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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 13:40
La monarchie de Juillet
 
de Gabriel de Broglie
Mis en ligne : [19-03-2012]
Domaine : Histoire
Monarchie-de-juillet.gif
 
Gabriel de Broglie, né en 1931, est historien. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques et de l'Académie française, il est un des grands spécialistes de l'histoire de l'orléanisme et de la monarchie de Juillet. Il a récemment publié :  Le XIXe siècle : l'éclat et le déclin de la France (Perrin, Paris, 1995), Mac Mahon, (Perrin, 2000), Le droit d'auteur et l'internet (Paris, 2001). 
 

Gabriel de Broglie , La monarchie de Juillet. Paris, Fayard, mai 2011, 462 pages.

 
Présentation de l'éditeur.
Le changement dynastique n'est que l'un des effets de la révolution de 1830. Les Trois Glorieuses et la monarchie qu'elles engendrèrent, portées par les parties les plus dynamiques de la société – gens de plume, artistes, entrepreneurs, jeunesse étudiante –, par l'impressionnante galerie des « hommes nouveaux », par la frange la plus éclairée de l'aristocratie et des catholiques, ne sacrifièrent guère à l'utopie. La volonté d'implanter en France des mœurs et des institutions libérales était un projet solide, réaliste, conçu pour l'avenir. C'est lui qu'il faut créditer du progrès des libertés, du développement économique, du maintien de la paix au prix de quelques déconvenues et même de l'exceptionnelle floraison romantique. Si ces avancées, cette acclimatation au parlementarisme, cet enrichissement , certes bien inégalitaire, du pays ont fini emportés par le torrent de 1848, c'est en partie parce que les équipes dirigeantes, à l'épreuve du pouvoir, n'ont pas bien su accompagner le projet : défaut d'imagination devant l'événement, routine, rivalités personnelles, aveuglement ou sincérité douteuse du roi, scandales, résistance au changement, particulièrement en matière sociale, tout vint pervertir et gauchir une construction qui aurait peut-être assuré à la France un avenir meilleur. On aurait tort de condamner les idées et les aspirations des hommes de 1830 au motif que le régime a sombré dans le discrédit et a partiellement échoué à unir la nation. Nourri de l'intime connaissance que son auteur a de l'orléanisme, éclairé par de longs passages dus à d'illustres témoins – de Hugo à Chateaubriand, de Tocqueville à Guizot, de Rémusat à Louis Blanc… –, enrichi des recherches et des problématiques les plus récentes, ce livre offre la synthèse précise et vivante qui manquait. Un grand pan de notre histoire, longtemps négligé, nous est ainsi révélé. Membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie est l’auteur de plusieurs biographies sur l’orléanisme et sur les grands représentants de ce courant : Guizot, Mme de Genlis, Mac Mahon, etc.
 
