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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 19:42
Main basse sur le nucléaire
 

M. Proglio n'a aucun état d'âme et pourquoi d'ailleurs en aurait-il ? En prenant mercredi dernier la direction d'EDF, il a mis toutes ses cartes sur la table, en veillant à bien cibler chacune de ses annonces. Aux cadres du groupe, demandeurs de changement, il a promis du sang neuf à la tête de l'état major d'EDF, où l'on s'attend à l'arrivée de transfuges du privé (et bien évidemment de Véolia). Aux syndicats, et en premier lieu à la CGT dont il s'est assuré la neutralité, il a promis un plan d'embauche et une grande vigilance sur l'ouverture à la concurrence du marché de l'électricité, ce qui ne constitue au demeurant  qu'un demi-engagement, dans la mesure où ces décisions relèvent de Bruxelles et de l'Etat. En direction de l'Elysée et des actionnaires, il a confirmé sa  volonté d'oeuvrer à un rapprochement EDF-Veolia, même si ce chantier a été prudemment relégué dans les perspectives à long terme. "Je ne veux pas qu'on s'imagine que je suis allé chez EDF pour cela..." s'est empressé de préciser M. Proglio. Qui donc pourrait avoir d'aussi noires pensées ?

Mais ce sont surtout ses déclarations sur le nucléaire qui ont retenu l'attention. Là encore, M. Proglio n'y va pas par quatre chemins. Selon lui, le nucléaire c'est d'abord un marché, et un marché porteur, où la France n'occupe pas toute sa place. Parce qu'EDF, rajoute-il, n'y joue pas suffisamment son rôle de leader mondial et qu'on a eu tort de confier le pilotage de la filière française à un industriel spécialisé, Areva. Le débat n'est pas neuf et l'histoire du nucléaire français est faite depuis vingt ans d'une suite de batailles entre le groupe électricien et les industriels, désormais regroupés derrière Mme Lauvergeon et son entreprise. Il est logique que M. Proglio reprenne dans ce domaine les postures de ses prédécesseurs, comme il est logique qu'Areva défende la stratégie qui a présidé à sa création.

Il est toutefois permis de penser que les arguments de M. Proglio ne sont pas les meilleurs, et qu'ils relèvent même d'une vision dépassée des grands marchés d'équipement: quel pays, désireux de s'équiper en nucléaire, accepterait aujourd'hui de mettre tous ses oeufs dans le panier d'EDF ? à peu près aucun. On peut également penser que le rôle premier d'EDF n'est plus de jouer les "champions" nationaux, mais de fournir aux Français l'électricité dont ils ont besoin, à un prix raisonnable, dans de bonnes conditions de fiabilité et de sûreté, et en développant autant que possible les énergies renouvelables. Ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.

Mais les motivations de M. Proglio sont-elles vraiment celles là ? Ne sont elles pas plutôt à rechercher, comme le suggéraient certains commentateurs économiques, du côté de GdF-Suez ? On sait en effet que le concurrent historique de Véolia pèse maintenant d'un certain poids sur le marché de l'énergie et qu'il a de sérieuses ambitions dans le nucléaire, en France et en Europe. D'ici à voir dans l'attitude de M. Proglio le souci de protéger son pré carré et d'éliminer un concurrent dangereux pour le futur attelage EDF-Véolia, il n'y a qu'un pas. Tout cela ne serait donc qu'une nouvelle querelle des "marchands d'eau" ? Après tout, pourquoi pas. Dans le paysage industriel sarkozien, le pire est souvent le plus sûr.

Le gouvernement cherche à éviter que le conflit EDF-Aréva ne s'envenime. Le Premier ministre, en visite jeudi sur le chantier de l'EPR de Flamanville, en présence des deux protagonistes, Mme Lauvergeon et M. Proglio, a rappelé que le leader naturel de la filière nucléaire française, c'était l'Etat. Quant à Mme Lagarde, qui ne porte pas dans son coeur M. Proglio, elle a martelé, sous forme de rappel à l'ordre, qu'EDF devait d'abord s'occuper de ses affaires et en premier lieu de la sûreté et la performance de ses installations. Il y a toutefois fort à parier que le nouveau président d'EDF n'en restera pas là et qu'il repartira en campagne. Ses ambitions ne se limitent pas à une sage gestion d'EDF. Il y a dans le contrôle du nucléaire français des jeux de pouvoir qui vont très loin, bien au delà des intérêts du service public et de ceux de la la Nation. L'affaire Proglio ne fait que commencer et le pouvoir actuel peut y jouer son avenir.


Hubert de Marans.


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Hubert de Marans - dans Politique
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