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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 00:34
Annonces à blanc
 
Avec M. Sarkozy, un clou chasse l’autre. L’affaire Woerth/Bettencourt a-t-elle pris ses quartiers d’été que l’on reparle de M. Proglio et des intentions équivoques du pouvoir vis-à-vis d’EDF et de la filière électronucléaire française.
On connait nos soupçons. Ils ne se limitent pas, loin s’en faut, à la situation personnelle de M. Proglio et aux avantages qu’il aurait pu tirer de son double salaire à la tête d’EDF et de Veolia, péché somme toute assez véniel en Sarkozie. Ils se situent à un tout autre niveau : il existe un risque sérieux que les amis du pouvoir et les groupes privés de services urbains mettent la main sur l’ensemble de notre filière énergétique. Ces manœuvres ont  commencé bien avant l’arrivée de M. Proglio à la tête d’EDF. Elles datent très précisément de la prise de contrôle de GDF par Suez-Lyonnaise, opération initiée par M. Sarkozy lorsqu’il trônait à Bercy et achevée dès le début de son règne. C’est après et seulement après que la main est passée à Veolia, avec l’arrivée à la tête de l’électricien national de M. Proglio et de la quasi-totalité de ses anciens collaborateurs de la rue d’Anjou. La nouvelle équipe d’EDF n’a d’ailleurs pas mis beaucoup de temps à abattre ses cartes en revendiquant le contrôle de l’ensemble de la filière nucléaire, la mise sous tutelle d’AREVA – qui avait eu la mauvaise idée de prendre des accords avec Suez, concurrent d’EDF, sur le marché européen – et si possible sa fusion avec Alstom, troisième larron stratégique de la filière. Tout cela s’était terminé par une brouille mémorable à l’hiver 2009 entre Henri Proglio et Anne Lauvergeon, la bouillante présidente d’AREVA, et un appel à l’arbitrage de l’Etat. MM. Sarkozy et Fillon avait promis de s’exprimer sur le sujet à l’été.
Lorsque l’Elysée annonça il y a quelques jours qu’un « conseil de politique nucléaire » se tiendrait le 27 juillet, on pouvait légitimement craindre le pire. On savait M. Sarkozy pressé d’en finir avec un dossier nucléaire qui risque de ne pas être ficelé comme il le souhaite avant les échéances de 2012. Le rapport commandé par le gouvernement à François Roussely, ancien PDG d’EDF sous Mitterrand, avait également de quoi émouvoir. Ne parlait-on pas d’une entrée en force d’EDF au capital d’AREVA et d’une privatisation à terme de l’ensemble de la filière ? De quoi commencer à inquiéter des syndicats et des partis de gauche, bien discrets jusqu’à présent sur M. Proglio et ses projets. Il est vrai que notre homme a acquis beaucoup d’entregent lorsqu’il dirigeait Veolia et qu’il dispose de réseaux efficaces !
Au final, l’affaire accouche une fois encore d’une souris, voire d’une demi-souris. Si EDF est consacré « architecte ensemblier » du nucléaire français, en particulier sur les marchés à l’export, sa prise de participation dans AREVA ne dépassera sans doute pas 10% et évitera surtout à l’Etat de sortir de l’argent frais pour recapitaliser sa filiale. Mme Lauvergeon ne figurera pas, en tous cas dans l’immédiat, au tableau de chasse de M. Proglio, même si ses griffes sont un peu rognées. Le vrai vainqueur de cette journée de dupes, c’est une fois de plus Bercy qui évite des décisions à l’emporte-pièce et gagne du temps.
Les perdants, en revanche, ce sont une fois de plus les Français. Les sommes qu’EDF va  investir dans AREVA auraient sans doute été bien mieux placées dans le renouvellement du parc français, le renforcement de sa sécurité et le développement d’énergies alternatives au nucléaire ou au pétrole. La seule logique qui prévaut désormais dans ce dossier est la défense de nos positions sur les marchés étrangers, intention louable mais qui ne résume en rien les enjeux énergétiques de la France d’aujourd’hui et ceux de demain. Une fois de plus nos intérêts à long terme sont sacrifiés à des impératifs essentiellement marchands et contingents. Si l’affaire Proglio n’a finalement pas connu les développements que l’on craignait, elle est loin d’être encore terminée. Restons vigilants.
Hubert de Marans.

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