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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 21:49
Voyage en Amérique
Un Prince français dans
la guerre de sécession
 
de Philippe d'Orléans
Mis en ligne : [26-09-2011]
Domaine : Histoire
Philippe-d-Orleans-Voyage-en-Amerique.gif
 
Louis Philippe Albert d'Orléans (1838-1894. Petit-fils de Louis-Philippe, il devint le chef de la Maison de France à la mort du Comte de Chambord en 1883. Principales oeuvres politiques:  Les associations ouvrières en Angleterre (1869), De la situation des ouvriers en Angleterre (1873), Histoire de la Guerre civile en Amérique.(1874-1896), Discours de monseigneur le comte de Paris (1891), Lettres et documents politiques (1844-1907).
 

Philippe d'Orléans, Comte de Paris, Voyage en Amérique. Un Prince français dans la guerre de sécession. (Texte établi, annoté et présenté par Farid Ameur). Paris, Perrin, mars 2011, 655 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Sous le second Empire, les jeunes princes d'Orléans, subissant la loi d'exil, sont désoeuvrés. Le comte de Paris, 23 ans, et son frère le duc de Chartres, 21 ans, petits-fils de Louis-Philippe, décident d'aller s'informer sur place de l'état de la démocratie américaine, sous la houlette de leur oncle le prince de Joinville. Arrivés à New York en septembre 1861, six mois après le déclenchement de la guerre de Sécession, ils sont aussitôt reçus par le président Lincoln et le secrétaire d'Etat Seward. Désireux d'aller sur le terrain servir la bonne cause et d'y trouver la gloire, ils revêtent l'uniforme bleu des soldats de l'Union fédérale et sont affectés comme capitaines à l'état-major du général McClellan, chef de l'armée du Potomac. Souvent en première ligne, ils participent pleinement aux opérations, d'ailleurs sans succès, contre les Confédérés. En juillet 1862, ils quittent l'Amérique riches d'une expérience multiple. De ce poste d'observation exceptionnel, le comte de Paris, doté d'une remarquable maturité d'esprit et d'une jolie plume, a rapporté un journal dense, varié, précis, véritable mine jusqu'à présent inexploitée pour les historiens des Etats-Unis, et aussi de la politique française, car ces princes sont les plus démocrates des monarchistes. L'ouvrage est publié en partenariat avec la Fondation Saint-Louis, détentrice des papiers de la Maison de France.
 
