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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 23:42
Un coin du voile ...
 
Mme Lauvergeon n'a pas la réputation de parler à la légère ni de s'aventurer dans des combats perdus d'avance. Dans l'entretien qu'elle a donné hier au Monde [1], elle monte à nouveau au créneau, arguments à l'appui, contre ceux qui essaient aujourd'hui de salir sa réputation et qui l'ont évincé en juin dernier de la présidence d'Areva. Les gazettes gouvernementales avaient parlé de "différents stratégiques" avec le pouvoir et "d'incompatibilité d'humeur" avec Henri Proglio, le président d'EDF. Les choses sont en réalité infiniment plus simples, elles sont aussi beaucoup plus graves, l'argent et l'affairisme y ont une grande part et l'on retrouve à nouveau derrière ce dossier toute la fine fleur de la Sarkozie.
Mme Lauvergeon confirme les soupçons que nous avions exprimés ici même [2]. M. Proglio a pris ses fonctions à la tête d'EDF avec une feuille de route parfaitement définie : mettre la main sur la filière nucléaire, démanteler Areva, en récupérer les meilleurs morceaux et notamment son activité réacteurs et en faire une source de revenus juteux pour EDF à l'export. On n'a pas pardonné à l'ex-patronne d'Areva de s'être opposé à cette "vision commerciale du nucléaire" et d'en avoir dénoncé les risques pendant près de deux ans. On ne lui a pas pardonné non plus d'avoir refuser de vendre à certains pays des installations "à bas coût et à basse sûreté", parce que l'on ne plaisante pas avec la sûreté nucléaire. Cette opposition lui a même valu sa place. La catastrophe de Fukushima s'est pourtant chargée depuis de lui donner raison !
Mais Mme Lauvergeon a la rancune tenace. Elle ne se contente pas d'expliquer les mobiles de son renvoi, elle donne aussi les noms de la petite clique qui l'a poussée vers la sortie. A la question "Qui vous en voulait tant ?", elle répond :
 
J'ai catalysé la foudre divine ! Tous ceux qui s'opposaient à ces opérations commerciales devaient disparaître. Je dois dire que François Fillon n'a jamais soutenu cette politique. Elle était menée par Claude Guéant, alors secrétaire général de l'Elysée, relayée par François Roussely ex-patron d'EDF, banquier conseil des Qataris et d'EDF, et chargé par le chef de l'Etat d'une mission pour restructurer la filière nucléaire, et par Henri Proglio. J'ai dérangé des intérêts de toute nature, des réseaux et des intermédiaires dont je ne soupçonnais même pas l'existence il y a quelques années.
 
La foudre divine ? Roussely ? Les Qataris ? Guéant ? Des intérêts de toute nature ? Des réseaux et des intermédiaires insoupçonnables ? C'est ou trop dire ou pas assez. Mme Lauvergeon ira-t-elle plus loin dans les prochaines semaines ? Se contentera-t-elle de menacer ? Il y a là en tous cas un faisceau de présomptions qui peuvent intéresser la justice et la presse, à supposer que l'une et l'autre soient libres d'agir. Mme Lauvergeon déclare "apprécier" François Hollande. Attend-t-elle une éventuelle alternance pour en dire plus ?
Une chose est certaine : l'affaire Proglio continue et elle risque de peser lourd dans le bilan du règne actuel.
Henri Valois.
 

[1]. Anne Lauvergeon, "J'ai dérangé des intérêts et des réseaux." Le Monde du 10 février 2012. 
[2]. Voir nos précédents articles sur l'Affaire Proglio, La Revue Critique des 24 octobre 2009, 14 novembre 2009, 27 novembre 2009, 10 décembre 2009, 28 janvier 2010, 29 juillet 2010.
 

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