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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 11:00
Fallait-il faire l'âne pour avoir Besson ?

Ce billet s'adresse en premier lieu aux responsables des journaux ou des sites de la mouvance souverainiste ou traditionaliste qui ont cru bon de faire écho au débat sur "l'identité nationale" et qui s'en mordent aujourd'hui les doigts.

La Revue critique.

 

Emmanuel Todd faisait, il y a quelques jours sur FR3, le procès de tous les faux débats, fausses réformes, fausses ruptures dont le sarkozysme nous a abreuvés depuis 2007. La liste en est longue. Et dans chacun des cas le débat politique a été instrumentalisé, pris en otage, détourné par le même petit groupe de sous-politiciens, d'experts stipendiés et de communicants qui assènent leurs idées courtes et leurs vérités simples sur la société française, comme si nous étions revenus à l'époque de Joseph Prudhomme. La république chiraquienne nous avait offert comme maîtres à penser Baverez, Minc et Fitoussi, ce qui était assez pitoyable.  Nous avons maintenant Besson, Hortefeux, Estrosi, Brice Teinturier et Patrick Buisson, ce qui est franchement pire. "Le retour des idiots", résumait Todd d'une formule. Nous préférons, quant à nous, celle du "gouvernement des imbéciles", plus conforme à  notre fidélité à Bernanos et à Léon Daudet. Mais il s'agit finalement de la même chose.

Parmi les controverses lancées l'an dernier par le gouvernement, celle sur l'identité nationale a battu tous les records de stupidité. Elle semble avoir fait long feu. Si l'on en croit les gazettes, y compris celles qui mangent dans la main du pouvoir, le vaisseau Besson commence à couler par le fond. Selon le dernier sondage réalisé par CSA avant Noël, deux Français sur trois souhaitent qu'on tire un trait sur ce débat calamiteux, qui nous range au même niveau que la Suisse. A l'exception du chef de l'Etat et de son ministre de "l'intégration nationale" qui persistent, signent, et nous promettent une poursuite des festivités jusqu'à mi 2010, les rats commencent à quitter le navire, ce qui est généralement mauvais signe. Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, les villepinistes ont déjà pris leurs distances. Le groupe parlementaire UMP et les députés du Nouveau centre ont discrètement demandé à François Fillon d'abréger leurs souffrances. Les élus locaux désertent à pleines brassées les réunions organisées par les préfets, quant ils n'organisent pas eux-mêmes leur boycott.

Ce qui inquiète en réalité ce petit monde, c'est que l'opinion réagit mal sur le terrain. Entre ceux des Français qui ont parfaitement flairé les raisons  électoralistes de cette initiative, ceux qui considèrent qu'il s'agit d'une énième manoeuvre de diversion pour éluder le débat sur la crise, et ceux qui refusent de résumer l'appartenance à la nation à des questions de race ou de religion, il ne reste plus grand monde pour jouer le jeu. Le dernier carré - essentiellement des personnes âgées, nous dit-on - a toutes les chances de préférer "l'original à la copie", selon la formule bien connue de M. Le Pen. Autant dire que les farces et attrapes de M. Besson ne font plus recettes chez nos dirigeant umpistes, surtout à quelques semaines d'échéances électorales de première importance. De là à ce qu'on trouve au Ministre de nouvelles occupations, il n'y a qu'un pas. Un peu de courage, que diable, il faut le franchir!