La critique de Emmanuel Hecht. - L'Express, 24 février 2011.
Philippe d'Orléans chez les Yankees. La guerre de Sécession, dont on va célébrer le 150e anniversaire du début des hostilités, est pour beaucoup un sujet de film, où les sudistes, aristocrates pleins de panache, résistent vaille que vaille aux coups de boutoir de nordistes brutaux et cyniques. Et où la ségrégation raciale est hors sujet. Naissance d'une nation (1915), chef-d'oeuvre de David W. Griffith, précurseur du western - un genre bien disposé à l'égard des confédérés - n'exalte-t-il pas les cavaliers du Ku Klux Klan rétablissant l'ordre dans un Sud miné par les soudards nordistes et les anciens esclaves noirs se livrant au pillage et au viol ? Le célèbre Autant en emporte le vent (1939), de Victor Fleming, ne vante-il pas l'héroïsme de Scarlett O'Hara (Vivien Leigh) et la bravoure de Rhett Butler (Clark Gable) dans Atlanta mise à sac par les colonnes du général Sherman ? 
  Le Voyage en Amérique, de Philippe d'Orléans, remarquable chronique de deux années de guerre, publié pour la première fois, n'est pas du même tonneau. Le jeune comte de Paris (23 ans), petit-fils de Louis-Philippe, a choisi sans barguigner le Nord, Lincoln, les abolitionnistes et l'Union : "Comme Français, nous sommes attristés de voir le déchirement d'un grand peuple qui n'a jamais fait la guerre à la France, qui est son allié naturel ; comme libéraux, de l'argument que ces événements donnent aux ennemis des peuples libres et de leurs institutions." 
  Lorsqu'il quitte son exil londonien, en août 1861, à l'invitation de son oncle le prince de Joinville, en compagnie de son frère, le duc de Chartres, et de ses deux cousins, c'est avec la ferme intention de "voir la bagarre de près". Celle-ci a été déclenchée quatre mois plus tôt, lorsque le général confédéré (sudiste) Pierre de Beauregard fit donner l'artillerie contre Fort Sumter, un bastion fédéral (nordiste), rapidement contraint à la reddition. La Civil War, la guerre civile américaine, venait d'éclater. Elle durera quatre ans : une guerre terrible, la première "guerre moderne" par son ampleur (voir page plus bas) et l'expérience de la mort de masse (620 000 morts, soit 2 % de la population des Etats-Unis, qui comptent alors 31 millions d'habitants). 
  Moins d'un mois après leur arrivée, le comte de Paris et le duc de Chartres sont admis dans l'armée du Potomac, comme officiers à l'état-major du général McClellan. Ils ont alors une pensée émue pour leur grand-père, qui s'était distingué dans les armées républicaines en 1792 et 1796. Mais les six premiers mois sont trop statiques à leur goût. Leur participation à une grande offensive amphibie de 120 000 hommes, en mars 1862, sonne comme une délivrance. De courte durée. Car la confusion et les hésitations de leur chef donnent l'ascendant psychologique aux sudistes, galvanisés par des raids audacieux. Trois mois plus tard, les deux frères se félicitent de se jeter à nouveau au coeur de la bataille des Sept Jours. Le général McClellan ne tarira pas d'éloges sur ses recrues françaises, "de chics types et de remarquables soldats". 
  Officier d'élite, Louis-Philippe d'Orléans est un observateur aigu de l'Amérique. Si les aspects militaires - la levée en masse de volontaires, les effets dévastateurs de nouvelles armes, le ravitaillement, l'usage de la cavalerie - retiennent d'emblée son attention, c'est souvent comme point de départ de développements plus généraux. Le débraillé des soldats qui ne savent pas tenir leur fusil, l'amateurisme folklorique des Garibaldi guards, volontaires d'origine italienne et espagnole ? On pourrait le reprocher à l'Américain, note-t-il, "mais pas moi, car c'est le produit de son indépendance, de son énergie individuelle". Le comte de Paris est bon prince. Cultivé, ouvert, c'est un authentique libéral, un Orléans pur jus. Et, lorsqu'il condamne l'esclavage, ce n'est pas tant au nom de la morale que de l'efficacité économique. 
  A la lecture de ce récit, on ne peut s'empêcher d'évoquer les deux tomes de De la démocratie en Amérique, d'Alexis de Tocqueville, parus en 1835 et 1840 : souci de la description, doute méthodique, finesse d'esprit. Dans l'entourage du jeune prince, le gentilhomme normand était d'ailleurs l'exemple à ne surtout pas suivre. Depuis son voyage outre-Atlantique, "M. de Tocqueville s'est faussé l'esprit [...] et son jugement était constamment en défaut", se lamentait le comte de Ségur, en apprenant le départ de l'héritier du trône pour le Nouveau Monde. 
  Ce brigadiste international avant l'heure n'a pas craint de déplaire, rappelle Farid Ameur, le jeune historien qui a exhumé, annoté et commenté ce témoignage majeur, avec le soutien de la fondation Saint-Louis, détentrice des archives royales. En France, les légitimistes du comte de Chambord, meilleurs ennemis des Orléans, et Napoléon III, soutiennent le Sud. Pour des raisons divergentes : les premiers veulent le maintien d'un système, tandis que l'empereur, satisfait de voir les Etats-Unis coupés en deux, rêve de vastes échanges commerciaux avec le premier producteur mondial de coton. A l'étranger, les commentaires ne sont pas plus amènes. Si la presse américaine est partagée, le roi des Belges, leur oncle, est furieux, et la reine Victoria, consternée. Même Karl Marx s'en mêle : "Tout Français qui tire l'épée pour le gouvernement national américain apparaît comme l'exécuteur testamentaire de La Fayette." 
  Lorsque le comte de Paris quitte l'Amérique, en octobre 1863, la guerre est à un tournant. Après la terrible bataille de Gettysburg (plus de 50 000 morts), les Nordistes marquent chaque jour des points. Mais les confédérés résistent et ne signeront leur reddition que le 9 avril 1865. Cinq jours avant l'assassinat du président qui avait été élu pour mener cette guerre, et qui l'a gagnée : Abraham Lincoln. 
 

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