXe siècle a été celui du Vrai et le XXe siècle celui du Bien, notre siècle pourrait bien être dominé par le troisième transcendantal majeur : celui de l'Etre. Le temps serait à nouveau venu d'"une métaphysique forte" qui puisse être "l'infrastructure indispensable de la continuation de la vie des hommes".

 

A lire également : la belle critique de notre ami Gérard Leclerc :"Retour de la métaphysique". - Royaliste n° 989 du 11 avril 2011.  

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