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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 20:16
Fombeure
 
 
le rêve de l'aventurier
 
 
 
Que ce soit l’hiver ou l’été
Qu’il soleille, qu’il pleuve ou qu’il neige,
Dans le village ou la cité
Je n’ai jamais pu rattraper
Le cheval de bois qui trottait
Devant le mien, sur le manège,
Et je l’ai toujours regretté…

Qu’elle soit brune, qu’elle soit blonde,
Non je n’ai jamais rencontré
Dans mon voyage autour du monde
La fille qui m’aurait ancré
Dans une baie vaste et profonde
Sous un toit de brassé carré
Auprès d’un jardin de curé.

Qu’importe au lieu de mon tombeau
Le cyprès l’if ou la colombe
L’outremer ou le bleu barbeau
D’un ciel éclaté comme bombe,
Ou gésir entre algue et turbot
Au fond de la mer errabonde,

A moins qu’une sirène verte
M’accueille en ses bras entr’ouverts
Et me prodigue pour ma perte
L’ombre d’étranges univers
D’étoiles de mer fleurs offertes
Dans ses palais aux volets verts.
 
 
 
maurice fombeure (1906-1981). Poèmes inédits (Seghers, 1957).
 
 
trois chevaliers
 
 
 
Trois chevaliers chaussés à la poulaine
Vois. Ils s'en vont vers l'épaisseur des bois
Jean Bedelaine Bec de Molène
Robe de Job de Gobelin Bernois

Tels sont leurs noms. La fine fleur de France
Des chevaliers qui s'en vont à cheval
Le sein des vents se gonflait en silence
La lune fuit à pas d'or vers l'aval

Où s'en vont-ils ? Chasser la darigole
Tout empennée d'oiseau comme un poisson
Bête rusée qui n'est point malivole,
Vient se poser parfois sur votre arçon

Soleil français reluira sur la plaine
Mais velouté crépuscule du soir
Les accompagne et feutre de futaine
Leurs pas trèfles semés au coeur des soirs

La grand' forêt gigogne des légendes
Souvre pour eux comme un coeur de lilas
Parfume ses bruyères et ses branches
Fait chuchoter ses chouettes et ses glas

Tels ils s'en vont vers la lune unicorne
Vers un sommeil qui n'aura pas de fin
Chasser la darigole ou la licorne
A pas feutrés sur ce monde défunt....
 
 
 
maurice fombeure (1906-1981). Aux créneaux de la pluie (Gallimard, 1946).
 
 
les écoliers
 
 
 
Que ce soit l’hiver ou l’été
Sur la route couleur de sable,
Le 'moyen', le 'bon', le 'passable'
Vont à galoches que veux-tu
Vers leur école intarissable.

Ils ont dans leurs plumiers des gommes
Et des hannetons du matin,
Dans leurs poches du pain, des pommes,
Des billes, ô précieux butin
Gagné sur d'autres petits hommes.

Ils ont la ruse et la paresse
Mais l'innocence et la fraîcheur
Près d'eux les filles ont des tresses
Et des yeux bleus couleur de fleur,
Et des vraies fleurs pour leur maîtresse.

Puis les voilà tous à s'asseoir.
Dans l'école crépie de lune
On les enferme jusqu'au soir,
Jusqu'à ce qu'il leur pousse plume
Pour s'envoler. Après, bonsoir !
 
 
 
maurice fombeure (1906-1981). A dos d'oiseau (Gallimard, 1942).
 
 
oiseau
 

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