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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 10:00
Un Tartuffe
 
Plus on connaît M. Bayrou, moins on l'aime. Les Français ne s'y sont d'ailleurs pas trompés : après la présidentielle de 2007, il y a eu une sorte d'"effet Bayrou", on l'a vu sur tous les plateaux de télévision, on l'a lu à longueur de colonnes dans nos magazines et dans nos journaux  et, une fois ses idées mieux connues ou moins mal dissimulées, le résultat ne s'est pas fait attendre : chute libre dans les sondages, scores de plus en plus médiocres au fil des scrutins, crise ouverte au sein du MODEM, départ des nouveaux venus... C'est sans doute pour ces raisons que M. Bayrou a choisi, aux lendemains des régionales de mars, de prendre un peu de champ. Le temps de refaire son image d'homme providentielle et de régénérer son stock d'idées nouvelles, nous disaient ses proches. Le voilà qui reparaît sur la scène politique. Quid novi ?
Si l'on en juge par l'entretien qu'il a donné lundi dernier au Monde (1) , le résultat de la cure de silence est loin d'être probant. C'est en effet un Bayrou des plus conformistes qui nous parle des déficits, de la crise européenne et de la situation internationale. D'emblée, il se range dans le camp des rigoristes, des déflationnistes, des récessionnistes. N'a-t-il pas "inlassablement, depuis dix ans" décrété la guerre aux déficits publics et proposé qu'on les mette hors la loi ? Un bon référendum, interdisant à vie les déficits de fonctionnement, voila la réponse "pertinente" que propose M. Bayrou à la crise qui risque d'emporter les économies européennes. Assorti, bien entendu d'une bonne purge d'austérité.
Certains ne manqueront pas de lui faire valoir que la vertu budgétaire n'a que peu de choses à voir avec la situation qui nous préoccupe. L'Espagne, qui s'est voulu pendant dix ans le bon élève de l'Union en matière de finances publiques, n'est-elle pas passé en quelques mois d'un excédent confortable à un déficit abyssal sous l'effet de la crise? Et les Etats-Unis, champions du monde des déficits budgétaires depuis au moins trois décennies, ont ils cessé de dominer pour autant l'économie mondiale? D'autres rappelleront à M. Bayrou que, si déficit il y a, c'est sans doute davantage du côté des recettes que des dépenses qu'il faut regarder, que les niches fiscales qui font perdre à l'Etat près de 80 milliards par an au profit des plus favorisés, que les dizaines de milliards d'euros gaspillés en pure perte pour compenser les charges sociales d'une partie des entreprises sont plus à incriminer que le budget de l'éducation nationale, celui de la recherche ou de la défense. Que l'Etat dépense mal, qu'il investisse souvent à contre-sens parce qu'il est devenu trop gros et qu'il est mal géré est un fait, hélas trop avéré. Mais il est surtout un mauvais collecteur de la ressource, démagogue et clientéliste à souhait lorsqu'il s'agit d'exonérer, de faire des largesses, voire - comme on l'a vu avec la restauration - de récompenser sans scrupule certaines catégories d'électeurs !
De tout cela M. Bayrou n'a cure. Son combat n'est ni financier, ni politique. Il est d'abord moral. A quoi sont dus nos déficits ? A l'engouement des Français pour les dépenses, l'inflation, la facilité, répond très sérieusement le Béarnais. "Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets", "Dans la culture française, il y a l'idée profondément ancrée que l'inflation, à un moment donné, viendra effacer l'ardoise. Et puis, nous vivons dans la frénésie du court terme" "Pour moi, il est bon que notre pays ouvre les yeux devant la réalité". Voila enfin des idées nouvelles : les Français victimes d'eux mêmes, de leurs mauvaises moeurs, de leurs tares incurables, entre la danse de Saint Gui et les écrouelles : la dissipation, la prodigalité et le gaspillage. On n'avait rien entendu d'aussi neuf et d'aussi frais depuis... Pinay, certains diront même depuis Vichy !  Les millions de nos concitoyens qui se serrent la ceinture à la fin de chaque mois apprécieront !
Mais, si l'on suit M. Bayrou, comment nous libérer de tous ces mensonges qui nous ont fait tant de mal ? On ne peut pas dire, là encore, que ses réponses soient très innovantes. Il faut faire comme les autres : réduire les dépenses, les réduire et les réduire encore. Et revenir, s'il le faut, sur les avantages acquis. A cet égard, le Pyrénéen n'hésite pas à souligner ses convergences avec cet autre grand maître de la dissimulation et de la mystification politique qu'est l'actuel directeur général du FMI : "Je crois que les esprits ont beaucoup évolué. Les responsables politiques aussi. J'ai trouvé intéressant que Dominique Strauss-Kahn dise clairement que le tabou des 60 ans pour la retraite n'avait pas de sens. Mais les appareils de parti, eux, n'en sont pas là!". On imagine le programme social d'un gouvernement libéral-socialiste comprenant Strauss-Kahn, Bayrou et Cohn-Bendit ! plus besoin d'opposition de droite pendant au moins vingt ans.
Outre M. Strauss-Kahn, M. Bayrou a deux autres modèles, plus classiques. L'Allemagne d'abord. L'Allemagne, à qui nous n'avons pas de leçons à donner : "Je n'aime pas la mode anti-allemande actuelle. La chancelière, Angela Merkel, et son ministre des finances, Wolfgang Schaüble, sont des dirigeants de grande dimension qui prennent légitimement en compte la hantise historique de leur peuple. Nous les Français, nous aimons l'inflation et la planche à billets. Les Allemands ont perdu leur être, leur sang et leur âme dans une dérive qui a commencé dans l'inflation. Si on ne comprend pas cà, on ne comprend rien". Pauvres Allemands qui ne se sont toujours pas remis de la crise de 1929 et pauvre Bayrou qui croit encore à de pareils bobards !  Quant à la Commission européenne, l'autre modèle incontournable de notre démochrétien, elle a évidemment tous les droits, celui de se tromper sur tout, de n'être sanctionné sur rien et celui d'examiner si cela lui chante les budgets nationaux : "On présente bien le budget, avant de le voter, aux citoyens français. Pourquoi pas aux partenaires étrangers ? Je souhaiterais pour aller plus loin une agence européenne vraiment indépendante chargée de garantir la vérité sur les comptes des différents Etats". En commençant, cela va de soi, par les Français, qui sont non seulement jouisseurs, dépensiers et prodigues mais aussi menteurs comme des Grecs! 
  Il faut garder dans nos portefeuilles cet entretien de M. Bayrou. Au  cas où il nous arrive un jour, par extrême faiblesse mentale, par lassitude ou par distraction, d'envisager de voter pour lui ou pour l'un des siens. Nous en avons désormais la preuve : le bayrouisme, au delà des apparences et des coups de menton, est une imposture comme seule la démocratie chrétienne sait en mitonner. Une grosse dose de conservatisme, une louche de libéralisme et d'européisme, le tout recouvert d'une bonne couche de morale à deux sous. Soyons sûr qu'au prochaines échéances politiques on nous proposera cette affreuse mixture comme une alternative au sarkozysme, alors qu'elle en est le prolongement sous d'autres formes. Il nous faudra alors alerter l'opinion sur la réalité de ce nouveau Tartuffe et sur ses tartuffades. Mais, d'ici là proclamons haut et fort, en cette année de célébration d'Henri IV, que tous les Béarnais ont du talent... à l'exception notable de François Bayrou. 
 Hubert de Marans.
 

(1). François Bayrou : "Il faut consulter les Français par référendum sur les déficits", Le Monde. - 23 et 24 mai  2010.


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