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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 09:47

Demain, nous fêterons Jeanne d'Arc...   

Demain matin, vers 10 heures, nous serons nombreux devant la statue de la place des Pyramides à célébrer la fête nationale de Jeanne d'Arc et à rendre hommage à la protectrice de notre indépendance et de nos libertés. Jamais depuis des années les circonstances n'auront donné à cette journée patriotique une signification plus profonde et plus positive.

L'Europe supranationale, cette Europe allemande, atlantiste et capitaliste que nous combattons depuis toujours, ne s'est jamais aussi mal portée. L'euro, son instrument de contrôle et de domination, semble condamné et les institutions de cette "mauvaise Europe" tournent désormais à vide. La super-puissance américaine vacille, son modèle économique et culturel est contesté, de nouvelles puissances apparaissent. En Amérique latine, en Asie, dans le monde arabe, les nations se réveillent, secouent leurs jougs et mettent en échec les vieilles républiques claniques et les oligarchies mondialisées.

La France, libérée du carcan européen, aura demain toute sa place dans ce nouveau concert des nations. Débarrassé des mauvaises élites auxquels il ne fait plus confiance, le peuple français peut retrouver le goût de ces grands projets, de ces grandes aventures industrielles, de ces grands desseins spirituels qui ont longtemps été le ferment de son histoire. Une renaissance française est possible. Les premiers signes de ce changement sont apparus en 2005 lorsque les Français ont eu le courage de rejeter le mauvais traité qu'on voulait leur imposer. Les progrès sont encore timides et il y faudra du temps. Mais, comme en 1918, comme en 1944, comme en 1958, le vent qui s'est levé est pour nous. Il souffle désormais dans notre sens.

Ces pensées constructives seront dans nos coeurs demain, devant Jeanne d'Arc. Nulle doute qu'elle ne les comprenne, car cette sainte est aussi une guerrière, et elle sent d'instinct les moments où la France va se reprendre, se ressaisir et repartir au combat. Ce sera l'occasion d'associer à la mémoire de Jeanne celle de Maurice Barrès. De notre Barrès. Celui qui, le 24 décembre 1914, trois mois après cette belle victoire de la Marne où il vit la main de Jeanne, monta à la tribune de la Chambre pour défendre l'union sacrée et l'idée d'une fête nationale consacrée à la sainte de patrie. Nous redonnons ci-dessous l'intervention de Barrès, superbe morceau d'émotion contenue et d'éloquence française.

On notera que, malgré Rouen, malgré le procès et le bûcher de Jeanne, Barrès y exalte l'alliance franco-britannique, rappelant - comme l'avait fait quelques mois auparavant Rudyard Kipling dans son poème pour la France - que l'histoire avait effacé le passé et qu'une amitié "impérissable" accomplissait désormais le dessein de Jeanne. Cette belle amitié franco-anglaise qui s'est encore manifestée avec ferveur la semaine dernière à l'occasion du mariage princier.

Mais il faudra attendre encore près de six ans, le 14 juillet 1920, pour que la République adopte la "loi Barrès" et qu'elle accepte enfin qu'on célèbre officiellement Jeanne le deuxième dimanche de mai. C'est pourquoi nous célébrerons aussi demain la mémoire de la poignée de dissidents qui, de 1909 à 1920, pendant plus de 10 ans, en dépit de la République, bravant la loi, et la justice, faisant front face à la police, maintint par tous les moyens illégaux le cortège d'honneur pour Jeanne d'Arc .

Demain, nous honorerons les mémoires de Charles Maurras, Léon Daudet, Henri Vaugeois, Maurice Pujo, Léon de Montesquiou, Lucien Moreau, Robert de Boisfleury, Henri Lagrange, Bernard de Vésins, Maxime Réal del Sarte, Henry des Lyons, Marius Plateau, Maurice d'Auvergne, Pascal le Quen d'Entremeuse, Lucien Lacour, Gabriel de Baleine, Octave de Barral, Jean Dorange, Guy de Bouteiller, Armand du Tertre, Léon Guéraud, Lucien Martin, Louis Sousportes... et de quelques dizaines d'autres.