Cherchons, malgré tout, à dégager quelques enseignements de ce débat, même s'il se termine en pantalonnade. On a beaucoup commenté les risques qu'il comportait, du fait de questions mal posées. Inutile d'y revenir. En revanche on n'a pas assez insisté sur le fait que  l'intitulé  lui-même du débat posait problème.  Identité nationale ? Comme si la France, si riche, devait se résumer à une quelconque identité, comme si les Français avaient vocation à se ressembler, comme de tristes objets issus d'une même série, comme des numéros enfermés dans la même boite. Ce qui caractérise en réalité la France, lorsqu'on consulte les bons manuels, c'est son incroyable diversité, géographique, sociale, humaine et culturelle. C'est sa capacité à rassembler des talents divers, des hommes du nord et du sud, des montagnards, des marins et des terriens, à rameuter chez nous des gens venus d'ailleurs, pour certains de très loin, désireux d'apporter  leur part de rêve au rêve national. Diversité française dans l'unité française: voilà la difficile alchimie qu'à su construire ce pays depuis deux millénaires, depuis que nous avons reçu en héritage une partie du patrimoine, lui aussi éminemment cosmopolite, de l'immense empire des grecs et des latins. Diversité et unité:voilà qui est nôtre, notre part de civilisation, notre façon de contribuer au génie humain.

Diversité, unité, c'est à dire projet collectif. Car il n'y a que le mouvement qui puisse faire tenir ensemble toutes les composantes de la diversité française. Comme le soulignait si finement et si justement le rabbin Berheim dans la belle contribution qu'il a donné fin novembre au Monde (cf. RCIL du 23 décembre 2009), la France n'est pas, ne peut pas être simplement un patrimoine que nous recevons en héritage, il faut que nous en fassions une idée vivante, utile au monde d'aujourd'hui. "La France par le rêve" : telle est la formule que Gilles Berheim propose et que nous avons envie de faire nôtre. Pendant les périodes difficiles de notre histoire, ce rêve français fut celui du combat commun, des victoires, des misères et des défaites que nous partagions ensemble. On le retrouve tout entier dans le superbe slogan dont de Gaulle ponctua en 1942 son célèbre discours de l'Albert Hall: "Un seul combat pour une seule patrie!" (1) Et puis le rêve français, ce fut la Libération, la reconstruction, cette explosion des énergies nationales qui marqua, au moins dans ses débuts, la république gaullienne. Ce fut aussi, durant trente ans, la construction européenne, jusqu'à ses dérives maastrichiennes, puis lisbonnardes.  

La vraie question, la seule qui devrait faire aujourd'hui débat, c'est l'incapacité de notre classe politique à proposer quelque projet que ce soit. C'est vrai du sarkozysme qui illustre dans toute sa vacuité et jusqu'à la caricature l'état de décomposition intellectuelle qui caractérise la droite française depuis la fin du gaullisme. C'est vrai aujourd'hui de la gauche de gouvernement, elle aussi sans projet autre que gestionnaire et ralliée sans conditions à la nouvelle vulgate du développement durable. Tant que ce seront les mêmes, issus des mêmes écoles, de la même oligarchie, qui tiendront la plume pour rédiger les mêmes discours et les mêmes programmes, rien ne changera vraiment. Inutile de chercher, ce constat politiquement incorrect ne figure pas dans les attendus du débat proposé par M. Besson.

Le salut viendra sans doute d'ailleurs. En agitant le fantasme de l'islamisme, en grossissant à souhait la question du foulard et aujourd'hui de la burqa, le gouvernement ne cherche pas  seulement à jouer sur les peurs rentrées de la société française. Il agit aussi en honnête serviteur de cette vieille morale républicaine, uniformisatrice, pour qui l'appartenance religieuse est depuis toujours un obstacle de principe à l'identité nationale. C'est cette vision sectaire, archaïque, appauvrissante de la laïcité, qui conduit à mettre au ban de l'école et parfois à rejeter hors du débat politique ceux de nos concitoyens qui se réclament d'une appartenance spirituelle. Bon nombre de responsables chrétiens, juifs ou musulmans refusent aujourd'hui cette logique. A l'occasion du débat Besson, ils ont une nouvelle fois exprimé leur rejet de toute  "confrontation des religions" et leur volonté au contraire de promouvoir ensemble les valeurs spirituelles dont ils sont porteurs. Gageons qu'il y a là une des sources du projet français que nous appelons de nos voeux.

  Paul Gilbert.

 


(1). Général de Gaulle, Discours du 11 Novembre 1942, Albert Hall de Londres.

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