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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 21:16
 
 
vestiges
 
 
 
I.
 
A fleur d'aube, les toitures,
Les grilles, les pavés
Soupirent, —- achevé
Leur roman d'aventures.

Ils vont ruminer tout seuls
Les étranges épisodes
Que de plus étranges rhapsodes
Ont chuchoté sous des linceuls.

Hermétiques, ils refoulent
Leur émoi, farouchement;
Excédés du mouvement
Et des propos de la foule.

Mais quelquefois un taudis
Qui dans la brume rêvasse
Sourit de toutes ses crevasses
Comme à la vision d'un Paradis.
 
II.
 
Que de carreaux sont vides,
Sur le damier des jours !
Mais ce sont les noirs, toujours,
Qui comblent le coeur avide.

Aladin, Monte-Christo
Et les sorciers d'Egypte
Ont laissé dans ces cryptes
Scintiller des cristaux.

Mystérieuses vierges
Des obscurs firmaments,
Allumez lentement,
Rituellement les cierges.

Un calme torrentiel
Couvre clairière et grève
Que traversent pour le rêve
Les vedettes du ciel.
 
III.
 
Est-ce le sycomore
Ou le chemin aux éboulis
Que cet instant te remémore
Dans le parc qui se désemplit ?

Tapi dans une vieille romance,
Au fond d'un magazine jauni
Ou dans le fichu de Clémence,
— Car baroques sont ses nids ;

Tel jour de l'adolescence
Sort, insatisfait encor,
Et rôde, envoûté d'une chère absence,
Dans un immuable décor.

Et c'est lui que le conventicule
Des arbres s'effeuillant
Verse avec le crépuscule
Sur l'horizon défaillant.
 
IV.
 
Que n'êtes-vous venue,
Surgie au fond de l'avenue ?
Surgie au fond de l'avenue,
Lassitude, vous êtes venue.

Que n'êtes-vous apparue,
Blottie au coin de quelque rue ?
Blottie au coin de chaque rue,
La solitude m'est apparue.

Quand les feuilles rendront
Sa nuit à l'avenue,
Le long des rhododendrons
Où vous n'êtes pas venue ;

Quand les rideaux se gonfleront
A la brise, dans chaque rue,
Les rayons danseront en rond
Avec mon coeur, ma disparue.
 
 
 
emmanuel lochac (1986-1956). La Phalange (décembre 1935).
 
 
nocturnes
 
 
 
I.
 
Descends les degrés du silence
Et de l'obscurité
Où le temps redouté
Est pure défaillance.

Ton immobilité
Permet que tu respires;
Te voici dans l'empire
Vague, de l'illimité.

Cette nuit presque ancienne,
Tranquille infiniment,
Te verse son calmant
A travers les persiennes.

Les battements de ton sang,
N'est-ce pas une présence ?
Écoute-les, et pense
A l'Inconnu saisissant.
 
 
II.
 
Salutaire atonie,
Je me confie à toi.
Inerte sous le toit,
Je goûte l'insomnie.

Cohésion, dans la paix,
De l'ombre et de mon être.
Tache de la fenêtre
Sur le dehors épais.

Nulle part d'influence
Que de l'aérien;
Et la vie, à ce rien,
D'irréel se nuance.

Tout ce qui se conçoit
Est de nature floue;
Mais le vaisseau se renfloue
Qu'on sentait sombrer en soi.
 
 
 
emmanuel lochac (1986-1956). La Revue de Paris (août 1936).
 
 
sixain
 
 
 
Un poète, s'il ne veut pas déchoir, répète
Les premiers vers qu'il lit pour une blondinette.
Il ne sait pas chanter le progrès social ;
Et toujours il revient au thème initial.
L'unique chant, du roi Salomon à Verlaine
Est un refrain d'amour fleuri de marjolaine.
 
 
 
emmanuel lochac (1986-1956). La Phalange (décembre 1935).
 
 
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