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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 00:02
La fin des dindons ?
 
Rien ne sera donc épargné à M. Guéant et aux dindons de la Place Beauvau ! Après les écoutes téléphoniques de la saga Bettencourt, après les "fadettes" de M. Squarcini, après l'affaire Hortefeux, voilà que remonte à la surface une nouvelle histoire de barbouzes qui en dit long sur les moeurs de la Sarkozie policière. Selon des sources concordantes, l'Inspection générale des services (IGS) est soupçonnée d'avoir truqué une enquête administrative afin de nuire à plusieurs haut-fonctionnaires de police proches du PS. L'affaire aurait débuté en janvier 2007, alors que l'actuel chef de l'Etat était encore ministre de l'intérieur. Elle se serait terminée, fin 2007, par la suspension des agents incriminés dont un des directeurs de la préfecture de police de Paris. La Justice vient de mettre ces fonctionnaires hors de cause et elle a trouvé dans cette histoire suffisamment de faits troublants pour ouvrir six informations judiciaires à l'encontre de l'IGS. Voilà qui nous promet un beau déballage !
Les premiers détails publiés par la presse sont accablants. Voilà qui n'est pas de nature à améliorer l'image des hommes et des services qui opèrent dans la proximité du pouvoir : mensonges, manipulations, procès-verbaux truqués, intimidations, méthodes de cow-boys, ou de voyous, comme on voudra... Il convient bien évidemment d'attendre les suites que les tribunaux donneront à tout celà mais si les faits sont avérés, nous sommes une nouvelle fois en présence d'une de ces histoires de pieds nickelés qui fait rire la moitié de l'Europe à nos dépens. Les Français, eux, ne rient plus car ces coups tordus à répétitions sont indignes du pays, de sa police et de sa justice. Ce sont en revanche les marques de fabrique d'un pouvoir qui n'a que trop souvent mélangé les affaires de l'Etat et les pantalonnades. Tout celà a assez duré et il faut que ce pouvoir parte. Au plus vite. C'est maintenant une question de salubrité publique car il y va de la réputation de l'Etat, de ceux qui le servent, tout particulièrement dans les domaines où la sécurité des Français est en cause.
Il y a urgence car la police va mal. Nous avons dénoncé ici même, il y a quelques mois, l'ambiance malsaine qui y règne : un état-major politisé à l'extrême, des unités de police judiciaire insuffisamment conrôlées et qui connaissent pour certaines des faits de corruption, une base inquiète, peu valorisée, peu motivée [1]. Certains de nos lecteurs avaient trouvé que nous exagérions. Les affaires de corruption de Lyon, de Grenoble, de Marseille et du Carlton de Lille leur ont, depuis, ouvert les yeux. Les "fadettes" de MM. Squarcini et Péchenard, les déboires que rencontrent aujourd'hui le préfet de police de Paris et le patron de l'IGS confirment ce que nous disions de l'attitude des état-majors proches du ministre.
Quand au moral exécrable du personnel, il ne fait aucun doute et les syndicats en expliquent aisément les causes : le pouvoir a menti aux policiers, comme il a menti à l'ensemble des fonctionnaires. Les effectifs supplémentaires annoncés en 2007 n'ont jamais eu l'ombre d'une réalité et la RGPP a fait sa mauvaise besogne dans la police comme ailleurs.  Bilan : plus de 10.000 postes supprimés depuis 2007. On comprend dans ces conditions que les résultats ne soient pas au rendez-vous et que l'opinion porte un jugement sévère sur l'action des forces de l'ordre : selon une enquête de l'Observatoire de la délinquance parue en décembre dernier [2], moins d'un Français sur deux juge la police efficace et la même proportion considère que sa présence sur le terrain est à peu près inexistante. Constat terrible, après dix ans de sarkozysme policier !
Les Français sont en droit d'attendre des changements rapides dans ce domaine. Il faut, bien sûr, que M. Guéant s'en aille car il est largement à l'origine, hier comme directeur de cabinet à Beauvau puis à l'Elysée, aujourd'hui comme ministre, de cette situation désastreuse. Il faudra aussi, dès l'alternance faite - car elle se fera - limoger les mauvais serviteurs. Ceux qui ont gaspillé leur temps et leur énergie dans les coups tordus et les cabinets noirs, alors que la sécurité du pays aurait du être leur seul et unique souci. Qu'ils s'en aillent, les amis, les comparses, les compères, les complices, les acolytes et tous ceux qui ont démultiplié leur action néfaste dans les services. Il faut une épuration, une sévère épuration de la haute police si l'on veut que l'institution policière soit à nouveau digne de ses traditions.
Il faudra faire plus. Jamais sous la Ve République, le corps préfectoral n'aura eu autant de pouvoirs, autant de leviers entre les mains que sous M. Sarkozy. Une véritable ligne de commandement s'est mise en place de la dernière des préfectures jusqu'à Matignon, jusqu'à l'Elysée, auprès de chaque ministre, moyen, petit ou grand. Pour contrôler les affaires, surveiller l'administration et veiller à ce que l'idéologie du pouvoir se diffuse partout. On sait que le Général de Gaulle se méfiait des préfets et qu'il les avait cantonnés, pour l'essentiel, dans les besognes de représentation et de maintien de l'ordre public. Ce corps est devenu trop puissant au sein de l'Etat. Trop proche du pouvoir, trop politique, il est largement à l'origine de la politisation de la police et des dérives que l'on constate aujourd'hui. Il faudra songer à le dissoudre et l'alternance qui se présente sera, là encore, le bon moment pour agir. Comme partout ailleurs en Europe, la police française doit être affaire de bons professionnels, de bons spécialistes. L'ère des proconsuls, celui du jacobinisme policier, a fait son temps. Il faut résolument tourner cette page.
Il doit en être de même du rattachement pour emploi de la gendarmerie nationale au ministère de l'Intérieur. C'est l'exemple même de la mauvaise réforme, réalisée pour de pures raisons   d'économie budgétaire et qui ne peut conduire qu'au nivellement par le bas des missions de la police nationale et de la gendarmerie. Tout conduit pourtant à reconnaître qu'il existe plusieurs métiers distincts derrière le mot-valise de "sécurité" et que les missions de défense opérationnelle du territoire, de protection civile, de sécurité intérieur, de contre espionnage relèvent davantage d'une logique militaire que policière. Il y a là un vaste champ de réflexion à engager pour aboutir à une vraie réforme de la gendarmerie, dont la présence au sein du ministère de la Défense doit être réaffirmée.
Ces mesures sont indispensables. Elles sont aussi urgentes. Les questions de sécurité sont aujourd'hui parmi les premières priorités des Français. Voilà un sujet que les adversaires du chef de l'Etat auraient tort de négliger, alors que le bilan de M. Sarkozy y apparait chaque jour plus  mince.
Hubert de Marans.
 

[1]. Hubert de Marans, "Dindons, volaille et gros chapons", La Revue Critique du 14 octobre 2011. 
[2]. Enquête réalisée par l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) en décembre 2011 et publiée dans son bulletin statistique Grand Angle n°28. 

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