L'article d'Alain Duhamel. - Le Point du 9 juin 2011.
Les leçons de la monarchie de Juillet. Louis-Philippe est l'un des souverains français les plus sous-estimés, et la monarchie de Juillet pâtit toujours d'une image caricaturale. On regarde encore aujourd'hui le roi des Français sous la forme de la fameuse poire dessinée par Daumier, on fait du parapluie son sceptre, on se gausse du roi bourgeois qui préconisait le "juste milieu". Dans notre historiographie et plus encore dans la mémoire collective, les modérés ont rarement bonne presse et, à droite, sous la Ve République notamment, on place plus haut les bonapartistes que les orléanistes. En son temps, Valéry Giscard d'Estaing en a souvent pâti. Aujourd'hui, les centristes en paient toujours le prix. D'où l'intérêt particulier de l'excellent livre que Gabriel de Broglie consacre à la monarchie de Juillet (1), à la fois érudit et d'une parfaite clarté, ne manquant ni d'empathie pour le sujet ni de la distance nécessaire vis-à-vis de ses acteurs. On sent ses préférences - il place plus haut Guizot, Victor de Broglie bien sûr ou même Molé que Thiers, qu'il méprise, ou que les médiocres maréchaux (Soult, Gérard, Mortier) dont le roi fait par fausse habileté les chefs nominaux de ses gouvernements et que l'auteur réduit à juste titre à leur piètre proportion politique. Il dépeint fort bien Louis-Philippe lui-même, sans doute le roi le plus intelligent depuis Louis XIV, assurément le plus moderne, le plus sage, le plus pacifique et le plus subtil. Le plus original aussi par son éducation, imprégnée des Lumières, par son itinéraire (après avoir brillé à Valmy et Jemmapes, il doit s'exiler vingt-cinq ans en Allemagne, en Suisse, en Scandinavie et jusqu'en Laponie, aux Etats-Unis puis en Angleterre, dans des circonstances extrêmement périlleuses, parfois sans le sou), par son mélange de bonhomie et de fierté, de courage et de ladrerie, de clairvoyance et de prudence. Quelqu'un en somme de très peu banal, à l'opposé même de sa légende.
Plutôt que par l'histoire événementielle, nécessaire mais classique, le livre de Gabriel de Broglie se distingue par de remarquables chapitres thématiques, avec de larges ouvertures sur la société. Bien sûr, l'histoire parlementaire de la monarchie de Juillet est intéressante, puisqu'il s'agit en fait de l'apprentissage de la démocratie libérale, malgré un corps électoral encore exigu. Louis-Philippe respecte scrupuleusement, il est le premier à le faire, la règle de la majorité sortie des urnes. On s'émerveille au passage de la qualité des orateurs et de la vivacité des articles de presse de l'époque. Plus stimulant est néanmoins le contraste souligné par l'auteur entre l'avènement d'une société bourgeoise, dominée par l'argent et par la notabilité, et l'explosion simultanée du romantisme, de Berlioz à Delacroix, d'Hugo à Vigny ou Lamartine, au moment où culmine Balzac et où s'affirme Stendhal. D'un côté, une France dominée par les banquiers et par les financiers plus que par les industriels - comme en 2011 -, de l'autre un bouillonnement intellectuel, artistique et littéraire presque sans égal, à la différence d'aujourd'hui. Au passage, Gabriel de Broglie scande d'ailleurs judicieusement ses récits et ses analyses par des extraits bien choisis d'Hugo ou de Chateaubriand, de Guizot ou de Tocqueville, de Remusat ou de la comtesse de Boigne.
De même la volonté de Louis-Philippe de restaurer méthodiquement l'unité nationale après des décennies de tempêtes, un objectif permanent du courant orléaniste, est-elle soulignée à bon droit. Après une phase d'anticléricalisme, le régime organise ainsi une cohabitation apaisée entre le catholicisme (qui cesse d'être religion d'Etat), le protestantisme et le judaïsme. Il propose une réécriture tolérante de l'histoire officielle. Il multiplie les symboles de fierté et de rassemblement : Versailles s'ouvre aux visiteurs, on dresse l'obélisque de Louxor place de la Concorde, on inaugure la colonne de Juillet place de la Bastille, on construit l'Arc de triomphe mais surtout on organise en grande pompe le retour des cendres de Napoléon. François Mitterrand, grand connaisseur de la période, avait retenu la leçon que Nicolas Sarkozy a oubliée.
C'est aussi une époque de croissance démographique(la seule au XIXe siècle), de développement économique, des premières lois sociales ou scolaires, des premiers équipements collectifs (éclairage au gaz, hôpitaux, bains publics). La France se redresse et s'apaise. Pourtant, le régime doit faire face à des émeutes, à des coups de force, à des attentats. Républicains, légitimistes, bonapartistes le harcèlent. S'il s'effondre subitement, c'est cependant par la conjonction d'une brutale crise économique, de scandales à répétition, de la mort accidentelle du très populaire héritier du trône et d'un conservatisme croissant qui sclérose le pouvoir : la France a besoin d'équilibre mais aussi de rêves, de bonne gestion mais également d'audace ou de gloire. Cela vaut toujours.

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