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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 12:07

Vérités socialistes

 

La vérité est-elle en train de devenir une idée neuve à gauche ? On pourrait le penser à la lecture des programmes que nous mitonnent les candidats aux primaires du PS. Vrai, il faut « parler vrai », nous disent-ils en chœur. Seule la vérité paye, n’essayons plus d’embobiner les Français avec des promesses, ca ne marche plus, cherchons au contraire à leur tenir un langage de vérité, ca dérange au départ, mais ca peut rapporter gros à l’arrivée… La sincérité, voilà donc le nouveau fonds de commerce des socialistes. Il a le mérite d’être simple, de bon goût, accessible à tous et surtout… de ne plus avoir à s’encombrer de promesses qu’on ne saura pas tenir. Car, bien entendu, pour nos éléphants roses, parler vrai, c’est d’abord chercher à nous convaincre qu’en dehors de la mondialisation régulée, rien – ou presque rien – n’est possible.

Chacun accommodera par la suite cette exigence de vérité à ses discours, sa conscience ou son génie propre, s’il en a.

Pour  M. Strauss-Kahn,  par exemple, cela ne fait aucun doute : « la gauche doit dire la vérité ». Invité de France Inter le 16 novembre dernier, le directeur général du FMI n’a pas eu de mots assez durs pour les hommes politiques et les gouvernements qui se laissent aller à faire des promesses alors que les marchés n’en tiendront aucune. Regardez la Grèce, nous suggère Dominique, les socialistes viennent de s’y faire réélire alors qu’ils ne promettent que du sang et des larmes. Voilà la nouvelle gouvernance mondiale qui se prépare – et dont il se déclare lui-même l’inventeur : des gouvernements de progrès à la manœuvre, « une gauche qui fait bouger le monde ». Et puis une droite qui ramasse la mise, une fois le sale boulot fait. Mais là, c’est nous qui rajoutons.

Pour M. Fabius aussi, la vérité est la seule voie possible vers le socialisme. A condition, naturellement, qu’elle soit à géométrie variable et qu’on puisse s’affranchir très vite des vérités périmées. C’est sans doute ce sens aigu de la vérité qui l'a conduit à faire adopter en novembre dernier par le PS une plateforme de politique étrangère ultra européiste, alors qu’il fut il y a cinq ans le chef de file des « nonistes ». C’est le même esprit de loyauté vis-à-vis de lui-même qui lui a récemment fait dire qu’en cas de victoire de la gauche la France ne sortirait évidemment pas du commandement intégré de l’OTAN [1], alors qu’il fut parmi les premiers à critiquer – et avec quelle véhémence – les lâchetés et les accommodements sarkozistes vis-à-vis de l’Amérique. Comme il n’a plus de perspective présidentielle, on dirait que M. Fabius s’est donné comme objectif de dégouter à jamais les Français de voter à gauche. Il y parvient assez bien.

Au jeu de la vérité, celle qui réussit tout de même le mieux, c’est Mme Aubry. Elle n’y a pas beaucoup de mérite puisqu’elle est tombée dedans lorsqu’elle était petite. Son père, en bon démo-chrétien, ne lui a-t-il pas appris qu’il fallait toujours dire la vérité ? C’est ce à quoi elle s’emploie depuis qu’elle est à la tête du PS. Vis-à-vis des chefs d’entreprises et des « forces vives économiques », en les rassurant sur le fait que le retour des socialistes au pouvoir ne changera à peu près rien pour eux, et qu’on pourra même revoir s’il le faut à la marge les 35 heures. Vis-à-vis du prolétariat urbain et rural, en lui promettant qu’à défaut d’ascenseur social, on ouvrira tout grand le dispensaire social, ce fameux « care » qui, dans la novlangue socialiste, s’assimile à une sorte de soupe populaire élargie aux choses de l’esprit. Quant aux militants et sympathisants, ils auront droit eux aussi à leur part de vérité avec les primaires, ce processus démocratique, transparent et ouvert, où aucun accord saumâtre entre tel et tel gros éléphant et contre tel(le) autre ne viendra troubler la partie. C’est promis !

Et puisque au PS, comme disait Zola, « la vérité est en marche », certains se demandent si le temps n'est pas venu de dire vraiment ce que l'on pense. C'est le cas de François Hollande.  On connaissait ses talents d’apparatchik et d’avaleur de couleuvres, mitterrandiennes ou jospiniennes. On connaissait aussi sa capacité à métamorphoser le « parti de la transformation sociale » en un gros ramassis d’élus radicaux-socialistes en mal de banquets républicains. On connaissait moins ses qualités de penseur. Le mal est réparé avec le petit manifeste qu’il vient de publier sous un titre alléchant, « Parlons de la France ». On sautera  rapidement les chapitres sur l’économie et le social, pleins d’idées plates et de pensées molles, pour en arriver à la politique internationale et à la défense. Là notre François se « lâche » et il s’ébroue. S’agissant du nucléaire, fini d’apparaître comme les « mauvais joueurs », il faut s’engager résolument dans le désarmement, quitte à être les dupes des jeux des autres grandes puissances. Pour les armes conventionnelles, puisque nous n’avons plus les moyens de notre indépendance, allons-y à fond dans la coopération avec les autres. Et pourquoi ne pas fusionner (oui, oui, vous lisez bien fusionner) nos forces terrestres avec celles de l’Allemagne ! Cette Allemagne, à qui le PS, dans sa plateforme de politique étrangère, offrirait bien un siège de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies! Désarmement nucléaire, intégration confirmée dans l’OTAN, retour au projet de Communauté européenne de défense, abaissement vis-à-vis de l’Allemagne… Voilà donc le rêve international des « hollandais » mis au clair : le retour à la IVe République, l’enterrement définitif du gaullisme, une France des grands discours, impuissante, rapidement inutile. Gageons, hélas, que c’est le rêve inavoué de beaucoup de socialistes.

Reste Ségolène. Sa déclaration de candidature a surpris sur la forme. Elle a promis de nous étonner sur le fond. Si c’est en se démarquant des « vérités » désespérantes ou malodorantes de ses camarades, elle sera la bienvenue. Chez les socialistes aussi, après tout, l’espérance pourrait être royale.

Hubert de Marans.



[1]. Devant l’Association de la Presse Internationale, à l’occasion de la présentation de la plateforme internationale du PS dont il a supervisé la rédaction, M. Fabius a confirmé, qu’en cas de victoire de la gauche, la France resterait dans le commandement intégré de l’OTAN (Source Marianne du 4 décembre 2010).


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Hubert de Marans - dans Politique
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