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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 18:19
Marcel Ormoy
(1891-1934)
 
Marcel Ormoy est né à Paris, le 3 septembre 1891. Grand, frêle, le visage triste et secret, il n’aura vécu que pour la poésie. La vie et les contingences le brisent dès l’enfance. De très bonne heure, il doit accepter des besognes ingrates pour élever une jeune sœur, sa seule famille. Il écrit ses premiers vers sous l’influence de Paul-Jean Toulet, comme il est naturel aux jeunes gens de son âge, et se lie d’amitié avec Francis Carco, Tristan Derème et les poètes de l’école fantaisiste. Après une succession d’emplois sans perspective, il ressuscite en 1925 avec son ami, le jeune poète Georges Heitz, la revue symboliste l’Ermitage. L’expérience dure cinq ans et s’achève avec la disparition de Georges Heitz. Marcel Ormoy s’installe alors comme libraire à Nice, près du lycée. Le climat méditerranéen lui réussit et c’est l’époque de ses plus grands recueils de poèmes. Il reçoit le prix Moréas pour l’ensemble de son œuvre en 1932 et revient finalement à Paris en 1933, où il mène une vie d’errance. La méningite l’emporte dans la nuit du 30 au 31 juillet 1934, au centre de rééducation de Sancellemoz et son corps repose dans le petit cimetière de Passy (Haute-Savoie).
Marcel Ormoy fut tenté par beaucoup de modèles avant de trouver sa voie propre. Disciple de Régnier, de Samain, il fut longtemps sous l’influence de Toulet pour les rythmes brefs, de Scève et de Valéry pour la musique. Selon Henri Clouard, «  il semble que ce soient les deuils, de grands deuils d’amitié, qui l’aient fixé à sa mélancolie douloureuse mais résignée, à son élégiaque sagesse, c'est-à-dire à lui-même. Ses derniers recueils montrent les étapes d’un homme qui se défait durement du monde, renonce à ses espoirs et à sa vie d’exil, pour accueillir dans la sérénité son créateur.
 
Impressions (Dorbon aîné, 1911). - Le Jour et l’Ombre (Basset, 1912). - Votifs (1913). - Marquise (1919). - Le Visage inconnu (Garnier, 1925). - Le Cœur Lourd (Le Divan, 1926). - Carrefours (Le Divan, 1927). - Le Visage retrouvé (Ermitage, 1927). - Poèmes pour des fantômes (Au Pigeonnier, 1928). - Le Bonheur est dans une Ile (1929). - La Flamme et le Secret (Garnier, 1929). - Elégies secrètes et marines (Ed. des Iles de Lérins, 1929). - La Vie est à ce prix (Garnier, 1931). - Les Royaumes interdits (1932).
Bibliographie : Henri Clouard, Histoire de la littérature française, du symbolisme à nos jours (Albin Michel, 1947). – Robert Sabatier, Histoire de la poésie française, la poésie du XXe siècle (Albin Michel, 1982). 
 
 
Poème
 
Etés, vous avez eu de fastueux éclats.
Printemps, vous avez eu de subtiles ivresses.
Je songe à vos retours qui ne décevront pas
Mon âme tant de fois comblée de vos richesses…

Pourtant, les arbres dévêtus montent tout droit
Vers un ciel lisse dont nul bruit ne redescend,
Et l’immobilité de l’espace s’accroît
De cette lune suspendue dans le jour blanc.

Silences dénudés, charme prévue de l’heure,
Longs brouillards attardés sur le profil des soirs,
Belle eau paisible et lente et qu’un vol brusque effleure,
Automne cependant, j’aime tes cygnes noirs.
 
     
 
Marcel Ormoy (1891-1934). Le Divan (1913).
 
 
Seigneur, si vous voulez de moi
 

Seigneur, si vous voulez de moi, je vous apporte
Une âme sans courroux.
Sauf le rêve interdit, toute espérance est morte
Qui ne vient pas de vous.

Aux pentes des coteaux flambe encore la vigne,
Mais le vin du pressoir
A d'une autre saison manifesté le signe
Dans la pourpre du soir.

La moisson est fauchée et la vendange est faite.
Seigneur, il est trop tard,
Et des fruits dont l'été me présageait la fête,
Je n'ai pas eu ma part.

Je n'ai pas eu le prix de ma tache obstinée
Et de mon labeur vain,
Mais je n'accuse pas l'ingrate destinée,
Ni votre obscur dessein.

Ma vie est comme un lac d'automne où se reflète
Un beau ciel orageux,
Mais dont l'onde calmée Ignore la tempête
Et ses funestes jeux.

Je n'ai pas d'amertume et je n'ai pas de haine.
Si mon bonheur fut court,
J'ai bu garder intacte au centre de ma peine
La flamme de l'amour.

Si vous voulez de moi, Seigneur, je vous apporte
Un cœur qui se connaît
Et qui sait ce qu'il faut laisser à votre porte
D'espoir et de regret.

 
     
 
Marcel Ormoy (1891-1934). Les Royaumes Interdits (1932).
   
 

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Publié dans : Le jardin français
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