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9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 08:04
Les hommes providentiels
Histoire d'une fascination française
 
de Jean Garrigues
Mis en ligne : [22-10-2012]
Domaine : Idées 
GARRIGUES Jean Les hommes providentiels
 
Jean Garrigues est historien. Spécialiste de l'histoire politique,  il enseigne à l'université d'Orléans, à la Sorbonne et dirige la revue Parlement(s). Il a récemment publié : Le communautarisme. Mythes et réalités (Lignes de Repères, 2007),  Les patrons et la politique – De Schneider à Seillière (Perrin, 2002), Les groupes de pression dans la vie politique contemporaine en France et aux États-Unis de 1820 à nos jours (Presses Universitaires de Rennes , 2002), Les Scandales de la République. De Panama à l'affaire Elf (Robert Laffont, 2004), Les Grands discours parlementaires de la Troisième République, (Armand Colin, 2 vol., 2006), Les Grands discours parlementaires de la Cinquième République (Armand Colin, 2006), Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008 (Armand Colin, 2008).
   

Jean Garrigues, Les hommes providentiels. Histoire d'une fascination française. Paris, Seuil, février  2012, 480 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
De Bonaparte à de Gaulle, en passant par Boulanger, Clemenceau, Pétain ou Pinay, et jusqu'à Nicolas Sarkozy, les hommes providentiels ponctuent l'histoire de France. Indissociables des contextes de crise (ce qui les distingue des grands hommes), ils traduisent la rencontre entre le désir collectif d'un peuple et la prophétie d'un sauveur. Quels sont les ingrédients qui composent cette alchimie selon les différentes époques de l'histoire contemporaine ? Quelles circonstances mais aussi quels moyens, quel discours, quelle propagande, quelles images, quelle stratégie pour aboutir à cette figure indispensable qui s'impose à la nation tout entière ? Puis il faut passer de l'état de grâce, qui suit la prise du pouvoir, au culte de la personnalité, qui seul permet d'entretenir le mythe. Dès lors, comment cette figure idéale voire fantasmée du sauveur peut-elle se confronter aux enjeux du réel ? Comment évoluent son discours et sa représentation en situation de pouvoir ? Quels sont ses hérauts, ses thuriféraires, ses idolâtres, mais aussi ses caricatures et ses détracteurs ? Et comment enrayer l'effondrement du mythe, comment prévenir le chaos ? Enfin, quand le chêne s'abat, comment resurgit le mythe, comment se réinstalle pour la postérité la figure du sauveur?
     
Le point de vue de La Revue Critique. Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur l'histoire de nos institutions contemporaines - parmi lesquels une remarquable Histoire du Parlement de 1789 à nos jours - Jean Garrigues prend du champ et une certaine liberté avec l'histoire chronologique en s'attaquant à une des singularités de la vie politique française : la fascination pour les "sauveurs de la patrie". Ce livre vivant, très clair et parfaitement bien documenté déroule le film de notre histoire nationale depuis deux siècles. Les figures de Napoléon, de Boulanger, de Clémenceau, de Poincaré, de Pétain et de de Gaulle dominent, mais l'ouvrage retrace aussi la carrière de "rédempteurs" plus mineurs, dont le culte s'est effacé des mémoires ou dont le mythe s'est obscurci, comme Lamartine, Thiers ou Gambetta. De cette impressionnante galerie de portraits, Jean Garrigues tire une typologie des "hommes du destin" : les conquérants, les défenseurs de la patrie, les pères protecteurs et les reconstructeurs. Ceux qui, grossièrement, font avec les institutions de leur temps et ceux qui les contestent et qui les transforment pour agir. C'est l'occasion de s'interroger sur les causes d'un phénomène qui revient fréquemment dans notre histoire récente et l'auteur en retient particulièrement quatre : le culte du héros patriotique, la permanence du sentiment monarchique, le déficit d'incarnation de la République et son incapacité à s'adapter aux situations de crise et aux changements du monde dans lequel nous vivons. Si l'attachement aux figures qui ont fait l'histoire nationale est un sentiment partagé avec bien des peuples, les trois autres pistes sont plus spécifiquement françaises.  L'instabilité de nos institutions, qui oscillent régulièrement, selon la formule maurrassienne, entre Démos et César, entre le régime des partis et l'autocratie provisoire, en est la conséquence. Le recours à l'homme providentiel, le souvenir teinté de regrets qu'il laisse dans la mémoire collective illustrent-ils le peu de goût qu'ont les Français pour des institutions démocratiques qu'ils jugent inférieures à leur génie ? On peut le penser. Jacques Darence.
      
