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30 mars 2014 7 30 /03 /mars /2014 09:59
Vérane
 
 
sultanes
 
 
 
Avec leurs robes à ramages
Leurs turbans où l'aigrette luit
Sortent-elles pas de vos pages
Contes des Mille et une nuits ?

Dans un jardin à Samarcande
Ont-elles sous les cyprès verts
Croqué la pistache et l'amande
En écoutant des calenders ?

Ont-elles sous l’œil de l'eunuque
En des vasques de marbre et d'or
Baigné de l'orteil à la nuque
Toutes les roses de leur corps ?

Pour elle, fit-on choir la tête
D'un infortuné chamelier
Qui vit leur face sans voilette,
Leurs seins parés des seuls colliers ?

Non, ces Sultanes d'opérette
Ointes des parfums d'Houbigan,
Ignorent la loi du Prophète
Bagdad et ses minarets blancs.

Et si tu les vois en image
Avec la fleur et le miroir
C'est que les fixa sur la page
Monsieur Iribe, certain soir,

Alors que sur de hautes chaises
Ces prêtresses des tangos tous
Dégustaient des boissons anglaises,
Devant un comptoir d'acajou.
 
 
 
léon vérane (1886-1954). Poèmes inédits (La Muse française, 1922).
 
 
bonheur
 
 
 
En ville un cabinet tout tapissé d'estampes,
D'armes, de plats ornés de fleurs et de sujets
Et des cartes qu'on scrute à l'heure de la lampe
Escomptant le départ, supputant le trajet.

A la campagne, un toit qu'agrémente une treille,
Un verger où les fruits s'enflent de jus sucrés,
Un jardin où les fleurs se couronnent d'abeilles
Et des blés que le vent creuse de plis dorés.

Des chiens familiers, des pigeons, des colombes
Dont la gorge au soleil et s'irise et se bombe,
Du vin dans le cellier, dans l'âtre un feu de bois;

Horace au temps d'Auguste en eut-il davantage ?
Je ne sais! mais jouir de tels biens à la fois
C'est être aimé des dieux et c'est la part du sage.
 
 
 
léon vérane (1886-1954). Poèmes inédits (La Muse française, 1932).
 
 
cirque
 
 
 
Le clown dont la houppe de laine
Oscille comme un œillet blanc
Fait à l'écuyère hors d'haleine
Des compliments sur sa jument.

Des lévriers prompts comme des flèches
Crèvent des cerceaux de papier
Et des nains roulent tête-bêche
Entre les jambes des coursiers.

Monsieur Loyal fait sur l'arène
Siffler son fouet comme un serpent,
Des chiens dans un carrosse traînent
Un chimpanzé ceint d'un turban,

De poignards courbes et de disques
Des jongleurs sont auréolés.
Mais celle là, qui frêle, risque
Ses pas au dessus du filet

Et qui va guidant une biche
Sur l'étincelant fil de fer
Celle là tient comme un fétiche
Mon cœur contre son maillot vert.
 
 
 
léon vérane (1886-1954). Poèmes inédits (La Muse française, 1923).
 
 sirène 

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