Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 00:22
Léon Vérane
(1886-1954)
 
Léon Vérane nait à Toulon le 21 décembre 1886, dans une vieille famille provencale, avec, du côté paternel, des origines espagnoles. Placé tout d'abord comme clerc de notaire, il occupe par la suite un emploi de bibliothécaire à la mairie de Toulon. Il entre en relation épistolaire avec Francis Carco en 1909, fonde la revue toulonaise Les Facettes, à laquelle collaborèrent la plupart des poètes "fantaisistes", et publie son premier recueil de poésie en 1910. Vérane assure pendant un temps le secrétariat de Stuart Merril et il restera marqué par la douce influence et les images précieuses du symbolisme. Mais le mélange de modernité et de classicisme de l'Ecole fantaisiste le séduit plus encore et il en devient l'un des membres les plus actifs et les plus fougueux. Vérane est particulièrement créatif des années folles à la grande crise de 1930 : il publie pas moins de huit ouvrages poétiques et cinq études, dont un portrait de sa ville natale, Toulon, qui parait en 1930. Il rencontre en 1921 Vincent Muselli qui exercera sur son oeuvre une vive influence. Très meurtri par la défaite, il assiste, désespéré, au bombardement et à la destruction de son cher Toulon. A la libération, c'est à Paris qu'on le retrouve avec ses amis Chabaneix, Muselli, Carco et Bernouard. Il y publie trois nouveaux recueils et reçoit le grand prix de la Maison de la poésie. Mais lors de vacances à Solliès-Pont (Var), il rencontre une belle hotelière, se fait aubergiste par amour et éleveur de lévrier. Il meurt à Solliès le 10 novembre 1954, jour de la Saint-Léon. 
Après avoir sagement débuté par des sonnets classiques, Vérane affirme son originalité dès avant la Grande Guerre dans des recueils de poèmes précieux, aux marges du symbolisme. On y vit, comme l'a remarqué Philippe Chabaneix, "de somptueux décors peuplés de valets, de bouffons, de pages, de sagittaires, de musiciens, de princesses et nous y sommes éblouis par les feurs les plus rares, les étoffes les plus chatoyantes et les bijoux les plus précieux". Dans une seconde période, Vérane se fait burlesque et retrouve, notamment dans le Promenoir des amis, l'inspiration d'un Tristan L'Hermitte et d'un Saint-Amant. Puis c'est le rapprochement effectif avec l'Ecole fantaisiste et l'on voit Vérane chanter les bars, les marins, les amours, les fêtes et les regrets, à la façon mélancolique ou ironique de Carco et de Jean Pellerin. Puis, comme l'indique Henri Clouard : "il devait pousser jusqu'au poignant ses élégies de l'homme passionné qui vieillit dans La Fête s'éloigne". 
 
La Flûte des satyres et des bergers (Vers et Prose, 1910). - Terre de songe (Les Facettes, 1911). - Dans le jardin des lys et des verveines rouges (Les Facettes, 1913). - La Gardeuse de paons ou le Tombeau de Stuart Merrill (Les Facettes, 1917). - Images au jardin (Les Facettes, 1921). - Le Promenoir des amis (Garnier, 1924). - Plus loin (F. Bernouard, 1925). -   Bars (Les Facettes, 1928). - Dédicaces (Editions des Iles de Lérins, 1929). - Le Livre des passe-temps (Emile-Paul, 1930). - Le Livre d'Hélène (Editions de l'Ermitage, 1931). - Les Etoiles noires (Les Facettes, 1932). - La Fête s'éloigne (Points et Contrepoints, 1945). - La Calanque au soleil (Editions Rombaldi, 1946). - Le Tribut d'encens (Editions Provencia, 1951). - Le Luthier des équipages (Seghers, 1953). - Avec un Bilboquet (Les Facettes, 1954). - Complaintes pour les mauvais garçons (Seghers, 1961). - Les Etoiles et les Roses (Maison de la Poésie, 1996). 
Bibliographie : Henri Clouard, Histoire de la littérature française, du symbolisme à nos jours (Albin Michel, 1947). – Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, la poésie du XXe siècle (Albin Michel, 1982). - Bernard Delvaille, Mille et cent ans de poésie française (Robert Laffont, 1991). 
 
 
Fête
 
Dans la cité des citronniers
Le jour où les reines entrèrent,
L'azur vert des paons familiers
Rouait au haut des belvédères.

Les baguettes des timbaliers
Sonnaient sur la peau des nacaires,
Le soleil faisait flamboyer
Les tromblons roux des trabucaires.

Les mules des litières closes
Foulaient dans la poussière rose
Des grenades sanguinolentes.

Et lorsque la nuit eut croulé
Sur la ville et ses blancs palais
Il plut des étoiles filantes.
 
     
 
Léon Vérane (1886-1954). Dans le jardin des lys. (1917)
 
 
D'un soir à Montparnasse
 
Chabaneix, vous souvenez-vous
De la gargote à Montparnasse,
De ces flacons de vin d’Anjou,
De cette maritorne grasse.

Et de ces Bretons aux yeux bleus
Qui lampaient le cidre et la fine
En évoquant des soirs pompeux
Sur le Gange et les mers de Chine ?

La fuite des autos dehors
Vibrait du long cri des sirènes
Et les trottoirs monnayait l’or
Du gaz et de l’acétylène.

Nous nous citions Ronsard, Catulle,
Tristan, Théophile et Villon.
Et le mastroquet ridicule
Prenait un faux air d’Apollon.

Reverrons-nous un soir semblable,
Philippe en quelque cabaret,
Ivres, les coudes sur la table,
Tels Saint-Amant avec Faret ?

Et le signe clair de la Lyre
Fera-t-il encor, indulgent,
Luire sur notre beau délire
Vingt et une étoiles d’argent ?.
 
     
 
Léon Vérane (1886-1954). Images au jardin. (1921)
 
 
Cerf en automne
 
Pour Tristan Derème.
 
Ce matin où nul cor ne corne
Aux forêts d'or mort décorées
L'automne somptueux et morne
A toutes feuilles essorées.

Et la perspective dorée
Toute en la courbe de ses cornes
Le cerf apparaît à l'orée
De la solitude qu'il orne.
 
     
 
Léon Vérane (1886-1954). Le Livre des passe-temps. (1930)
 
 

colombe-copie-1.jpg

 

Partager cet article

Repost 0
la Revue critique des idées et des livres - dans Le jardin français
commenter cet article

commentaires

 
Revue trimestrielle
N°1 - 2009/01
 
Présentation
 

Accueil

Présentation

Manifeste

Historique

Rédaction

Nous contacter

Recherche