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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 18:42
Réinventer la Perse                                         

 

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Après Dieu est américain et L’Apocalypse russe, Jean-François Colosimo poursuit sa réflexion sur les rapports entre théologie et politique dans Le Paradoxe persan [1]. L’Iran, « un monde monolithique où les ocres ardentes de la terre se mêlent à l’incendie rougeoyant du ciel », devait nécessairement figurer sur son parcours : c’est ici que l’islam fut « historicisée » ; c’est ici que fut inventée la « mise sous tutelle théologique du politique ».

Mais l’histoire de l’Iran excède celle de l’Islam : bien avant la naissance du prophète, la Perse rayonnait  au-delà de ses frontières. Ispahan  était connu de tous. Cette grandeur passée hante toujours l’esprit des Iraniens. Comme le rappelle Richard Nelson Frye, spécialiste de l’Asie centrale: « [Reza Chah] a instauré, dit-on, une culture artificielle. A moins que ça n’ait été l’authentique culture, la tente, du peuple. Il voulait s’assurer que le pays ne faisait pas partie du monde arabe. Il a su en faire valoir les traditions ancestrales. […] [Les Iraniens] aiment leur culture. Ils se réjouissent d’être les héritiers de milliers d’années d’histoire consécutives. Ils n’ont pas abandonné leur langue pour l’arabe, ni leurs coutumes. Les Iraniens d’aujourd’hui sont restés ceux qu’ils étaient il y a des siècles. »

L’action d’un Reza Chah n’est guère différente, sur ce plan, de celle d’un Mohammed Mossadegh nationalisant en 1951 l’Anglo-Iranian Oil Company, de celle d’un Ruhollah Khomeyni instaurant en 1979 la Révolution Islamique, ou bien de celle d’un Mahmoud Ahmadinejad défendant le programme nucléaire iranien. Toutes sont l’expression de ce désir de retrouver une souveraineté perdue : « l’Iran veut la reconnaissance que seule garantit la puissance. Sur ce fil aiguisé, il n’aura cessé de buter sur l’Occident avant d’être chaque fois renvoyé vers l’Orient. Le sentiment de frustration qui en découle prend des accents dramatiques à partir des Temps modernes. » Ce sentiment entretient une névrose que Jean-François Colosimo analyse en détail : « C’est d’elle que se préoccupe ce carnet, parce qu’elle occupe l’esprit des Iraniens. Un carnet forcément subjectif et qui, parcourant les grands nœuds convulsifs du siècle écoulé, prétend moins consigner l’Histoire que démêler comment se fabrique, dans l’inconscient d’un peuple, le sentiment de destinée. »

A quel avenir peut aujourd’hui prétendre l’Iran ? Ce qui était une « Révolution » ressemble de plus en plus à un formidable verrouillage. Du côté des hommes, rien à espérer : « C’est auprès des Iraniennes que se trouvent, en dépit de leur confinement, les rares bonnes nouvelles. » Ecoutons Shala Sherkat, l’une d’entre elles : « Je suis d’un pays où chaque matin un tremblement de terre se produit, et jusqu’au soir les gens se démènent avec les ruines du séisme. Puis, le lendemain matin, il y a un autre tremblement de terre. » Elles tiennent bon, pourtant.


Gilles Monplaisir.
Le blog de Gilles Monplaisir. - 7 juillet 2010.

 


[1]. Jean-François Colosimo, Le Paradoxe persan. Un carnet iranien. (Fayard, 2009). 
  
 

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Eugène Charles - dans Idées
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