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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 20:16
Berry
 
 
par lui-même
 
 
 
Les Vins, les Blés, les Brègues, les Mélives
Je conte et chante, et le Ru jaunissant
Qui vient d'Espagne en écartant ses rives
Devant Bordeaux s'étendre en fier croissant,
Et les amours je trace dans ma Geste
Du plus chétif et de la plus modeste
Que la Bénange ait réunis jamais
Dans ses champs verts et sur ses noirs sommets.
 
 
 
andré berry (1902-1986). Lais de Gascogne (Firmin-Didot, 1933).
 
 
lai du train de cadillac
 
 
 
O toi petit train des Benauges,
Bélant comme un chevreau perdu,
A travers les thyms et les sauges,
Au bord de ton sentier ardu,
Grinçant aux courbes de ta ligne,
Entouré d'un tourbillon noir
Que fait tournoyer sur la vigne
Ta cheminée en entonnoir,

Doux petit train qui tourne et tourne,
Brulant l'herbe et les liserons,
De la Bastide jusqu'au Tourne
Et jusqu'aux rives de Cérons,
Juste effroi de la mère poule
Qui souvent après tes convois
Trouve ses chers poussins en foule
Méchamment broyés sous ton poids,

J'ai su courir à ta poursuite
Ou, d'un signe de mon mouchoir,
T'arrêter piaffant dans ta fuite
Près du tourniquet du lavoir...
C'est grâce à toi, Crache-fumée,
Que j'ai pu si souvent revoir
Bordeaux, ma ville bien-aimée,
Et Quinsac, mon plaisant terroir.
 
 
 
andré berry (1902-1986). Lais de Gascogne (Firmin-Didot, 1933).
 
 
à une petite semelle
d'ivoire
 
 
 
O toi qui sur un coussin rose
Fais l'ornement de ce séjour
Où la simple amitié repose
Aux mêmes sofas que l'amour, -
Sous ton mince globe de verre
Posée avec un soin pieux
Par l'habitant docte et sévère
De ce salon mystérieux,

Toi que célèbre dans sa cage
L'oiseau chargé de verts regrets
Que ce monastique ermitage
N'a point consolé des forêts,
Dis pour quelle ardente marquise
Furent peints sur ton tissu blanc
Ce blason et cette devise
Par le pinceau d'un vieux galant.

Quelle Cendrillon langoureuse
T'a foulée au sortir du bal,
Après la perte malheureuse
De sa chaussure de cristal ?
De quels jours gardes-tu mémoire,
De quel talon frêle et menu ?
Hélas ! à quelle peau d'ivoire
Ton ivoire a-t-il survécu ?

Mais tu ne saurais rien m'apprendre
Sur la morte qu'un prince aima,
Ni sur l'amour lascif ou tendre
Dont le brandon la consuma.
A quoi bon vanter son lignage
Et ses vains honneurs enfouis ?
Il ne reste aucun témoignage
Des sourires évanouis.

Le sentier qui porte les traces
Des souliers de la Montespan
Se tait à jamais sur les grâces
Des folles duchesses d'antan ;
Il n'est gravure ni beau livre
Ni bronze dur, ni mol pastel
Qui puisse encor les faire vivre
Sous l'oeil d'un dieu ni d'un mortel.

Ghislaine, Ghislaine, Ghislaine,
- Ne restera-t-il donc de vous
Que la pantoufle à la poulaine
Dont s'étouffaient vos pas jaloux,
Ou cette babouche dorée
Que vous ôtiez, non sans débats
Pour m'offrir la blancheur nacrée
De vos pieds frais et délicats ?
 
 
 
andré berry (1902-1986). Les Facettes (Avril 1928).
 
 
corbeille de fruits
 

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