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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 16:39
 
 
le jardin sur le canal
 
 
 
Le jardin finit en terrasse
Au bord du Canal glorieux
D'où les gondoliers curieux
Regardent par la grille basse.

C'est un jardin rempli de fruits,
De fleurs, d'arbres et de statues.
On y voit des déesses nues
Sous les cyprès et sur les buis.

Un citron que lâche sa branche
Tombe parfois sur le sentier;
Il parfume l’air tout entier
De l’odeur que sa plaie épanche.

Le cortège secret du Temps
Sur ce jardin passe en silence,
Trahi par la double cadence
Des églises et des couvents.

Et, le soir, quand le ciel arrose
De rubis et de perles d’eau,
Un nuage de Tiepolo
Vient décorer le couchant rose.
 
 
 
jean-louis vaudoyer (1883-1963). Poésies. (1913).
 
 
mars en provence
 
 
 
Vois, l’amandier en fleurs au cyprès et au chêne
Annonce le printemps prochain, et, dans les cieux,
Phœbus répand un or jeune et délicieux
Qui fait de chaque source une riche Hippocrène.

Suivons la route blanche et brillante, elle mène
Au bois où Marsyas enfle son roseau creux;
Une Muse sourit sous l'arceau langoureux
De la colline rose où verdit le troène.

Ici, les Dieux, hier encor, vivaient cachés.
Tu ne découvrais pas, au milieu des maires,
Dans ces joueurs malins, les fils de Palamède;

Mais la Fable est venue avecque la Saison,
Et, si cet aigle plane au-dessus du sillon.
C'est que l’Olympe cherche un nouveau Ganymède.
 
 
 
jean-louis vaudoyer (1883-1963). Rayons croisés. (1921).
 
 
ombres stendhaliennes
 
 
 
I. — ROME

Je vous ai rencontrée à Rome,
Ombre en habit de drap marron :
Vous aviez le corps d'un gros homme,
Mais le regard malin et prompt ;

Non dramatique et grave comme
Chateaubriand et lord Byron,
Ayant moins l'air d'un gentilhomme
Que d'un voyageur lazzaron;

Aux peintres vous donniez des notes
Dans les salles du Vatican :
Guerchin, dix-huit ; neuf, Parmesan ;

Et, sauf dans les maisons dévotes,
La nuit, du fumoir au divan,
Vous recueilliez des anecdotes.

II. — MILAN

A Milan aussi je vous vis,
Dans la Scala poudreuse et vide.
Vous dépendiez d'un œil perfide
Qui régnait sur vos favoris.

Est-ce Angela ou bien Métilde,
Dans la loge, en face, qui rit ?
Vous songez : « Ayons de l'esprit ! »
Mais votre aplomb n'est pas solide.

Plus amoureux qu'heureux amant,
Cher Stendhal, curieux des femmes,
Vous trembliez comme un enfant

Près d'elles, combinant vos trames ;
Mais vos détours de sentiment
Dérangeaient les meilleurs programmes.

III. — PADOUE

Pedrotti, café de Padoue,
Je n'y puis entrer, Henri Beyle,
Sans y voir votre ombre fidèle,
La barbe teinte sur la joue.

Votre grosse breloque joue ;
Le sang d'un camée étincelle
Au doigt d'une main toujours belle
Qu'un geste, par instant, secoue.

Car vous causez, l'œil plein de feu,
Avec cet aimable « neveu »
Qui vous raconta la Chartreuse.

O soirée à jamais fameuse !...
Vous demandâtes au garçon
De vous servir un zambayon.

IV. — PARME

A Parme, j'ai vu vos enfants :
Gina, qui se cache qu'elle aime ;
Mosca, que le doute rend blême,
Mais qui rit pour les médisants.

Fabrice cherche un stratagème
Pour voir Clélia un instant ;
Marietta passe en chantant ;
Ranuce-Ernest, trompé, blasphème.

Moi, dans le grand jardin désert
Où ne vont plus les Parmesanes,
J'ai repris, pour flatter vos mânes,

Votre livre, au hasard ouvert.
Je longeais les bosquets humides :
« Les prisons de Parme étaient vides... »
 
 
 
jean-louis vaudoyer (1883-1963). Rayons croisés. (1921).
 
 

fontaine.jpg

 

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