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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 10:00
Les satrapes et les voyous
 
     Le choeur . - Où sont tous vos amis fidèles? Où sont tous vos satrapes?...
Eschyle, Les Perses.

 

"Affaire après affaire, le poisson pourrit par la tête", pronostiquait en début de semaine le député vert Noël Mamère. C'est en effet ce que confirme notre odorat. On assiste à l'évidence à la fin du sarkozysme, cette maladie de la droite française. Mais le malade empeste et les effluves pestilentielles, qui s'étaient déplacées pendant quelques jours dans la banlieue du Cap, ont  regagné les bords de la Seine. La presse, ou du moins celle qui a compris que le vent tournait, s'en donne à coeur joie. L'Assemblée nationale n'a pas voulu être en reste et la séance des questions s'est transformée, mercredi, en marché aux poissons napolitain. M. Woerth, d'ordinaire si sûr de lui, blanchissait au banc du gouvernement. M. Fillon tenta une sortie mais ses propos, trop convenus, n'ont convaincu personne. L'ombre de Mme Bettencourt et de ses comptes en Suisse plane désormais sur les débats et chacun sent bien qu'avec l'affaire Woerth-Bettencourt, on a franchi une étape dans la décomposition du pouvoir.

Tout cela met en lumière la double nature du sarkozysme. Nous avions affaire jusqu'à présent aux voyous. Aux cigares de tel ou tel ministre, aux logements de fonction mis à la disposition des familles de tel ou tel autre, aux doubles appointements d'une ex-membre du gouvernement, à la voiture de fonction d'une autre, aux salaires de nabab d'une présidente de Haute Autorité, aux passe-droits attribués à tel ou tel enfant du "prince"... Nous étions en face d'une première réalité, celle d'une frange assez malpropre de la bourgeoisie française, d'une bande de nouveaux riches venue des marges de la politique-spectacle, du showbiz  et du monde économique, habituée à taper dans la caisse et à considérer le pouvoir comme sa propriété. On savait par avance que lorsque cette bande quitterait le gouvernement, il faudrait recompter les chandeliers, les rince-doigts et les petites cuillères dans les ministères ! Mais ce n'était pas à proprement parler une affaire d'Etat.

Avec le dossier Woerth, on est peut-être en face d'autre chose. De quelque chose d'évidemment plus grave et qui tendrait à penser qu'on a utilisé l'Etat, non plus pour les futilités de quelques ma-tu-vus, mais au profit de tout un système. Qui est en effet M. Woerth ? Le trésorier de l'UMP, comme il fut pendant des années celui du RPR.  Et qui est Mme Bettencourt ? Une des principales sources de financement de la droite française depuis des décennies. Un sponsor de poids, à qui on peut être tenté de passer beaucoup de chose, y compris des aventures helvétiques. M. Woerth a-t-il eu cette tentation ? La suite le dira. A-t-il été le premier à se retrouver devant cette tentation ? Certainement pas. Mais l'affaire tombe mal. Au moment où l'on annonce à des millions de Français qu'il va falloir se serrer la ceinture, comment peut-on accepter que certains contribuables fraudent aussi ouvertement le fisc ?  Au moment où le même Woerth brutalise des millions de Français sur les retraites, comment expliquer le sort particulier fait à quelques uns ? Ce qui apparaissait déjà comme une injustice avec le bouclier fiscal, apparaît aujourd'hui comme une erreur politique majeure avec le dossier des comptes Bettencourt. Et chaque jour qui passe semble montrer qu'entre les uns et les autres, les relations n'étaient pas de pure convenance. Là nous risquons bien d'être dans l'affaire d'Etat.

Si tout cela devait se confirmer, une autre réalité du sarkozysme serait alors définitivement mis à jour: celle des satrapes. C'est-à-dire d'un réseau d'hommes liges qui veillent aux intérêts du pouvoir. La presse, depuis trois ans, s'est fait l'écho de faits troublants. Les millions retrouvés de M. Tapie, l'étrange confusion des genres née de l'arrivée de M. Proglio à la tête d'EDF, les bonnes fortunes de M. Mestrallet et de son groupe à GDF, les milieux immobiliers qui s'agitent avec gourmandise autour de la Défense ou du dossier du Grand Paris, l'empressement à libéraliser le marché des jeux en ligne pour le plus grand bonheur de M. Courbit et de ses amis, la ténébreuse affaire de la revente de la régie publicitaire de France Télévisions, où l'on retrouve encore, semble-t-il, l'ombre de M. Courbit, celle de M. Minc et de M. Guéant,  l'incontournable secrétaire général de l'Elysée... Voilà bien des d'éléments qui, mis bout à bout, pourraient laisser penser qu'il existe une volonté de mettre l'Etat en coupe réglée. Il n'y aura pas trop de deux ans pour démêler la pelote de ces réseaux,... s'ils existent.

L'accaparement de l'Etat par quelques uns - partis, groupes d'intérêts,... - est un risque permanent de nos républiques. Sous Giscard, sous Mitterrand ou sous Chirac, des soupçons ont existé, ils atteignent aujourd'hui des sommets. A l'heure où l'imagination est au pouvoir en matière institutionnelle, où l'on parle de VIe République, de démocratie participative, de cumul des mandats ou de réforme du Sénat, la première demande des Français, c'est l'indépendance de l'Etat. Si la Ve République, qui a été créée en grande partie pour cela, n'est plus en situation d'apporter cette garantie, il faudra bien un jour imaginer des solutions plus durables et plus expéditives.

  Hubert de Marans.

  

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