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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 21:46
Le grand désenclavement
du monde, 1200-1600  
 
de Jean-Michel Sallmann
Mis en ligne : [21-11-2011]
Domaine : Histoire
le-grand-desenclavement-du-monde.gif
 

Professeur émérite d'histoire moderne à l'université de Paris X-Nanterre, Jean-Michel Sallmann a étendu son champ d'investigation originel sur l'Italie des XVIe-XVIIe siècles à une approche globale de la Renaissance à travers l'Europe. Il a récemment publié : Charles Quint : l'empire éphémère (Payot, 2000) - La circulation des élites européennes : entre histoire des idées et histoire sociale, dir. (Seli Arslan, 2002) - Géopolitique du XVIe siècle : 1490-1618 (Le Seuil, 2003).



Jean-Michel Sallmann, Le grand désenclavement du monde . Paris, Payot, avril 2011, 690 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Ce livre est né d'une constatation : le monde est en train de vivre des bouleversements considérables et les modalités d'ajustement sont difficiles. Tout se passe comme si l'effondrement de notre monde bipolaire, entre États-Unis et Union Soviétique, avait ouvert la boîte de Pandore des conflits disséminés auxquels nous avons bien du mal à donner un sens. Pourtant, si le monde est devenu plus insaisissable, parce redevenu multipolaire, il l'était déjà il y a plusieurs siècles.C'est entre 1200 et 1600 que l'ensemble du monde a progressivement été mis en relation, aboutissant à un grand désenclavement, ou à une première "mondialisation" pour reprendre un terme à la mode. Refusant l'approche traditionnelle, européo-centrée, de l'histoire des relations internationales, basée sur le concept de l'État-nation, Jean-Michel Sallmann privilégie dans cet essai "politiquement incorrect" le paradigme civilisationnel tel que l'ont décrit Samuel Huntington dans son Choc des civilisations et avant lui Fernand Braudel. Il souligne combien au début du XIIIe siècle, l'humanité est cloisonnée, divisée en quatre grandes civilisations - chinoise, européenne, musulmane et hindoue - qui, par leur poids démographique et leur dynamisme, jouent un rôle majeur sur le plan stratégique, culturel et économique, laissant pourtant des territoires entiers coupés du reste du monde : l'Amérique, l'Afrique noire et le continent austral. Les invasions mongoles viendront briser partiellement l'isolement de cet Ancien Monde, avant que le cataclysme de la seconde moitié du XIVe siècle, engendré par la Peste noire et ses conséquences, redistribue les cartes en faveur de l'Occident chrétien. C'est lui qui sera finalement, contre toute attente, le catalyseur du désenclavement qui se produira avec les Grandes Découvertes du XVe siècle.Un livre foisonnant et ambitieux, à la curiosité salutaire, qui nous entraîne dans un style enlevé sur les routes humaines qui, d'Alep à Quanzhou, d'Ormuz à Calicut, ont de tout temps sillonné le globe, nous offrant un regard neuf sur le monde d'aujourd'hui.
 
Recension de Pierre de Charentenay. - Etudes, novembre 2011.
Empruntant l’idée de civilisation aux travaux de Samuel Huntington, avec le rôle d’État phare et de la religion, l’auteur décrit vers 1200 de notre ère la division du monde en espaces culturels. Il observe les relations qui vont s’y développer dans la période 1200 à 1600. À chaque fois, c’est l’Europe qui réalise cette mise en communication, alors qu’elle était plutôt en retard économiquement et technologiquement. La Chine constitue un autre ensemble massif et solide, mais relativement statique. Entre les deux, l’islam contrôle les routes du commerce international. De son côté, la très riche civilisation indienne s’est repliée sur elle-même et résiste à l’islam. Ces quatre grandes civilisations laissent des régions isolées et peu peuplées, l’Amérique ou l’Afrique où vivaient de multiples sociétés autonomes. Ce livre volumineux présente cette situation en 1200, puis la crise provoquée par la peste noire à la fin du xive siècle, et la recomposition des rapports de force entre les civilisations à la fin du xvie. Un bilan sur le début du xviie montre comment l’Europe est freinée dans l’expansion qu’elle développe vers l’Asie. Les seize chapitres qui constituent cet immense parcours sont fouillés, détaillés, bien informés. Ils s’achèvent sur une conclusion qui met en mouvement tous ces éléments historiques de la vie de quatre siècles mouvementés de notre monde. Voilà un grand panorama qui vaut d’être parcouru si l’on a la capacité et le désir de passer d’une civilisation à l’autre pour en suivre les évolutions et les relations
 
Recension. - L'Histoire, octobre 2011.
Choc des civilisations. Certains historiens tentent aujourd'hui de réinventer une histoire du monde émancipée du grand récit de l'affrontement, en longue durée, des civilisations. Dans un livre surprenant et ambitieux, Jean-Michel Sallmann prend crânement le contrepied de cette tendance historiographique : il propose une large fresque, écrite d'une seule plume et d'un même élan qui, parcourant les espaces à vastes enjambées, décrit le "grand désenclavement d'un monde" cloisonné en 1200, unifié sous l'emprise de l'Occident en 1600. Les amateurs d'histoire à grand spectacle ne seront pas déçus: depuis la "tornade mongole" du XIIIe siècle jusqu'à la "fermeture" du Japon à la fin du XVIe siècle, ils seront transportés en seize chapitres lestes et fortement documentés, articulant de manière fort habile tableau et récit. Il convient de saluer l'héroïsme de la synthèse, au moment où les complexités de l'histoire et les scrupules des historiens la découragent le plus souvent. Reste qu'on ne doit pas feindre d'ignorer que Jean-Michel Sallmann propose ici une histoire résolumment orientée. Elle l'est dans son mode de récit, qui vise à expliquer, et en partie justifier, l'occidentalisation du monde. Elle l'est surtout dans sa manière de faire de quatre "grandes civilisations" (chinoise, européenne, musulmane et hindoue) les héros anonymes de l'histoire mondiale, selon un modèle qui s'inspire explicitement du Choc des civilisations de Samuel Huntington, "ouvrage (qui) n'a pas reçu en Europe l'accueil qu'il méritait". On ne pourra pas reprocher à l'auteur de masquer ses intentions idéologiques. Elles s'expriment de manière éclatante dans sa conclusion, regrettant qu'en critiquant leur propre histoire "les Occidentaux fournissent des arguments à ceux qui n'en demandaient pas tant pour les affaiblir", et affirmant finalement que " l'Occident n'a pas à rougir de ses actes ni à présenter ses excuses au monde entier" ni à recevoir de leçons "de ceux dont l'histoire n'est guère plus édifiante". Que répondre, sinon que l'on peut être en droit d'attendre autre chose de l'histoire que l'édification des uns et l'affaiblissement des autres ? 
 

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