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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 22:40

Opportunisme et confusion

Le congrès de la CFDT, qui s'est achevé hier à Tours, ne marque qu'une demi-victoire pour l'aile réformiste du syndicalisme français. Certes, M. Chérèque a été reconduit à une très confortable majorité au poste de secrétaire général (près de 87% des votes) et les instances dirigeantes de l'organisation restent largement entre les mains de ses partisans. Mais si l'on examine les motions votées, c'est un message de fermeté que la base a adressé à sa direction, au patronat et au gouvernement.

Sur les retraites, M. Chérèque a cherché à éviter les affrontements internes, en adoptant d'emblée une ligne relativement dure vis à vis du pouvoir. Fustigeant la précipitation de l'équipe Sarkozy, la fausse concertation et la stratégie des "ballons d'essais" qui distille la réforme dans la presse semaine après semaine, le patron de la CFDT s'est prononcé contre la suppression du seuil des 60 ans. Il a également marqué son refus d'une négociation au rabais qui se limiterait à un marchandage de contreparties, tout en étant plus ouvert sur un nouvel allongement de la durée des cotisations mais sous réserve d'un "vrai partage des gains d'espérance de vie et d'une possibilité de choix renforcée". Ce discours a un mérite, celui de la clarification :  la CFDT ne pourra pas être soupçonnée, comme en 2003, de faire le jeu de l'équipe gouvernementale. C'est pour cela qu'il a été très largement approuvé par la base. Pour autant, il ne change rien sur le fond et n'exprime aucune position originale et crédible sur un dossier qui est pourtant au coeur des préoccupations des Français.

Ainsi, la CFDT, tout comme d'ailleurs la CGT, fait le choix de se réfugier dans une attitude de pure affichage. Pas un mot sur la question pourtant essentielle du  financement des retraites et du partage de ce financement entre travail et capital au moment même où les principaux groupes français annoncent des bénéfices consistants. Pas un mot non plus sur la dégradation des conditions de travail, sur le climat de stress qui pèse dans les entreprises et qui conduit aujourd'hui les salariés à faire jouer dès que possible leur droit à la retraite. Quant à la situation des seniors et aux garanties et avantages qu'il conviendrait de donner à ceux qui accepteraient de rester plus longtemps au travail, il n'en fut pas plus question. Sur tout cela, un autre modèle pourrait être dessiné, discuté, enrichi, opposé aux propositions du gouvernement. Une mobilisation de l'ensemble des salariés deviendrait alors possible, y compris sous la forme d'une grève générale interprofessionnelle qui imposerait au pouvoir un autre cadre de discussion. En refusant de jouer leur rôle de contre-pouvoirs, d'assumer une confrontation idées contre idée, programme contre programme, bloc contre bloc, les deux grandes centrales syndicales prennent un double risque. Celui d'offrir au gouvernement actuel un boulevard pour imposer sa réforme. Et surtout celui de donner bonne conscience à la gauche pour ne pas y revenir, si elle est demain au pouvoir. Dans tous les cas, leur responsabilité politique sera considérable.

Sur les services publics, la direction de la CFDT a cherché à finasser : tout en condamnant formellement la Révision générale des politiques publiques (RGPP), elle n'excluait pas d'accepter des ajustements d'effectifs et de moyens dans certaines administrations Les congressistes ont clairement mis un terme à cette attitude confuse et là encore opportuniste. Ils ont  largement plébiscité les amendements qui appelaient à une attitude dure et résolue de défense du service public. Ce vote démontre à nouveau la phase de radicalisation dans laquelle les syndicats de fonctionnaires sont entrés depuis près d'un an face à un pouvoir qui ne raisonne plus qu'en termes comptables.

Le congrès de Tours a été également l'occasion de mesurer la vitalité de la CFDT. Après l'hémorragie militante provoquée par la prise de position sur les retraites en 2003 (on estime à 80000 le nombre d'adhérents qui avaient alors quitté la centrale), les effectifs ont recommencé à croitre pour atteindre aujourd'hui un peu plus de 800 000 cartes. On reste toutefois très loin de l'objectif de 1,2 million d'adhérents fixé par M. Chérèque en 2002. En outre, les choix stratégiques adoptés par la CFDT depuis les années 80 ont progressivement transformé la centrale en une organisation de militants et de permanents qui sont loin du terrain et qui cherchent d'abord à préserver l'appareil. Cette évolution est très perceptible également à la CGT et à FO. Elle explique pourquoi de nombreux conflits sociaux se sont déroulés ces dernières années sans les syndicats, et parfois même contre leurs mots d'ordre nationaux. Le patron de la CFDT veut visiblement changer de cap et privilégier à nouveau la proximité avec  les salariés et l'action locale. Cette directive sera t-elle vraiment suivi d'effet ? On peut en douter, d'autant qu'elle n'est pas  vraiment relayée au sein de l'appareil. Tant que l'on n'évoluera pas vers un syndicalisme de masse - ce qui suppose  l'adhésion obligatoire à une centrale, sur le modèle de certains pays d'Europe du nord - on n'arrivera pas à casser les dérives bureaucratiques et les jeux de pouvoir interne qui déconsidèrent les syndicats aux yeux des salariés français. Mais aujourd'hui, ni la CFDT, ni la CGT ne sont prêtes à cette "révolution dans le syndicalisme".

 

Henri Valois.

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