Nous rendrons hommage au petit groupe d'hommes libres qui, il y a un siècle, imposa à la République, au prix de dix mille jours de prison, le culte de la Sainte de la Patrie.

La Revue Critique.

  camelots du roi 4
Paris - Fêtes de Jeanne d'Arc : les comités directeurs de l'Action française

 

Barrès et le combat pour Jeanne d’Arc

Maurice Barrès déposa le 22 décembre 1914 une proposition de loi faisant du deuxième dimanche de mai le jour de la fête nationale de Jeanne d’Arc. Voici le texte de l’intervention qu’il avait préparé :

 Il y a longtemps que nous aurions du nous parer, davantage, de Jeanne d'Arc, la mettre au-dessus de nos partis et la glorifier, chaque année, dans une journée nationale, comme la sainte de la patrie et la fleur de notre sang.

Nous le désirions tous. On sait de quel culte la pensée française, la plus populaire et la plus savante, entoure la Jeune Fille de Domrémy. Dès 1884, deux cent cinquante députés de tous les bords, sur l'initiative d'un radical, M. Joseph Fabre, proposaient à la Chambre que « la République française célébrât annuellement la fête de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme. » En 1894, la proposition revenait, et appuyée par le Gouvernement, fut votée par le Sénat. En 1912, M. Poincaré, président du Conseil, déclara que le Gouvernement était favorable, et la Chambre, ayant nommé une Commission, la quasi-unanimité, soit dix membres sur onze, conclut à l'institution de cette fête nationale.

Alors, pourquoi ces lenteurs, et comment depuis trente années l'opinion publique n'obtient-elle pas cet acte de foi et d'amour qu'elle nous réclame, cette union solennelle autour de la plus pure des gloires?

J'écarte les petites explications tirées de l'esprit ombrageux des partis, et, allant droit au centre de nos difficultés, je crois pouvoir dire que par une sorte d'instinct nous attendions, tous, une occasion parfaite. Ce n'était pas ingratitude, ni indifférence, mais scrupule de respect. Nous attendions d'être plus sûrs de notre accord profond les uns avec les autres, et de notre accord avec cette haute figure. Quelque chose nous avertissait de ne pas nous presser et qu'une heure élue sonnerait, une de ces heures magnanimes qui portent en elles la vertu de hausser tous les esprits et de réconcilier les cœurs.

Elle est venue, cette heure victorieuse,

Soudain nous avons ou la séance parlementaire du 4 août, le pacte de l'union sacrée, la mobilisation, ardente et bien ordonnée, comme le Chant du Départ, et puis par milliers ont éclaté sur tous nos champs de bataille ces actes d'héroïsme et de sacrifice dont les mises à l'ordre du jour de l'armée ne nous peuvent garder qu'une faible partie. L'envahisseur qui déjà croyait se saisir de la France est arrêté, repoussé par la victoire de la Marne, pareille et supérieure à ces trois jour- nées de Bouvines, de délivrance d'Orléans et de Denain, qui par trois fois, jadis, nous sauvèrent, et demain la nation achèvera de bouter dehors l'étranger.

C'est l'éternel miracle français, le miracle de Jeanne d'Arc. Hier, nous semblions capables de le commenter et de l'admirer, mais non de le renouveler. Aujourd'hui, les trésors de la race apparaissent, les sources souterraines se sont mises a jaillir, les plus belles vertus refleurissent et toutes les ailes se déploient. Jeanne d'Arc est éternelle». La vierge d'Orléans, le Phénix des Gaules, renaît de ses cendres. Saisissons celte minute sacrée.

