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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 10:00

Du nouveau à l'est

 

Le monde change, il change vite et l'Europe n'est plus épargnée par ces changements. C'est à l'est et au sud du continent, là où la crise économique bat son plein, que les choses bougent le plus vite. En Grèce, dans les républiques baltes, en Pologne et dans les Balkans, on découvre avec amertume que l'Union européenne n'est pas ce que l'on espérait. La crise de l'euro, l'égoïsme de l'Allemagne et des pays du Benelux, l'ombre portée du FMI et de ses sinistres programmes d'austérité ont fait l'effet d'une douche froide. Aux frontières de l'Union, les pays de l'ancienne zone d'influence russe, un moment tentés par les sirènes de Bruxelles et de l'OTAN, tournent casaque. Il aura fallu moins de dix ans pour que l'enthousiasme envers le modèle européen laisse place à la méfiance.

La Lettonie, qui se rend aujourd'hui aux urnes, illustre parfaitement ces évolutions. Il y a six ans, cette petite république balte, toute à sa joie d'avoir rejoint l'Union européenne, décidait de rattraper ses retards. Elle modernisait ses entreprises, développait sa consommation intérieure, investissait massivement dans les infrastructures et les hautes technologies. L'explosion de croissance et de pouvoir d'achat qui s'ensuivit fut de courte durée. Rattrapé par la crise, l'emballement du crédit et sa dépendance vis à vis du système financier américain, le pays se retrouvait fin 2008 dans l'incapacité de faire face à ses engagements. Sous la pression de  Bruxelles et de ses créanciers allemands et suédois, Riga se livrait alors pieds et poings liés aux injonctions du FMI et des experts de la Commission. Pire encore, le gouvernement de centre droit dirigé par Valdis Dombrovskis décidait d'appliquer dans toute leur rigueur les conditions imposées par Dominique Strauss Kahn et José Manuel Barroso, en échange d'un prêt de 7,5 milliards d'euros. Le rêve européen vire alors au cauchemar : en moins d'un an le PIB  diminue de près de 20%, les salaires de la fonction publique de 30%, l'économie s'écroule par pans entiers, 16% de la population active et près du tiers des jeunes salariés se retrouvent sans emploi. Un effondrement sans équivalent dans le reste de l'Europe.  La rue accuse aujourd'hui le gouvernement d'avoir vendu le pays pour un plat de lentilles et maudit l'ologarchie européiste qui a produit un tel désastre.

 Le scrutin de ce samedi sera certainement porteur de changements. Le gouvernement sortant, marqué au sceau de l'austérité et du chômage, est au plus bas dans les sondages. La surprise pourrait venir de la gauche, en en particulier du Centre de l'Harmonie, une formation socialiste pro-russe qui ne cache pas sa volonté de rapprocher Riga de Moscou en cas de victoire politique. Une grande partie de la population lettone semble être aujourd'hui sur la même ligne, sans envisager pour autant de quitter l'Union européenne. En cas de succès de la gauche, il semble en tout cas acquis que la Lettonie ne rejoindra pas la zone euro, comme cela était prévu, en 2014, et qu'elle exigera un étalement de sa dette. Au grand dam des financiers européens et américains qui craignent que l'exemple letton ne donne des idées à d'autres Etats surendettés.

Le scrutin de Riga sera suivi de très près à Moscou. Il le sera également en Ukraine. On sait que, depuis l'élection du Président Ianoukovitch, Kiev a opéré un spectaculaire rapprochement avec le Kremlin et que les rêves de la Révolution orange et d'une intégration rapide du pays au camp occidental appartiennent désormais au passé. L'Ukraine adopte aujourd'hui une ligne beaucoup plus pragmatique. La Russie de Poutine reste son premier partenaire économique et sa principale source d'approvisionnement énergétique, alors que l'économie européenne, refroidie par la crise et l'austérité, n'offre que des débouchés marginaux. Il est clair que l'élection de Riga, si elle doit conduire au pouvoir une coalition pro-russe et eurosceptique, confortera davantage encore le réalisme ukrainien. Elle pourrait également marquer la fin des ambitions à l'est de l'Union européenne et le retour sur la scène internationale d'un certain panslavisme. C'est du moins l'impression que l'on peut retirer des craquements qui se font entendre dans cette partie de l'Europe.

  François Renié.

 

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