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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 22:45
L'invention de la France
Atlas anthropologique et politique
 
de Hervé Le Bras et Emmanuel Todd
Mis en ligne : [28-05-2012]
Domaine : Idées 
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Hervé Le Bras, né en 1943, est démographe. Directeur d'études à l'Institut national d'études démographiques (INED), enseignant à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il est un de nos meilleurs spécialistes en histoire sociale et en démographie.

Emmanuel Todd, né en 1951, est politologue, démographe, historien et sociologue. Il a récemment publié :  L'illusion économique (Gallimard, 1998), Après l'empire (Gallimard, 2002), Après la démocratie (Gallimard, 2008), L'origine des systèmes familiaux. (Gallimard, 2011). 
 

Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, L'Invention de la France. Atlas anthropologique et politique. Paris, Gallimard, février 2012, 517 pages.

 
Présentation de l'éditeur.  
Une conviction cheville cet atlas : la nation française n'est pas un peuple mais cent, et ils ont déridé de vivre ensemble. Du nord au sud, de l'est à l'ouest de l'Hexagone les mœurs varient aujourd'hui comme en 1850. Chacun des pays de France a sa façon de naître, de vivre et de mourir. L'invention de la France cartographie cette diversité en révélant le sens caché de l'histoire nationale : hétérogène, la France avait besoin pour exister de l'idée d'homme universel, (lui nie les enracinements et les cloisonnements ethniques. Produit d'une cohabitation réussie, la Déclaration des droits de l'homme jaillit d'une conscience aiguë mais refoulée de la différence. La culture est mouvement, progrès, diffusion, homogénéisation bien sûr, mais de nouvelles différences apparaissent sans cesse, aujourd'hui maghrébines, africaines ou chinoises. Il ne saurait donc y avoir de retour à une homogénéité perdue, parce que cette homogénéité n'a jamais existé. Les défenseurs autoproclamés de l'identité nationale ne comprennent pas l'histoire de leur propre pays. Ils sont aveugles à la subtilité et à la vérité du génie national. L'effondrement du catholicisme puis celui du communisme ont engendré un vide religieux et idéologique qui a fini par couvrir tout l'Hexagone. Cette nouvelle homogénéité par le vide explique l'apparition, parmi bien d'autres choses, dans un pays où les Français classés comme musulmans ne pratiquent pas plus leur religion que ceux d'origine catholique, protestante ou juive, d'une islamophobie laïco-chrétienne, qui prétend que la seule bonne façon de ne pas croire en Dieu est d'origine catholique. L'abysse métaphysique de notre actuel moment politique trouve ici sa source.
   
Recension de Valérie de Senneville. - Les Echos, 27 février 2012.
L'illusion identitaire. Le propos. Ceci n'est pas une nation. L'ouvrage d'Emmanuel Todd et d'Hervé Le Bras « L'Invention de la France » est un peu une paraphrase de ce célèbre tableau de Magritte « Ceci n'est pas une pipe », représentant... une pipe. Bien sûr, il ne vient pas à l'idée des deux démographes de contester l'idée de la nation française, mais plutôt de mettre en doute son homogénéité. « La nation française n'est pas un peuple mais cent », écrivent-ils dans la présentation de cette photographie de la France. Déjà, en 1981, dans la première édition de leur étude, ils démontraient, cartes à l'appui que, malgré la société industrielle et une forte concentration administrative, la France conservait une grande diversité et était une exception en Europe. La France est multiple et a dû « s'inventer » en tant que nation. Ils ajoutent ici un chapitre plus politique que démographique visant à allumer un contre-feu aux inventeurs de « l'identité nationale ». Mais ils le font en chercheurs anthropologues, non en politiques. Des cartes montrent la persistance des différences. Rien, ou presque, n'a changé au niveau anthropologique entre 1820 et aujourd'hui. Edifiant.

L'avis de Paul Gilbert. - La Revue Critique des Idées et des Livres
Hervé Le Bras et Emmanuel Todd poursuivent leur enquête passionnée sur la nation la plus étrange d'Europe, la nôtre. En publiant en 1981 la première édition de cet ouvrage, les auteurs avaient retrouvé les interrogations de Taine et de Renan, un siècle plus tôt : à quel miracle doit-on l’invention de la France ? Selon quel long processus, cent peuples, cent cultures, cent langues, cent histoires diverses ont-ils pu donner naissance à une des puissances les plus solides d’Occident ? Pourquoi, dans un monde qui s’uniformise, la France garde-t-elle au fond d’elle-même autant de variété, sans jamais pourtant se défaire ? Ces questions, Todd et Le Bras continuent à les approfondir, aujourd’hui comme il y a trente ans. La livraison 2012 de leur Invention de la France est du meilleur cru. Elle fourmille de données, de chiffres, de cartes et d’analyses qui sont autant de confirmations de cette diversité française, solide et vivace. Tous ceux qui pensent – comme nous le pensons ici – que la France ne peut pas se résumer à une idée, qu’elle ne se réduira jamais à cette triste République « une et indivisible » qui hante nos constitutions et nos manuels d’histoire, que cette pluralité fait sa force et sa richesse, y trouveront de nombreux motifs d’encouragement et d’espoir. Ils y trouveront aussi beaucoup d’intuitions justes et des passages admirables de vérité comme celui qui suit : "La carte idéologique de la France révèle que le négatif doctrinal du communisme n'est pas le libéralisme ou un quelconque fascisme, mais le catholicisme. Jamais (à l'exception de trois départements) les zones de forte pratique religieuse et d'implantation communiste moyenne ou forte ne se recouvrent. Il existe entre communisme et catholicisme un rapport de répulsion. Cette carte est une confirmation empirique de la pensée contre-révolutionnaire française, qui estime, à la suite de Joseph de Maistre, que la Révolution (et sa prolongation idéologique dans le communisme) est moins un phénomène de lutte de classes qu'un conflit de nature métaphysique entre ceux qui croient au paradis après la mort et ceux qui croient au paradis sur terre, entre les partisans de la cité de Dieu et ceux de la cité du Soleil. Le communisme, c'est avant tout, comme la religion, un rapport à l'au-delà." Voilà un beau livre, écrit par deux hommes de grand talent, de vaste culture et qui partagent à l’évidence une même passion pour la France. Deux auteurs également soucieux de porter leurs analyses et leurs réflexions dans le champ politique. On lira avec intérêt les pages qu’ils consacrent à la montée du vote Front National, en particulier dans les régions du nord et de l’est. Prenant le contrepied de certaines enquêtes d’opinion qui laissent entendre que la géographie frontiste serait celle de l’ancien électorat ouvrier ou des conflits liés à l’immigration, le démographe et le sociologue mettent surtout l’accent sur la rupture du lien social, du système familial et des relations de voisinage. De la même façon, à rebours des discours officiels d’une certaine droite, ils insistent sur l’étonnante vitesse d’intégration d’une grande partie de la jeunesse issue de l’immigration. Voilà des données qu’un gouvernement sans tabou idéologique, soucieux du seul intérêt général, pourrait utilement exploiter. Analyse rigoureuse du présent, confiance en notre avenir, tels sont les principes que nous proposent Todd et Le Bras à l’issue de ce nouveau « tour de France ». C’est sans doute la méthode à suivre.

 

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