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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 21:14
John-Antoine Nau
(1860-1918)
 
John-Antoine Nau, de son vrai nom Eugène Torquet, nait de parents français à San Francisco le 19 novembre 1860. Sa famille était originaire de Bolbec, en Normandie. Il arrive en France très jeune, avec sa mère, restée veuve. Il fait ses études au lycée du Havre puis à Paris. Dès 1881, il s’embarque comme timonier à bord d’un voilier pour les Antilles et Haïti. Rentré en Europe en 1886, il commence une existence errante qui durera trente-deux ans et le mènera à Malaga, aux Canaries, aux Baléares, en Corse, dans le midi de la France, en Espagne et en Algérie. Il reçoit en 1903 le premier prix Goncourt pour son roman Force ennemie. Il meurt à Tréboul (Finistère, le 17 mars 1918. Il a collaboré aux Ecrits pour l’Art, à la Revue Blanche, à la Plume, à Vers et Prose, et à La Phalange.
John Antoine Nau est l'un des poètes les plus neufs de sa génération. Il a découvert un symbolisme nouveau : celui de la couleur. Et la couleur chez lui est une musique. Jean Royère, son biographe et son annonciateur, à qui l'on doit la publication de ses œuvres posthumes, le considère comme un créateur au moins égal à Baudelaire. « S’il y a un lyrisme aux épices et un exotisme vanillé, dit Henri Clouard, c’est bien la poésie de Nau qui en porte la cargaison ».
 
Au seuil de l'Espoir (Vanier, 1897); Hiers bleus (Messein, 1904); Vers la fée Viviane (La Phalange, 1908); En suivant les goélands (G. Crès, 1914); Poèmes triviaux et mystiques (Messein, 1924).
 
 
 
Sur l'arc vert...
 
Sur l’arc vert de la plage apaisée
Où le matin mélodieux descend,
Ta maison pâle entre les palmes balancées
Est un sourire las sous un voile flottant.

Ces longs stores sont des paupières affligées;
Des fleurs se meurent dans la nuit des banyans,
Des fleurs du violet velouté si souffrant
De tes doux yeux couleur de pensée.

Ces lourds parfums égarants, confondus,
Des bosquets fragrants comme des temples d’Asie…
… Brouillards embaumés sur l’horizon défendu ?

Est-il vrai qu’il soit cruellement revenu,
Cédant à quelque nostalgique fantaisie,
Trop tard, le trop aimé que tu n’attendais plus ?
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), Hiers bleus (1904)
 
 
La goélette
 
La femme rude, à l'air hagard, aux yeux meurtris,
Qui regarde, penchée à sa haute fenêtre,
Le port, gouffre étroit dans les rocs fauves et gris,
Puis le ciel floral où des étoiles vont naître,
L'exquis et triste vol des goélands dans l'air,
Le doux adieu lilas des falaises voisines,
Les clochers roses qui veillent sur les collines.
Et la ville, au grand jour dure neige de pierre,
Qui darde maintenant sa flèche incarnadine
Vers les nuées où glissent des formes changeantes,

La femme navrée aux prunelles expectantes
Dont le regard, obstinément revient au port,
Ne voit plus, sur les courtes vagues mutinées,
La noire goélette roulant bord sur bord
Ou se cabrant en virevoltes forcenées,
Comme prête à briser la chaîne qui la tient
Mouillée à l'abri des récifs grondants, mais bien
Une âme sombre qui bondit, emprisonnée.
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), Vers la Fée Viviane (1908).
 
 
Plages
 
Il en est d'un blanc pur, brillant, presque argenté;
J'en sais d'un noir roux de feu mort,
Enfers près des candeurs mourantes des jetées;
J'en sais d'or — et d'ajoncs — sous le ciel vert du Nord,
Bosquets nains, micacés par les vagues heurtées.

Et la plage rose, à l'aube incarnat,
Parterre en sable fin, je la suis comme en rêve,
Longue, longue, sous le ciel de grenats !
Et les bulles d'écume en pâles rubis crèvent
Sur la douceur florale de la grève,
Sur la plage rose à l'aube incarnat.

D'autres s'incurvent sous l'enlacement des branches
Flagellées par le vent salin, —
— Dansez, feuilles et fleurs, aux plis des mousses blanches! -
Frigide, un autre dort sous un ciel hyalin,
Dans les parfums brefs, sous les bises franches.

Et la lointaine, si voilée au crépuscule, —
Dont le fier horizon strié d'or violet
S'apaisait lentement sous des brumes de tulle,
La rouge où le sang du soleil coulait,
La blonde où la grotte ouvrait un mauve palais, —
Et la lointaine, si voilée au crépuscule!

J'en sais une douce et tiède, un miroir
De rêves gris et de mélancolies,
Où de tristes beaux yeux se mirèrent un soir
Et qui reflète un si douloureux désespoir
Dans les vagues remous de ses nacres pâlies !
 
     
 
John-Antoine Nau. (1860-1918), En suivant les Goélands (1914)
   
 

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