Toutes les conjonctures et nos alliances même sont propices. Hier, le poète national anglais Rudyard Kipling, dans son magnifique poème à gloire de la France, chantait: « Nous nous pardonnons nos torts réciproques et le vieux crime impardonnable, le péché dont chacun de nous eut sa part, sur la place du Marché, de Rouen » Mais il y a plus : Jeanne d'Arc voulait que nous pussions collaborer. Il faut rappeler aujourd'hui que le rêve de la généreuse fille était, une fois la France délivrée et la paix faite, de chevaucher avec les Anglais eux-mêmes pour la défense de la chrétienté. Elle le leur écrivait. Sa mission complète, c'était de défendre avec les Anglais la civilisation, Et quand il semble que nous soyons en train, Anglais et Français étroitement unis par les liens d'une impérissable amitié, d'accomplir la pensée totale de Jeanne d'Arc, n'est-ce pas l'instant de glorifier en Elle le courage de nos soldats, de proclamer par Elle notre puissance vivace de résurrection, et do définir par Elle encore la magnanimité de notre génie militaire ?

La vierge guerrière qui nous ouvre le chemin par chasser l'envahisseur, montre en même temps à l'univers le visage héroïque et bienveillant de la vaillance à la française. C’est bon aux Allemands, s'ils veulent exalter les vertus qui les ont faits grands et qui peuvent les faire plus grands, d'aller chercher des modèles dans le fond des époques barbares. Ils ont installé l'effigie du roi des Vandales sous leur temple du Walhalla, dédié aux héros qu'ils jugeaient dignes de provoquer leur enthousiasme et de former leurs âmes. Leurs savants depuis un siècle recueillent toutes lés épaves des races païennes, tous les héros, tous les dieux qui sont des conseillers de massacre et de pillage, et s'efforcent pédantesquement de les introduire au fond de la conscience nationale de Germanie. Et si l'on veut comprendre ce que signifient ces appels constants et monotones de Guillaume II a son « vieux Dieu », il faut savoir que ce « vieux Dieu », dont l'usage, nous dit-on sans rire, est spécialement réservé à l'empereur, n'est rien moins que le dieu Odin, le Père universel qui, dans le brouillard du Nord, entouré des Vierges Sanglantes, préside à des tueries indéfinies, mêlées d'affreuses ivrogneries. Ah ! la Belgique et nos provinces envahies attestent à l'univers ce que sait faire un peuple formé dans une admiration religieuse pour les plus effroyables scènes de l'humanité primitive et qui fait d'une mythologie féroce ses grands textes sacrés.

Mais les armées de la France vont à la guerre, aujourd'hui comme toujours, avec les sentiments d'héroïsme généreux qui animaient la chevaleresque Jeanne d'Arc. Nous portons en nous son exemple, et, fût-ce à notre insu, les impulsions mêmes qui l'avaient mises en mouvement, Quand les Allemands déifient la déloyauté et la cruauté, et quand, justifiés par leur idéal, ils projettent d'écraser les faibles et d'asservir le monde, groupons- nous autour d'une vierge toute faite de vaillance, de bonté, de droiture et de sacrifice, pour proclamer d'une voix unanime, Français de tous les partis, que le propre de la puissance est de délivrer et de protéger.

Tel serait le sens d'une fête nationale de Jeanne d'Arc. En conséquence, nous avons l'honneur de reprendre, pour le soumettre à la Chambre, le texte qui, dès le 8 juin 1894, avait été adopté par le Sénat, et qui propose que la République française célèbre chaque année, au deuxième dimanche de mai, la fête de Jeanne d'Arc, fête du patriotisme.

 En faveur de cette proposition, Barrès reçut, dès la première heure, le soutien de nombreux parlementaires patriotes, de droite comme de gauche. Mais le souvenir des affrontements politiques et religieux des années 1900 à 1912 continuait à marquer les esprits et il fallut attendre 1920 et la Chambre Bleu horizon pour que la loi Barrès soit votée.


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