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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 10:00
Admonestations bourgeoises
 
Mais quelle mouche a donc piqué l'éditorialiste du Monde, samedi dernier (1)? Qu'il se soit mal remis de la défaite de notre équipe de football, on peut le comprendre. Mais qu'il essaie de mettre cette débandade sur le dos de la France et de notre légendaire esprit gaulois, là non, trois fois non !
Non, il n'est pas vrai que cette équipe soit à l'image du pays, et l'origine et la couleur de peau  ne font rien à l'affaire. Si elle est à l'image de quelque chose, c'est plutôt de la  Jet Set politique et médiatique qui nous dirige : nullarde, incompétente, suffisante, fumiste, pourrie par l'argent jusqu'à la moelle. Dans nos banlieues comme dans nos stades, il y a aussi des électeurs de Sarkozy.
Non, cher éditorialiste mondain, il est faux de prétendre que "le sport est un révélateur anecdotique mais impitoyable de l'esprit des nations". Sauf à considérer que l'esprit des nations se confond avec le  bourrage de crâne médiatique, avec la propagande ou avec le fric qui ont toujours été les meilleurs ressorts du sport de masse. Sauf à considérer que les J.O. de 1936 étaient la quintessence de l'esprit allemand, ceux de Moscou l'expression du génie russe et ceux de Pékin le témoignage indépassable de la culture chinoise ! Il n'y a pas un centimètre cube de génie français dans les onze pantins, leurs remplaçants, leurs entraîneurs qui s'agitent en Afrique du sud et couvrent la France de ridicule.
Non, cher échotier de notre quotidien suisse de langue française, il n'est pas vrai de dire qu'on trouve dans cette équipe tous les stygmates d'un pays "qui peine trop souvent à se rassembler, à dépasser ses morosités et ses divisions, à mobiliser ses énergies". Qu'ont à voir les onze braillards du Cap et les millions de travailleurs français, de souche ou d'origine étrangère, qui font tous les jours front face aux lois du marché, au travail précaire, au stress patronal, à la muflerie financière et à la bêtise gouvernementale ? Si ceux là ont parfois un léger, très léger, sentiment de lassitude, de ras le bol ou de découragement, ce n'est ni parce que les hôtels, ni parce que les putes de luxe ne sont pas à leur goût, c'est parce qu'ils ont du mal à retrouver leur pays et ses valeurs dans le Casino mondialisé qu'on leur présente comme la France. Mais que l'on se rassure, cette lassitude se change parfois en révolte, et cette révolte en révolution.
On s'explique mal l'injustice du Monde, sauf à voir dans ces remontrances autre chose qu'un dépit mal placé ou de la mauvaise humeur post-défaite. Et s'il s'agissait une fois encore de s'adonner au sport préféré de nos élites, ce dénigrement, ce clabaudage, ce débinage systématique qui cache en réalité un incommensurable mépris du peuple français ?  "Français, si vos sportifs sont nuls, c'est que vous êtes foncièrement ringards!" cet air-là, nous en connaissons bien la musique, c'est le même qui fait dire à nos patrons et aux économistes qu'ils stipendient "Français, si le pays va mal, c'est que vous êtes tous des feignants", et à nos politiciens "Français, si l'Europe va mal, c'est que vous êtes tous de mauvais européens". Lorsque notre éditorialiste du samedi concède du bout de la plume "qu'il serait de mauvais goût de pousser le parrallèle jusqu'à comparer l'étrange défaite de l'équipe de France de football en Afrique du Sud à celle d'un autre mois de juin, qui, il y a soixante-dix ans, avait conduit le pays à la catastrophe", on sent qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que l'image de la France du PMU, du vin rouge, du pastis et des congés payés ne remonte à la surface. Et avec elle le cortège de tous ceux qui depuis des décennies nous prédisent le pire si nous ne rentrons pas dans les rangs. 
Ce qui est étrange, ce n'est pas que Le Monde  nous serve ce mauvais discours vichyssois, c'est qu'il nous le serve au lendemain du 18 juin. 
  Paul Gilbert.
 

(1). Chronique d'une déroute annoncée, Le Monde. - samedi 19 juin 2010.


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