L'article de Marc Riglet. - Lire, février 2012
La fascination des hommes providentiels. Il est assez piquant de constater que, dans notre histoire nationale, sécularisée pourtant depuis deux bons siècles, la Providence ait été si souvent invoquée. Nous comptons, spontanément, au moins deux grands personnages que nous devrions aux mystérieux décrets de cette divine providence : Napoléon, le "sauveur" des acquis de la Révolution, et de Gaulle, celui qui dans la défaite sauve l'honneur du pays accablé. Ces deux grands hommes ont de surcroît en commun d'avoir été deux fois "providentiels" quoique avec des fortunes diverses : Napoléon, le 18 brumaire et ses Cent Jours, de Gaulle, le 18 juin 40 et son mai 58. Ils ont encore en partage d'avoir construit leur propre mythe, Napoléon en faisant fabriquer, à Sainte-Hélène, sa légende, de Gaulle en confiant à son talent littéraire le soin de s'inscrire dans l'histoire.  Faut-il déduire de ces deux cas de figure que l'"homme providentiel" serait, décidément, un trait singulier de notre "génie" national ? Rien n'est moins sûr. Songeons, de l'autre côté de la Manche, à Churchill, le lion d'Albion, celui qui répondait, superbement, à l'un de ses contradicteurs à la Chambre des Communes, agacé par ses prophéties : "Et savez-vous pourquoi l'histoire me donnera raison ? Parce que c'est moi qui l'écrirai !" Et puis, avec Bismarck, et sans même parler de Hitler, l'Allemagne ne dispose-t-elle pas, elle aussi, de son lot d'"hommes providentiels" ? Et puis l'Italie, avec Garibaldi, Mazzini, Mussolini, et puis encore les Etats-Unis, avec Washington, Lincoln, Roosevelt, Kennedy... ? Bref, il semble bien que nous soyons en bonne compagnie lorsqu'il s'agit de mettre au pinacle quelques grands hommes qui nourrissent de grandes entreprises, qui incarnent l'espoir d'un peuple ou qui le sauvent d'un destin funeste. Dès lors, cependant, qu'avec Jean Garrigues l'on ne se contente pas d'identifier l'homme providentiel au "grand homme", il apparaît que la catégorie "homme providentiel", si elle perd en intensité, gagne en extension et que, dans ces conditions, la France est particulièrement gourmande de cette sorte de personnages.  En parcourant notre histoire politique de Napoléon à nos jours, Jean Garrigues met ainsi en évidence les très nombreuses occurrences où nos hommes politiques ont dû leur bonne fortune au fait moins d'être élus qu'"appelés", par quelques puissances supérieures, à sauver le pays. Des exemples. Ainsi, Adolphe Thiers fut tout autant, pour un secteur de l'opinion, le massacreur de la Commune que, pour un autre, largement majoritaire, le "sauveur de la Patrie". Ne s'était-il pas acquitté en un temps record des réparations exigées par Bismarck et n'avait-il pas libéré le territoire avant le terme prévu par le traité négocié à Versailles. Mais les Français n'étant pas chiches en ce domaine réserveront à Gambetta un hommage de même espèce. Plus connu est, un peu plus tard, l'épisode du boulangisme. Là, nous avons tous les ingrédients de l'homme providentiel dans sa version bonapartiste : un militaire, un emballement populaire, un bellicisme aussi solide qu'inconséquent, un appel au coup d'Etat ; la République, on le sait, n'aura dû son salut qu'à la médiocrité de son contempteur. Sur la longue période, il est étonnant de constater que, comme dans le cas de Gambetta et de Thiers, la qualité d'homme providentiel est attribuée à des hommes que pourtant tout oppose. C'est le cas de Clemenceau et de son adversaire fieffé, Poincaré. Pour le "père la victoire", on voit bien les ingrédients qui font l'homme providentiel. Mais pour Poincaré, c'est plus prosaïquement ses compétences financières qui le font être attendu comme le messie. C'est encore un duo improbable d'hommes accompagnés de l'aura providentielle que l'on retrouve avec Antoine Pinay et Pierre Mendès France. Au premier est réservé le paradoxe d'être jugé, à la fois, comme l'homme providentiel pour nos finances et comme le plus ordinaire des hommes. Au second, l'histoire réservera le douloureux privilège d'avoir été, brièvement, un grand homme et, indéfiniment, une cassandre éloignée du pouvoir. Il semble que, dans notre dernier quart de siècle, la figure de l'homme providentiel ait fait long feu. Serait-ce que l'espèce s'en est perdue ou bien que nous n'éprouvons plus le besoin d'en fabriquer? On voudra croire qu'il faut voir là plus un signe de maturité démocratique qu'une rupture de stock au magasin de la Providence. 
 
Autre article recommandé : "L'appel au surhomme", L'Histoire n° 374. - avril 2012. 
 

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