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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 00:57
La politique
de Bergson
  Bergson-Henri-Bergson-et-la-politique-copie-1.gif  
IDEES
Bergson
et la politique.
Sous la direction de Frédéric Worms.
Annales
bergsoniennes.
Janvier 2012.
544 pages.
 

 
Frédéric Worms, né en 1964, est philosophe. Il enseigne à l'Université de Lille et dirige le Centre international d'études de la philosophie française contemporaine de l'Ecole Normale Supérieure. Il a récemment publié: Derrida et la philosophie. (Avec Marc Crepon, Galilée, 2008), Bachelard et Bergson. (Avec J.J. Wunenburger, PUF, 2008) .  
 
Présentation de l'éditeur.
Bergson et la politique : ce sont d’abord des relations, connues ou inattendues, parfois les deux ensemble ! Ce sera la relation avec son condisciple, Jean Jaurès : elle n’est pas seulement un débat métaphysique essentiel de jeunesse, mais traverse leurs vies et leurs œuvres, jusqu'aux limites brûlantes de deux guerres, en 1914, en 1941. Ce sera la reprise, la surprise, dans la lecture que Mohammed Iqbal et Leopold Senghor font de la « Révolution de 1889 », de l’Essai, donc, avant même l’apparition de « l’ouvert » dans Les deux sources de la morale et de la religion. On n’oubliera pas non plus, bien sûr, les avancées encore méconnues de ce dernier livre, qu’il faut reprendre pour lui-même et dans ses effets eux aussi inattendus : de la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU, en 1948, à aujourd’hui. Tels sont les éléments du présent volume. Il comprend d’abord des inédits (lettres de Bergson à Ferdinand Buisson, article fondateur de Souleymane Bachir Diagne), et un double dossier (Bergson et Jaurès, préfacé par Vincent Peillon, Bergson et la politique, issu de rencontres internationales récentes), qui renouvellent en profondeur ces questions, ces relations. Il comprend aussi des Varia, qui reviennent au centre de sa philosophie (la durée) ou encore de ses relations (d’Aristote à Wittgenstein) et de sa réception (de l’Espagne à l’Argentine). Comme si, dans cette relation aujourd’hui reprise entre Bergson et la politique se jouaient les questions les plus tendues tout à la fois de son oeuvre singulière et du siècle entier.
 
Le point de vue de la Revue Critique.
La dernière livraison des Annales bergsoniennes consacre un dossier de grande qualité à la place de la politique dans l'oeuvre d'Henri Bergson. Nos lecteurs savent quelle passion anime les rédacteurs de notre Revue critique pour l'immortel auteur de l'Evolution créatrice et nous ne saurions trop leur recommander cet ouvrage de référence. Dans une préface très pertinente, Vincent Peillon - qui est décidément meilleur philosophe que ministre - souligne les changements à l'oeuvre depuis une dizaine d'années dans l'université française. La philosophie allemande recule et l'on commence à redécouvrir nos grands penseurs du siècle dernier. Bachelard est à nouveau à la mode, tout comme Henri Bergson. On retrouve dans ce début de siècle, le même climat intellectuel qu'aux prémices du siècle précédent : rejet du scientisme, de la lourde machinerie allemande, aspiration à la légèreté, à l'innovation et à la spiritualité. Que Bergson retrouve sa place à l'université, rien n'est plus normal, lui qui y fit souffler pendant plus de trente ans le grand vent du vitalisme et de la liberté de l'esprit. L'attitude de Bergson vis à vis de la politique n'a jamais été celle d'un partisan, ni celle d'un intellectuel engagé. Il a toujours refusé à Sorel, à  Péguy ou à Jaurès le droit de récupérer sa pensée. Pour autant, comme le soulignent deux remarquable contributions des Annales (Yala Kisukidi et David Amalric), il est difficile de ne pas admettre que Les Deux Sources de la Morale et de la Religion est un grand ouvrage de philosophie politique. Le projet politique de Bergson ne se limite pas, comme on le dit trop souvent aujourd'hui, à faire l'apologie de l'universalisme. Sa pensée est sensiblement plus complexe. Les notions de création, d'empirisme pratique, d'adaptation aux règles du vivant y tiennent une place centrale. De même les concepts de "clos" et "d'ouvert" (c'est à dire de conservation et d'innovation) y sont représentés en permanence comme en tension, utile l'un à l'autre. Enfin chez Bergson, l'affirmation de l'esprit, l'importance de l'éthique, le refus de tomber dans les pièges de la technique dessinent une conception exigeante de la politique, où l'hédonisme, l'abandon à la matière, une certaine conception "aphrodisiaque" du monde n'ont pas leur place. Démocrate Bergson ? Pas si sûr ! Sa vision de la cité est sans doute plus proche des grandes aristocraties entreprenantes de la Renaissance que les pitoyables démocraties d'aujourd'hui. C'est pourquoi Vincent Peillon a beau faire, ses tentatives d'annexer Bergson aux thèses progressistes tombent toujours à plat. L'auteur de Matière et Mémoire participe d'une autre vision de la politique. On sent bien qu'un catholique sera toujours plus à l'aise dans son oeuvre qu'un républicain laïc. Un léger reproche à adresser à ce numéro des Annales : Jaurès y est omniprésent, alors que Péguy, Sorel, de Maritain et de William James, pourtant si proches de Bergson, brillent par leur absence. Tout comme Croce et Gramsci, qui subirent profondément son influence. Voilà la preuve qu'il reste encore du travail à faire pour retrouver les mille facettes de la "politique bergsonienne". Nous y reviendrons. 
Vincent Maire. 
 

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